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Bouteflika : A la recherche du temps perdu

Le président-candidat et sa quête de soutiens islamistes
 
On savait, depuis le début de son quinquennat, que Bouteflika s’acheminait droit vers la sollicitation d’un second mandat.
jeudi 25 mars 2004.

Non pas pour poursuivre la réalisation de quelque œuvre historique mais pour asseoir définitivement son pouvoir total, sans avoir à composer avec un quelconque contre-pouvoir ni à se soucier de quelque “ligne rouge”. Il allait donc inéluctablement, et d’ailleurs plus vite que prévu, se détourner des forces politiques et sociales qui travaillent à l’avènement d’un système régi par les règles universelles qui fondent une République, et qui se battent pour un état démocratique et social. Premier corollaire : ces forces allaient rapidement cesser d’accompagner la politique de “l’élu” du 15 avril 1999.

Fait significatif, le RCD de Saïd Sadi écourtera sa présence au sein du premier gouvernement de Bouteflika, en raison de l’incapacité de ce dernier à faire aboutir les réformes démocratiques convenues. Second corollaire : les tenants du courant dit “islamo-nationaliste”, foncièrement conservateur et irrémédiablement, voire “culturellement” fermé au projet démocratique, allaient s’afficher comme ses alliés, prêts et engagés à porter sa candidature à sa propre succession.

Cela s’était particulièrement vérifié, au sein même du FLN, à l’apparition du conflit, resté ouvert depuis, entre les partisans d’Ali Benflis acquis au projet de rénovation et d’autonomie du vieux parti et ceux d’Abdelaziz Bouteflika, représentés essentiellement par les tenants du “baâthisme algérien”, à l’image d’Abdelkader Hadjar, ou encore par ces militants du “nationalisme islamiste”, comme Abdelaziz Belkhadem, communément appelés les “barbèfèlènes”.

Cela se vérifie de nouveau, depuis deux jours, en pleine campagne électorale : Rabah Kebir, un ancien responsable du FIS dissous, vient d’appeler “les fils du Front islamique du salut et le peuple algérien” à voter en faveur du président sortant.

Il y a quelques jours, Mahieddine Amimour, ami personnel du président-candidat, que celui-ci renommera sénateur du tiers présidentiel après lui avoir confié le portefeuille sensible de l’information dans son premier Exécutif, regrettait vivement, dans une chronique publiée par le quotidien arabophone El Bilad, sous un titre pour le moins évocateur- “Les erreurs de Bouteflika” - que le chef de l’État n’ait pas su au lendemain du 15 avril 1999, “tendre la main” à ses six concurrents qui s’étaient retirés de la course la veille du scrutin. Qu’est-ce qui a pu inspirer une telle réflexion au sénateur chroniqueur ? La réponse coule de source : Ahmed Taleb Ibrahimi venait tout juste d’annoncer son soutien au candidat Benflis.

Pour Amimour, le président du Mouvement Wafa (non agréé) aurait pu être, aujourd’hui, d’un apport certain si Bouteflika avait su “vaincre sa déception de voir la fête de son élection gâchée par le retrait des six”. Taleb Ibrahimi est, en effet, considéré comme l’un des représentants les plus en vue et les plus crédibles du courant islamo-conservateur et aurait pu naturellement, selon Amimour, faire pencher la balance en faveur du président-candidat. Que l’ancien ministre de l’information en arrive à exprimer de tels reproches contre son ami de toujours est assez parlant : Bouteflika a commis l’incroyable impair politique d’avoir ignoré, puis combattu des “alliés naturels”. Car il y a aussi le bourbier kabyle” qui contraint Bouteflika à se suffire de l’insignifiant Benyounès alors qu’il aurait pu compter sur l’historique Aït Ahmed.

Est-ce donc naturellement que Rabah Kebir s’aligne, aujourd’hui, derrière le président sortant ? Sans doute. Mais il semble que Bouteflika a su, pour le cas du parti dissous, éviter de commettre le même impair. Quelques jours avant le lancement de la campagne électorale, des anciens activistes de l’ex-FIS ont bénéficié de faveurs inespérées. C’est le cas, par exemple, du tout nouveau directeur de l’éducation d’Oran qui n’est autre que l’ancien président de l’APC-FIS de cette ville. C’est le signe - encore un - que Bouteflika ne mettra pas en œuvre la réforme du système éducatif et cela a peut-être de quoi rassurer les conservateurs de tous bords et, pourquoi pas, les détourner aussi bien d’Ahmed Taleb Ibrahimi, donc d’Ali Benflis, que d’Abdallah Djaballah qui plaide ouvertement pour le refus de la réforme proposée par la commission Benzaghou. Bouteflika voudrait-il rattraper le temps perdu dans son œuvre de rapprochement des forces conservatrices qu’il ne s’y prendrait pas autrement ?

Mais son ami Amimour sait, quant à lui, qu’il en est trop tard : seul un sentiment de désillusion pouvait, en effet, inspirer la chronique du sénateur.

S. C., Liberté