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Les malades algériens se tournent vers les associations françaises

 
Les appels de détresse de malades face à la faillite du système de santé algérien : Les associations françaises assaillies de courrier.
samedi 7 mai 2005.

Désespérés par leur système de santé, les Algériens se tournent vers les associations françaises. Ces dernières reçoivent, chaque année, un courrier volumineux de la part de malades lourds sollicitant des médicaments, une aide matérielle, une prise en charge médicale, des fauteuils roulants ou tricycles, des prothèses... Ce sont de véritables appels de détresse, qui renseignent sur l’incohérence d’un système où, d’un côté, on inaugure des unités d’interventions chirurgicales sophistiquées et, de l’autre, on voit des malades chroniques recourir aux petites annonces et solliciter des organisations internationales pour obtenir le produit vital et/ou être financés pour une opération délicate. Les maladies chroniques constituent un véritable problème de santé publique.

La prise en charge de ces malades demeure encore très insuffisante en raison notamment du manque d’infrastructures et de médicaments adéquats. Les établissements publics ne supportent pas les frais de traitement, la plupart des malades chroniques -surtout à faible revenu- finissent par abandonner le traitement. Le non-remboursement et la suspension de l’importation de certains médicaments vitaux noirciront davantage ce tableau. C. Laïd, originaire de Sétif, souffrant d’une double amputation de la jambe provoquée par une gangrène nécessite une prothèse tibiale de contact. De 1976 à 1988, l’Etat algérien, par le biais de la Caisse nationale de l’assurance, lui a accordé régulièrement une prise en charge au profit du centre de rééducation et d’appareillage de Valenton. « Depuis 1986, il m’est devenu impossible de poursuivre les renouvellements de cet appareillage en France auprès de la maison indiquée par les mêmes procédés.

Pourtant, je suis dans l’obligation de conserver cet appareillage spécifique pour des raisons thérapeutiques et de commodité fonctionnelle principalement », explique ce père de famille de 50 ans.Fonctionnaire au revenu modeste, C. Laïd ne peut pas assumer seul les frais de cette prothèse de l’ordre de 2 800 euros, renouvelable pour trois ans maximum et dont la réalisation en Algérie est en deçà de « la qualité médicale et fonctionnelle espérée ». « C’est en désespoir de cause qu’il m’est apparu envisageable de prendre attache avec vous, dans l’expectative d’une aide ou d’une prise en charge des frais de cet appareillage », écrit-il à une association française. Une jeune fille de 25 ans, paralysés de la jambe droite depuis son enfance, vit, elle aussi, un calvaire. « Afin qu’elle puisse marcher, on lui a confectionné une prothèse faite de cuir et de métal de façon artisanale. Depuis qu’elle a grandi, celle-ci est devenue de plus en plus inconfortable et trop petite pour sa taille », raconte son cousin. Ce dernier, vivant à Montpellier, entame de nombreuses démarches auprès des organisations françaises pour obtenir un appareillage plus adapté, sans résultat. « C’est un véritable problème de conscience pour moi, car ma cousine compte sur moi pour remarcher », dit-il sur un ton las.

En quête de greffes de la main

De services en services, d’une association à une autre, ces différentes requêtes atterrissent finalement dans les bureaux de l’Association des paralysés de France qui a saisi dernièrement la Fédération algérienne des associations des handicapés moteurs pour savoir dans quelle mesure elle pourrait aider localement pour que ces cas soient pris en charge en Algérie. Cette fois-ci, c’est à partir d’Oran que le père d’une fillette de deux ans sourde demande de l’aide pour « l’implantation d’une prothèse interne permettant la transmission de signaux sonores au nerf auditif ». Il affirme dans sa lettre que ce genre d’opération ne se pratique pas dans le pays. Un autre père, de M’sila, cherche des informations relatives aux greffes des mains pour nouveau-né. Son bébé est effectivement venu au monde en mai 2004 sans doigts et sans orteils. Parfois, ce sont les médecins eux-mêmes qui s’adressent aux hôpitaux étrangers pour assurer une meilleure prise en charge médicale de leur malade.

C’est le cas de ce médecin rééducateur qui ne supporte pas de voir les chances de récupération de Brahim, paraplégique à 21 ans, compromises par des séances de rééducation insuffisantes et caduques. Il décide alors de contacter un centre de rééducation en France. Brahim a été victime d’un traumatisme vertébro-médullaire survenu en 1999 à cause d’une chute d’une hauteur de 6 mètres. « Après une laminectomie décompressive, ce patient, estime son médecin traitant, a évolué favorablement avec une récupération nette de la force musculaire et pourra remarcher s’il est pris en charge convenablement en rééducation. » Or la Caisse nationale d’assurance a diminué considérablement la délivrance de prises en charge pour ce type de malades, tout en sachant que la réadaptation fonctionnelle a toujours été le parent pauvre de toutes les politiques de santé qui se sont succédé ces dernières années. « Certains services pourtant à vocation de rééducation fonctionnelle n’acceptent pas de paraplégiques, arguant que ce type de malades deviennent très vite des « cas sociaux » et préfèrent se consacrer à des blessés par traumatismes autres que médullaires.

Dans un hôpital à Adrar, trois blessés médullaires accidentés de la route ont traîné pendant deux ans dans un service qui ne savait que faire pour eux. Des complications de toutes sortes en ont eu raison avant qu’on ne trouve de solution. Il est vrai qu’il est important de prévenir les traumatismes médullaires mais il est tout aussi primordial de veiller à la prévention de l’aggravation des séquelles importantes que ces traumatismes ont générées », fait-on remarquer au niveau de la Fédération algérienne des associations des handicapés moteurs.

Ces damnés sur terre

Le constat est terrible : dans ce genre de service, on meurt à la suite d’une simple escarre sur-infectée. « Paraplégique depuis 1983, je présente une escarre de la région sacrée ainsi qu’une autre au niveau de la verge. Elle est ouverte tout le long, jusqu’au gland. Je porte une sonde urinaire numéro 24 et j’ai constamment des fuites. Je me change 3 à 4 fois par jour. Devant les échecs thérapeutiques dans mon pays et l’aggravation de mon état de santé ainsi que l’impossibilité de me mettre sur le ventre à cause des douleurs au niveau des jambes, je n’ai pas mis le nez dehors depuis sept ans. Je lance un appel à toutes les âmes charitables pouvant me prendre en charge dans votre pays », écrit un citoyen de Blida à l’Association des paralysés de France.

Escaliers exigus, immeubles dépourvus d’ascenseur, les personnes souffrant d’un handicap vivent privées de soins, de vie professionnelle, oubliées qu’elles sont par les pouvoirs publics. Certaines comme B. Abdelhafid, handicapé à 80%, cherchent carrément les voies et moyens pour quitter le pays en vue de bénéficier de tout ce dont ils sont privés ici. D’autres espèrent seulement des moments d’évasion ou une scolarisation pour leur progéniture. Un père écrit : « Ma fille Cylia, née en 1993, est handicapée de naissance. Elle attend de vous la générosité et l’aide dont elle a besoin pour reprendre ses soins et ses études en France. Elle est passée par des moments très durs. Elle n’avait même pas le droit d’aller à l’école comme les autres enfants. Lorsqu’elle avait cinq ans, la chance lui a pourtant souri. Elle a pu partir en France grâce à son oncle résidant là-bas où elle a séjourné plusieurs années dans un établissement pour handicapés. » Malheureusement, l’oncle en question, pour qui elle est devenue une charge, la renvoie en Algérie en novembre 2004. « Le but de mon courrier est que vous lui trouviez une solution pour qu’elle puisse reprendre ses études et ses soins en France », précise le père de Cylia. Abdelkader, de Bel Abbès, dispose d’une prise en charge, mais n’arrive pas à obtenir de rendez-vous de la part d’une structure sanitaire en France.

Enfin une dame d’El Mouradia témoigne : « Souffrant d’une polyarthrite rhumatoïde, je nécessite constamment l’aide d’une tierce personne. Je ne sors jamais de ma chambre et, de ce fait, le courrier est mon seul contact avec l’extérieur. Mon vœu le plus cher est de faire une fois un séjour dans un centre de vacances de l’APF. Ne sachant pas si je peux l’espérer et si mes conditions me le permettent... j’ose vous demander de bien vouloir me faire parvenir une documentation complète sur vos centres de vacances ainsi qu’un maximum d’informations quant aux conditions, formalités, prix, et. » Il faut espérer que les souffrances relatées réveillent la conscience des autorités concernées pour qu’elles s’attellent enfin à prendre en charge ces différents problèmes de santé, d’accessibilité et de manque de médicaments vitaux localement.

Par Nissa Hammadi latribune-online.com