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Attaque terroriste à Azzazga

un policier assassiné et 140 millions dérobés
 
L’agence BDL de la localité a été la cible d’un hold-up, hier en milieu de journée. Une fusillade s’en est suivie, faisant un mort et deux blessés
mercredi 24 mars 2004.

Un groupe de terroristes a attaqué, hier, l’agence BDL de la ville d’Azazga, à 35 km à l’est de Tizi Ouzou. La fusillade qui s’en est suivie a fait un mort et deux blessés. le film du hold-up. Azazga, 13h15. La ville semble sereine et tout le monde vaque à ses occupations. Devant le siège de la Banque de développement local (BDL) non loin du commissariat de police, rien à signaler.

Un véhicule de type Boxer arrive sur les lieux, trois terroristes, habillés en treillis militaires et armés de kalachnikovs, font irruption à l’intérieur de l’agence bancaire tandis que d’autres terroristes, cinq au total, habillés ordinairement, font le guet à l’extérieur. Les terroristes qui ont neutralisé les banquiers et les clients se trouvant sur place, se sont emparés du “pactole” disponible : 140 millions de centimes et 28 000 euros. Un employé de l’agence, à qui on a sommé d’ouvrir le coffre, s’est jeté du premier étage. Entre-temps, l’alerte est donnée. La police se mobilise pour encercler l’agence BDL. En arrivant sur les lieux, les terroristes qui faisaient le guet ouvrent le feu sur les policiers. C’est l’accrochage. Pris de panique, les terroristes se trouvant à l’intérieur de la banque quittent les lieux précipitamment sans prendre le pactole. Dehors, ils tirent à bout portant pour se frayer un chemin. Un policier sera assassiné sur le coup, alors qu’un de ses collègues s’en sortira avec des blessures plus ou moins légères.

Un employé de la Such, qui était à bord de son véhicule, sera également touché par balles, lors de l’échange de coups de feu. Les assaillants réussiront à prendre la fuite à bord de deux véhicules volés à des citoyens sur place. Les terroristes ont pris la fuite en direction de Boubhir. À l’arrivée des renforts (services de sécurité, notamment, l’ANP et la BMPJ de Tizi Ouzou), on n’a pu que constater les dégâts. Les policiers pénètrent à l’intérieur de l’agence pour libérer les employés et les autres clients qui n’ont pas voulu sortir au moment de l’accrochage. Le Boxer à bord duquel est arrivé le groupe armé a été abandonné. C’est un véhicule que les assaillants ont volé à un transporteur d’Azazga. Les blessés ont été évacués vers l’hôpital d’Azazga. Il est 15h passées, les badauds et autres curieux commencent à se rassembler devant le siège de l’agence bancaire. Les langues ont dû mal à se délier. “J’étais dans mon magasin au centre-ville, lorsque j’ai entendu des coups de feu. Aussitôt, j’ai baissé le rideau”, nous dira un commerçant qui ne s’attendait pas qu’un groupe terroriste puisse opérer comme ça en plein jour et en plein centre-ville.

À 17h, on annonce que les blessés, dont un policier, ne sont plus en danger. En revanche, le nom du policier assassiné revient sur toutes les lèvres : il s’agit de Chalane Ahcène, frère du maire de Bouzeguène. Des impacts de balles sont visibles sur l’immeuble qui abrite la BDL et le bâtiment jouxtant la banque attaquée. Les éléments de la Protection civile arrosent le bitume pour effacer les traces de sang. Ce n’est que vers 18h que les citoyens commencent à se disperser avec, dans le regard, cette reprise de l’activité terroriste dans cette région que les Patriotes et les résistants ont réussi à nettoyer de la vermine intégriste. Il y a lieu de rappeler que cette agence BDL a déjà fait l’objet d’une attaque terroriste presque similaire. C’était en 1994 lorsque cette banque avait ses locaux non loin du siège de l’APC. La fusillade d’hier suscite donc légitimement des appréhensions chez la population qui ne s’explique pas cette facilité déconcertante avec laquelle agissent les sbires de Hattab.

Yahia Yakat

Psychose dans la ville

Suite à l’attaque perpétrée contre la BDL, il y a lieu de signaler qu’une véritable psychose s’est emparée des citoyens, qui, dès l’annonce du hold-up, ont commencé à courir dans tous les sens, les commerces ont aussitôt baissé rideau, des enfants et des jeunes filles épouvantés par l’armada policière et militaire, qui ne cessait d’affluer, criaient à tue-tête, sans oublier le désarroi des familles dont les parents travaillent à la BDL, surtout lorsque des rumeurs persistantes faisaient état d’une prise d’otages. Ce n’est qu’une fois les “otages” sortis, que le calme fut revenu et que la ville reprit son cours normal, surtout dans les cafés où chacun, à sa manière, narrait avec force détails les péripéties de ce hold-up. Un événement que les azzazguéens croyaient qu’il n’existait qu’au cinéma pour se rendre finalement à l’évidence que la réalité quotidienne est aussi amère que la violence.

Un officier de police témoigne
“Ils étaient dix terroristes cagoulés et en treillis militaire”

Il était pratiquement difficile de se frayer un chemin, hier après-midi, vers la sortie sud d’Azazga en direction de Bouzeguène.

Il est vrai que la police avait encerclé tout le quartier pour écarter les curieux et surtout permettre aux enquêteurs de la police judiciaire et ceux de la police scientifique dépêchés expressément d’Alger pour recueillir le moindre détail sur ce hold-up spectaculaire opéré en début d’après-midi au sein de la banque BDL d’Azazga. Sur place, les dizaines de policiers et d’éléments de la BMPJ tentaient de juguler la foule et de faciliter l’enquête.

Au milieu des policiers affairés, un officier dirigeait les opérations, un talkie-walkie à la main. Entre deux consignes lancées en direction de ses collègues, il témoigne malgré toute la douleur engendrée par la perte d’un des leurs, un jeune policier originaire de Bouzeguène et dépendant de la sûreté de daïra d’Azazga. “Il était exactement 13h30 lorsque le système d’alarme de la banque retentit. C’était aussitôt l’alerte générale et quelques agents de police ont aussitôt accouru du commissariat tout proche”, dira l’officier de police. “Il s’en était suivi une fusillade nourrie des deux côtés. Certains assaillants, dira-t-il, étaient postés à proximité de la banque dans deux véhicules volés, une 205 bleue métallisée et un Partner blanc qu’ils avaient subtilisés à des automobilistes sur la route de Bouzeguène.

Ils étaient cinq ou six dehors, dit-il encore, alors que cinq terroristes étaient à l’intérieur de la banque. deux étaient en tenue civile et étaient cagoulés alors que trois autres étaient habillés en treillis militaire. en raison de la rapidité de l’intervention de nos éléments, les terroristes, qui étaient à peu près une dizaine, n’ont pu atteindre le coffre- fort de la banque et se sont emparés en fait de tout l’argent qui était disponible dans les caisses, soit environ 140 millions de centimes et environ 30 000 euros”, dira encore l’officier visiblement affecté par le décès de son jeune collègue. “Il était jeune et courageux, il n’a pas hésité à dégainer, dès son arrivée sur les lieux, mais il a été surpris par des terroristes qui faisaient le guet dans les deux véhicules volés. À côté des deux véhicules légers, les terroristes avaient aussi ramené un fourgon dans le but de s’emparer d’un gros butin”, précise-t-il.

Certains citoyens rencontrés sur place nous ont affirmé qu’il s’agissait d’un fourgon de la Sonelgaz et que les terroristes avaient pris des employés de banque comme otage, mais finalement, il n’en fut rien. “devant la mêlée qui avait suivi l’attaque, l’on pensait effectivement qu’il y avait des otages, mais il n’en fut rien, car les terroristes avaient battu en retraite pour s’enfuir à bord d’un fourgon appartenant à un citoyen.
D’ailleurs, les trois véhicules qui ont été volés et qui ont servi à l’opération ont été retrouvés sur la route de Boubhir. Les terroristes ont abandonné au bord de la route, les véhicules qu’ils ont utilisés pour réussir leur hold-up et ont aussitôt rejoint la route de Bouzeguène, à travers champs. Certainement pour rejoindre d’autres terroristes qui les attendaient à bord d’autres véhicules”, ajoutera encore l’officier de police qui précisera en outre, qu’un policier a donc trouvé la mort, alors que l’on a dénombré seulement deux blessés par chute.

Il s’agit d’un employé de banque et d’un policier qui se trouvaient probablement dans la banque pour effectuer une opération financière personnelle et ils ont chuté lourdement pour se blesser apparemment sans gravité à la jambe.

M. Hocine, Liberté