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Les relations USA-Arabie Saoudite en reconstruction

 
L’Amérique (USA) et l’Arabie Saoudite peuvent-elles se passer l’une de l’autre ? La récente visite du prince Abdelaziz aux USA et l’accueil chaleureux que lui a réservé le président américain éclairent d’un jour nouveau l’état des relations entre les deux pays.
jeudi 5 mai 2005.

Pétrole, terrorisme et Le président Bush et le prince Abdullah à Crawford, USA.stabilité de la région du Moyen-Orient ont constitué les points clés de la reconstruction de la relation USA/Arabe Saoudite. Dans le domaine du pétrole, les USA craignent toujours pour leur économie la crise d’approvisionnement à moyen/long terme. Il faut savoir que les USA n’ont recours au nucléaire pour leurs besoins énergétiques qu’à un taux de 20% (contre un taux de 78% pour la France). C’est dire la place qu’occupent les hydrocarbures dans les besoins énergétiques des USA. La demande mondiale de pétrole ne cesse d’augmenter et elle est estimée à 110 millions de barils/jour en 2020, contre 80 millions de barils/jour aujourd’hui. Les USA doivent faire face de plus en plus à de très gros consommateurs qui les concurrencent fortement sur le marché mondial : la Chine et l’Inde. Et les USA expliquent que l’importance de leurs stocks actuels doivent servir à les préserver contre précisément le risque de rupture d’approvisionnement et non pas à réguler les prix sur le marché mondial.

D’un autre côté, les USA pensaient pouvoir s’installer durablement en Irak et pouvoir remplacer progressivement le pétrole saoudien par le pétrole irakien, ainsi que l’espace stratégique saoudien par l’espace stratégique irakien pour le contrôle de la région. Nous savons tous que les USA n’arrivent pas à gérer leur occupation de l’Irak et risquent de s’y embourber. Alors, le pétrole saoudien et le rôle géostratégique que pourraient jouer les USA à partir de Ryad sont les bienvenus.

La chaleureuse accolade de Bush au prince Abdelaziz trouve ici toute sa signification. Il reste tout de même que l’opinion publique américaine a, depuis le 11 septembre 2001, une très mauvaise image du Royaume saoudien, géniteur de terroristes et financier de l’islamisme radical wahhabite. Bush est alors dans l’obligation d’exiger du Royaume saoudien des réformes politiques et institutionnelles qui vont dans le sens de la démocratie, des droits de l’homme et de l’émancipation de la femme. Pourra-t-il obtenir des Saoudiens et le pétrole et la démocratie ? Difficile pari pour le président américain.

De son côté, le prince Abdelaziz, qui avait refusé en 2003 l’invitation que lui avait adressée le président américain pour une visite officielle aux USA, attend aujourd’hui du président Bush une aide militaire pour éradiquer le terrorisme qui se développe en Arabie Saoudite et surtout une politique musclée contre l’Iran chiite, puissance nucléaire potentielle, qui, profitant de la crise irakienne, pourrait réussir à déstabiliser le royaume. Ainsi, le deal américano-saoudien pourrait être le suivant : oui à l’approvisionnement énergétique des USA, oui à la coopération géostratégique avec les USA, oui à quelques réformes institutionnelles mais limitées dans leur portée politique. En contrepartie, les USA devraient faire accélérer le règlement du conflit israélo-palestinien en collaboration avec l’Arabie Saoudite (la feuille de route américaine et le plan Abdelaziz pourraient être réunis dans une démarche commune), maintenir l’Iran sous la menace d’une attaque américaine pour le dissuader de fabriquer l’arme nucléaire et renforcer la coopération militaire avec l’Arabie Saoudite dans toutes ses formes : armement, formation, couverture militaire.

Le monde arabe doit compter pendant longtemps encore avec l’Arabie Saoudite dans tout ce qu’il entreprend avec les principaux acteurs des scènes politique et économique mondiales.

Par Abdelmadjid Bouzidi, quotidien-oran.com