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Virée à Biskra

 
La vocation agricole de la région de Biskra encourage les petits génies à se lancer dans la fabrication des sondes, d’une manière artisanale, certes, mais très efficace.
jeudi 5 mai 2005.

Sept heures passées Oasis à Biskra.de quelques minutes, le bus flambant neuf et aux couleurs chatoyantes quitte l’hôpital de Ben Aknoun avec à son bord une cinquantaine de médecins spécialistes à destination d’Ouled Djellal, dans le cadre de l’organisation des 10es journées médicochirurgicales qu’abrite depuis une décennie cette ville, se trouvant à 100 km à l’ouest du chef-lieu de wilaya. Le chef de délégation, qui n’est autre que l’initiateur de cette manifestation humanitaire se déroulant chaque année depuis 1995 sans interruption, en l’occurrence le Pr Abderrahmane Benbouzid, chef de service orthopédie à l’EHS de Ben Aknoun, a tenu à prendre place dans le bus pour vivre une ambiance bon enfant, animée par des collègues aux dons de gais lurons. Une équipe pluridisciplinaire sympathique, maniant le bistouri dans neuf spécialités chirurgicales.

L’escale technique dans une station-service d’Eddis, à une dizaine de kilomètres de Bou-Saâda, a été mise à profit par un notable de la région, tradition oblige, pour nous inviter à une pause-café dans son immense maison. El-Hadj Madani Benabderrahmane, qui est issu d’une famille de moudjahidine et martyrs, nous apprend que son grand-père est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la poésie et la littérature arabes. Des ouvrages soigneusement conservés dans sa bibliothèque personnelle. Il est près de 14 h quand le mastodonte métallique pénètre dans une vaste palmeraie de Tolga, qui en compte des dizaines. Les autorités locales et les notables de la capitale de la meilleure variété de dattes du monde (Deglet Nour) nous attendent pour le déjeuner avec, comme menu, une chekhchoukha maison. Un régal dont seuls les gens de la région connaissent le secret. Autour du repas convivial, nous profitons de la présence du P/APC pour faire un tour d’horizon sur les problèmes de la commune. Les mêmes problèmes que ceux des autres communes de la daïra de Tolga, dont le seul atout économique reste incontestablement le commerce et l’exportation des dattes. L’on notera que cette année n’a pas connu l’abondance des années précédentes, en raison des conditions climatiques particulières qui ont marqué de nombreuses wilayas du pays. Ajouter à cela le manque d’eau propre à l’irrigation. Certaines palmeraies manifestent des signes de sécheresse que les propriétaires ont d’ailleurs abandonnées. Néanmoins, les responsables locaux font savoir que si la récolte n’a pas été abondante, elle a été d’une excellente qualité.

Doucen, la Mitidja du sud

Située à 80 km à l’ouest du chef-lieu de wilaya, la commune de Doucen tire son nom du berbère qui veut dire le bas-côté, d’où, en effet, la position légèrement inclinée de son relief, faisant d’elle une cuvette riche en vergers et produits maraîchers. Elle a le statut de commune depuis l’époque coloniale (1958). Avec ses 629,4 km2, Doucen possède plus de 70% de terres fertiles, ce qui lui confère la réputation d’être la Mitidja du Sud. Les fruits et légumes bio jouissent d’un label qui a dépassé les frontières de la wilaya, en atteste la noria des camions venant des régions du nord du pays, même si ces dernières années sont marquées par une légère régression de la production agricole. Il faut dire qu’en 2004, la commune de Doucen, à l’instar des communes voisines, a connu deux grandes catastrophes marquées par des intempéries avec des vents violents, atteignant des pics de 160 km/h et une invasion de criquets ravageurs. Petit à petit, une organisation semble reprendre les choses en main, afin de remettre sur pied une région à vocation essentiellement agricole, ayant ravi le titre de grenier du sud-est du pays. Les fellahs racontent qu’il y a quelques années, la commune avait un excédent en pastèques et melons couvrant les besoins de plusieurs wilayas.

Ces fruits pouvaient atteindre souvent un poids horsnormes dit-on. Depuis 1985, l’expérience des serres semble donner de très bons résultats. L’opération généralisée a permis d’atteindre 9 000 serres au niveau de la commune, considérée pilote dans le domaine, même si sa voisine de l’est, El-Gherous, en possède plus de 30 000, un chiffre record. Les fellahs de Doucen ont toutefois tous bénéficié du Fnda, dont l’aide a permis de doter les bénéficiaires de 130 000 plants, 18 000 arbres fruitiers (pommes El-Hana, poires Santa Maria, pistachiers, amandiers et noyers). 150 bassins d’irrigation ont été créés, en plus du système goutte-à-goutte qui existe dans toutes les serres. Doucen rivalise, selon son maire, avec Tolga en matière de qualité de la datte. On prétend que la variété de Doucen est nettement meilleure. La commune avait, avant la catastrophe, 49 000 palmiers dattiers et près de 80 000 petits palmiers. Le chef de l’exécutif communal déplore que la visite, effectuée sur les lieux de la catastrophe de 2004 par les instances, n’ait pas connu de suite. Aucune indemnisation n’est venue compenser les dégâts et les fellahs attendent toujours la promesse. Toutefois, en dépit de ces aléas, la commune ne baisse pas les bras.

Aujourd’hui, la vision des autorités locales porte sur le souhait de voir cette commune dotée d’unités de transformation et de conservation agroalimentaires, pour la prise en charge de la surproduction des produits agricoles, à l’exemple de l’olivier dont la récolte est très mal exploitée. Cependant, cette volonté ne suffit pas. La commune, comme le souligne le P/APC Abderrahmane Bacha, est confrontée au problème d’eau potable et d’irrigation, bien qu’en réalité le besoin en quantité existe. La ville est alimentée à partir des forages albiens (2 400 m de profondeur avec un débit de 120l/s). C’est une eau chaude, légèrement soufrée, stockée dans des bassins en semi-traitement. Après un petit recyclage, elle est utilisée dans l’irrigation. Mais, la majorité de la population achète l’eau potable. Par ailleurs, le faible budget de l’APC (2,6 milliards de centimes) ne peut assurer de faire mieux. D’ailleurs, l’entretien de la vanne du forage albien, dont le coût est très élevé, n’est plus dans les cordes de la municipalité. Pour le moment, 3 forages exploités sur 5 à Bir Naâm alimentent la population locale, avec une capacité de 500 m3/j, une quantité qui reste en deçà des besoins réels.

Le réseau AEP, très vétuste, pose un grand problème d’entretien. Le même problème est vécu par la population en ce qui concerne l’assainissement. Le réseau, long de 54 km et datant de 1984, déverse à proximité de la ville, d’où un risque imminent de maladies à transmission hydrique, malgré l’extension de l’égout principal sur 3 km et l’opération de lagunage qu’on lui a fait subir, suite à la dernière visite du wali. La priorité de l’APC est actuellement le raccordement de la localité de Tafechna (4 000 habitants) au réseau. La même opération concernera, selon le maire, 4 agglomérations. Le secteur de l’éducation n’est pas à plaindre, à Doucen, avec 16 écoles primaires, 3 CEM et un lycée. La commune se targue même d’être en quatrième position à l’échelle nationale dans les résultats du bac, avec un taux de plus de 52% de réussite. Mais, ces résultats risquent de connaître une diminution si le transport scolaire ne sera pas pris en charge convenablement. L’éloignement des douars, mechtas et agglomérations des établissements scolaires influe négativement sur la scolarité des enfants, notamment les filles, contraintes à quitter les bancs de l’école précocement.

Cependant, l’ingéniosité semble conjuguer avec la débrouillardise. Comme on dit, la difficulté engendre l’ingéniosité. La vocation agricole de cette commune encourage les petits génies à se lancer dans la fabrication des sondes, d’une manière artisanale, certes, mais très efficace. Les microentreprises pullulent dans la région, qui assure la couverture de 80% des besoins du pays dans ce domaine.

Ouled Djellal, un don de l’hôpital

Durant une semaine de chaque mois d’avril, la commune sort de sa torpeur. Les journées médicochirurgicales, organisées au niveau de l’hôpital de la ville, obligent la population à vivre au rythme peu commun imposé par une équipe de spécialistes bénévoles. Baptisé au nom d’un héros de la région, mort au champ d’honneur, l’hôpital Ziane-Achour est une exception dans son genre. Il fait partie de ces hôpitaux construits en préfabriqué, au début des années 1980, à l’exemple des hôpitaux de Bologhine et de Kouba, à Alger. D’une capacité de 139 lits, il reçoit les malades de 8 spécialités (médecine interne, pédiatrie, gynéco-obstétrique, urgences, ORL, ophtalmologie, neurochirurgie et orthopédie). Une unité hémodialyse de 8 lits est opérationnelle depuis 2002. Il assure 52% de la couverture sanitaire de la wilaya, dont 3 secteurs sanitaires : Tolga, Sidi Okba et Ouled Djellal. Grâce à une gestion rigoureuse de son directeur, M. Abbas Habba, et son adjoint, Ferhat, l’hôpital fonctionne comme une horloge. La discipline qui y règne fait de cette structure la fierté des travailleurs tous dévoués. Un cas d’exemple dont en rêvent beaucoup de régions du pays. Et c’est un peu grâce à ce sérieux que les pouvoirs publics ont investi, en renouvelant les moyens, notamment les blocs opératoires. Durant les journées médicochirurgicales organisées du 9 au 13 avril, 238 interventions chirurgicales, toutes spécialités confondues, ont été effectuées, alors que plus de 2 000 malades ont pu être examinés.

Une animation extraordinaire qui dépasse les frontières d’Ouled Djellal, comme le loue si bien le poète de cette ville, Ahmed El-Bar, frère de El-Bar Amar, Garni garni, Ya ras bnedem, ou l’autre coqueluche de la chanson locale, Lazhar El-Djellali, dont on dit qu’il est l’héritier de Khelifi Ahmed. Les citoyens souhaitent toutefois la réhabilitation de l’ancien hôpital baptisé du nom de Mohamed-Benbouzid, frère du Pr Benbouzid, l’initiateur de ces journées. Cette réhabilitation, nous dit-on, permettra à coup sûr de soulager l’hôpital Ziane-Achour.

SIDI KHALED, LE PROPHÈTE OUBLIÉ

“Sous chaque pierre, il y a un poète”, dit-on dans cette ville distante d’une dizaine de kilomètres au sud d’Ouled Djellal. Une commune de 45 000 habitants, créée en 1959, sur 212 km2. La plus forte densité humaine après Biskra. L’agropastoralisme est la vocation de cette commune, même si le mouton d’Ouled Djellal trône depuis longtemps par sa qualité de meilleure race ovine du Sud algérien. Comme pour les communes voisines, Sidi Khaled dispose de deux sortes d’eau : le forage à partir de la nappe albienne (70%) et l’eau potable (30%). Pour une distribution équitable, la municipalité a eu recours aux fontaines publiques, le réseau AEP étant insuffisant, surtout depuis l’exode massif des populations de Ras El-Miard et Besbes, à cause de la sécheresse qu’ont connue ces deux localités habitées par les nomades. Il est vrai que les efforts du commissariat à la steppe sont louables pour avoir créé des retenues collinaires pour lutter contre la sécheresse, mais cela reste insuffisant. La population locale réclame la réfection des routes, le transport scolaire, l’électricité agricole, un hôpital, un complexe sportif, une piscine, une banque et une agence Sonelgaz. Beaucoup de commodités manquent dans une ville où la poésie est presque un parler.

On raconte que Sidi Khaled doit son nom à un saint, venu s’installer dans la région, Khaled Ben Sinane El-Absi, de la tribu âbs dont est aussi originaire le poète-esclave affranchi Antar Ibn Chaddad. On ignore, cependant, sa date et son lieu de naissance. Les historiens situent son existence entre la naissance du Christ et celle du Prophète Mohamed. Certain disent qu’il serait né 300 ans après le Messie et aurait vécu 230 ans. Beaucoup de savants musulmans lui attribuent le statut de prophète, en raison surtout de ses qualités morales et des miracles qu’il aurait accomplis. On dit à ce sujet qu’il a réussi à éteindre un incendie géant dont les flammes étaient visibles à trois jours de marche et ce, avec sa simple canne. Comme il a pu également faire disparaître une espèce de phénix qui s’attaquait aux petits enfants et aux animaux. On rapporte qu’il serait arrivé en provenance de la presqu’île arabique avec des familles appartenant à la tribu Znata. Dans la mosquée où repose son mausolée, des écrits signalent que le prophète a dit a son sujet : ”C’est un prophète que son peuple a oublié.”

Avec son minaret de forme carrée, la mosquée a été reconstruite en 1917 par Omar Gaga qui, bien que n’ayant pas fréquenté les grandes écoles, avait un don dans le domaine de l’architecture. Originaire de Oued Souf, on raconte qu’il a contribué à la construction de la Grande-Poste d’Alger. Depuis cette date, la mosquée conserve la même architecture, même si des réhabilitations y ont été faites.

LE TOMBEAU DE HIZIA

Avec la mosquée, le tombeau de Hizia est le point le plus visité dans la région. Une jeune fille, bent Ahmed Belbey, originaire de Beni Hilal, née en 1852. Elle aimait secrètement son cousin Saïd. Un amour devenu célèbre, après la mort de Hizia en 1875, à l’âge de 23 ans. Ne pouvant supporter la douleur de la mort de sa bien-aimée, Saïd erre quelque temps, avant de demander au grand poète de la région, Ben Guitoun, de l’immortaliser par un poème. Le maître du melhoun le prend en pitié, après avoir écouté son histoire d’amour. Aujourd’hui, le tombeau recouvert presque entièrement de sable repose à côté de la tombe du représentant de l’Émir Abdelkader, mort quelques années avant Hizia.

Par Ali Farès, liberte-algerie.com