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La police impose le meeting de Bouteflika à Bouira

 
C’est dans un véritable état de siège, organisé par la police et la gendarmerie, que le Président-candidat a pu effectuer, hier, sa sixième sortie électorale à Bouira, 120 km à l’est d’Alger.
mercredi 24 mars 2004.

La sortie s’annonçait, en effet, hasardeuse puisque Abdelaziz Bouteflika devait affronter pour la première fois depuis les événements sanglants du Printemps noir une des villes frondeuses de la Kabylie. L’ordre est ainsi donné la veille pour quadriller la ville. Des brigades de gendarmerie sont déplacées puis acheminées vers Bouira pour filtrer les différents accès au centre-ville. Les éléments de la gendarmerie et de la police, postés la veille à 23 h, sont équipés de matraques et de fusils lance-bombes lacrymogènes. Tout est prêt pour parer à une éventuelle irruption des foules hostiles à la présence de M. Bouteflika.

Nombreux sont les citoyens venant des localités situées à l’est de Bouira, suspectées d’appartenir au mouvement citoyen, qui l’apprendront à leurs dépens lorsqu’ils butent sur le refus des forces de l’ordre de les laisser rejoindre le chef-lieu de wilaya. L’accès est uniquement autorisé aux transporteurs acheminant les supporters du Président sortant des wilayas limitrophes telles que Sétif et Bordj Bou Arréridj.

Les animateurs de la contestation kabyle, qui ont pu passer entre les mailles de cette première ceinture de sécurité, se sont heurtés à leur tour à un autre obstacle, dressé cette fois-ci par des policiers en civil. C’est à ce niveau que Mohamed Bouchelkia, délégué d’El Esnam, a été arrêté avec trois autres animateurs du mouvement citoyen. La salle Errich où M. Bouteflika devait tenir son meeting est très bien gardée : en plus des deux premiers niveaux de sécurité déjà cités, de nombreux cordons de sécurité sont dressés, notamment par les éléments de la direction de la protection présidentielle.

Les correspondants locaux comme les agents de l’administration locale, rencontrés sur les lieux, font état « d’un déploiement inédit » des services de sécurité. Nos interlocuteurs parlent d’au moins « un millier de policiers et de gendarmes présents et d’une implication sans commune mesure de l’Administration pour rameuter les foules ». « Cela n’a rien à voir avec le passage d’Ali Benflis ou celui de Mme Louisa Hanoune », fait remarquer Karim, un jeune militant de la cause berbère.

« On aurait dû concentrer nos efforts pour empêcher le passage de Bouteflika, mais comme la majorité des délégués ne sont pas au courant de l’événement, les forces de l’ordre sont numériquement plus fortes que nous », indique-t-il, en désignant du doigt une compagnie de policiers antiémeute stationnée au niveau de la placette de la ville. Le même spectacle, mais de moindre importance, a été constaté dans la matinée dans la wilaya de Boumerdès, première escale électorale de la tournée du candidat Bouteflika. Cela concerne le côté organisationnel.

Sur le plan du discours, le candidat à sa propre succession n’a fait que développer les grands axes de sa campagne électorale abordés précédemment lors de ses différentes sorties à l’intérieur du pays. L’homme a insisté sur la nécessité d’« approfondir la politique de la concorde civile pour aller vers la réconciliation nationale, seule clef de l’épanouissement, du développement économique et pour finalement effacer définitivement les traces de la guerre civile qu’a connue le pays ». Il n’a pas oublié de fustiger la presse indépendante : « Le mal qu’elle a fait au pays est comparable à celui des terroristes. »

M. Bouteflika n’épargne pas non plus le candidat du FLN, Ali Benflis, à qui il reproche de « l’avoir précédé à s’emparer du tapis après qu’il lui a appris la prière (dicton algérien) », allusion faite au refus du responsable de l’ex-parti unique de lui prêter allégeance.

La seule nouveauté à retenir des deux interventions de M. Bouteflika à Bourmerdès et à Bouira est le message à la carte adressé aux sinistrés du tremblement de terre du 21 mai de l’année écoulée et aux familles des victimes de la répression de la Kabylie. Aux premiers, il a affirmé que « leurs problèmes sont pris en charge » et aux seconds que « le sang des martyrs de la protesta kabyle ne sera pas vain ». Mais dans les deux cas, les citoyens concernés sont absents puisque refoulés par la police et la gendarmerie.

Nadir Benseba, Le Matin