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Oran, capitale du crime

 
Ces dernières années, la criminalité a atteint son paroxysme à Oran.
samedi 7 mai 2005.

La criminalité explose à Oran.Connue jadis pour être un excellent lieu de détente, de distraction et de divertissement, la capitale de l’Ouest, Oran, est devenue ces dernières années le carrefour de la criminalité, occupant la première place en Algérie. C’est lors d’une banale descente de gendarmes dans un café du quartier Essabah de la banlieue d’Oran, mercredi passé à 9 heures, que nous nous sommes rendu compte que la virée oranaise n’allait pas être de tout repos. Houari, appelons-le comme cela, a, à la vue des gendarmes, essayé maladroitement de se faufiler. Il a vite été repéré puis fouillé dans un coin du café maure. Le flair du gendarme a été payant : Houari porte sur lui un couteau à cran d’arrêt et possède une importante somme d’argent. Parce qu’il porte une arme blanche, Houari est interpellé par les gendarmes qui le soupçonnent de bien plus. Ils n’en n’auront le cœur net qu’après un examen de situation approfondi. Au même endroit, un autre jeune homme, Kader, est interpellé lui aussi.

C’est une ancienne connaissance des forces de l’ordre : un repris de justice notoire. Il est embarqué à son tour, même si de prime abord il n’a rien entrepris qui soit répréhensible. C’est par précaution, rassure-t-on. Kader garde son calme en insistant pour terminer la consommation du café qu’il sirotait tranquillement.

« Généralement ce sont ceux qui ont un bout de kif qui font cela. Ils avalent le kif pour ne pas se faire prendre avec, parce qu’ils savent qu’ils seront traduits en justice même pour un gramme », a ajouté un gendarme. Au cours de notre visite, deux autres cafés ont été passés au peigne fin par les gendarmes.

Six personnes ont été arrêtées au total. Une fois au siège du groupement de la gendarmerie, les formalités sont immédiatement entamées. Houari, âgé de 23 ans, et les autres suspects sont soumis à la procédure d’identification avant de passer à la phase d’interrogatoire.

Houari essaye de justifier la possession du couteau par une version standard : « C’est pour me défendre. Je suis venu de Zouia où j’ai acheté un pantalon et une djellaba. J’ai quitté Maghnia vers 2 h du matin et je suis arrivé à 4 h à Oran.

J’ai vendu la marchandise que j’ai ramenée. » Houari, tout en racontant son histoire, laisse échapper quelques larmes pour donner l’impression de l’innocence, et jure qu’il n’a rien fait. La mise en scène qu’il entame ne tient plus la route dès que le fichier central révèle ses véritables agissements.

Houari est sous le coup d’un avis de recherche. Il est accusé d’avoir asséné un coup de couteau au niveau de la nuque à un jeune commerçant de son quartier qui a failli lui coûter la vie. Les enquêteurs sentant qu’ils ont affaire à un « gros gibier » décident de contacter leurs collègues de la police.

Qui sait ? Peut-être que ... Effectivement, Houari fait l’objet de recherches par les services de la police. Mais les policiers s’intéressent plutôt à son frère, un bandit de gros calibre qui serait l’auteur d’une grande opération de vol.

Houari, habitué aux interrogatoires, ne lâche pas prise et feint d’avoir mal au niveau du torse. « Je suis malade », répète-t-il sans cesse pour se dérober aux questions des enquêteurs. En vain. Après des investigations poussées dans le fichier de la gendarmerie, on découvre cette fois qu’il est sous le coup d’un mandat d’amener lancé par la justice depuis quelques mois déjà.

Selon les enquêteurs, Houari et son frère qui « sèment la terreur » dans la banlieue oranaise, sont un cas particulier. Ils sont issus d’une famille modeste composée de quatre enfants, dont deux sœurs... avocates. « A chaque fois que Baïza est arrêté, ses sœurs font intervenir leurs collègues pour le défendre », commente un officier.

Dans une autre salle, Kader fait de la résistance. Tant que rien n’a été trouvé pour l’incriminer il demeure calme. Il jure de n’avoir rien fait. Les gendarmes sortent alors un sabre d’un placard et lui demandent s’il le reconnaît.

Avec cette arme, Kader a donné un coup sur la tête d’un jeune homme, au niveau du crâne, lors d’une bagarre. « A Oran, ce sont généralement les sabres et les haches qui sont utilisés lors des bagarres. Ces armes sont également utilisées lors des agressions », nous a-t-on expliqué.

Pour Kader et Houari, la cabale prend fin. Ils ont été présentés devant le juge le lendemain. Les deux acolytes ne sont pas des cas isolés. Des milliers de jeunes comme eux sont arrêtés par les services de sécurité dans le cadre de la lutte contre la criminalité et les stupéfiants.

USTO et Haï Ennasr, des quartiers chauds L’USTO, le quartier Essabah et celui d’Ennasr font partie des quartiers les plus chauds d’El-Bahia. Il y a quelques années, quand la criminalité avait atteint son paroxysme, accéder à ces quartiers relevait de l’impossible, y compris pour les forces de l’ordre.

« En 2002, nous ne pouvions même pas accéder à ces quartiers. Nous étions rejetés par la population elle-même, qui nous lançait toutes sortes de projectiles dès qu’on y mettait les pieds. Il a fallu un travail colossal pour arriver à sécuriser relativement ces quartiers et à réduire considérablement le taux de criminalité.

Nous avons dû procéder à des arrestations massives », nous a déclaré le chef de la brigade de l’USTO, avant d’ajouter : « Il ne se passait pas un jour sans qu’un crime ne se commette dans ces quartiers. Mais aujourd’hui, la situation s’est nettement améliorée.

La criminalité n’est pas totalement éradiquée, mais nous jouissons de la collaboration des citoyens, et c’est un pas positif qui nous aidera à achever notre mission », a-t-il ajouté. Les descentes inopinées et de grande envergure sont devenues fréquentes dans ces quartiers.

Chacune d’elles permet d’effectuer une dizaine d’arrestations et parfois plus. Certaines arrestations aident à résoudre des affaires d’agressions ou de meurtres. En 2004, 1 380 arrestations ont été opérées à l’USTO dans le cadre de la lutte contre la criminalité, ce qui représente le tiers des arrestations effectuées dans toute la wilaya d’Oran ! Parmi les personnes arrêtés, 1 035 ont été écrouées.

Durant le premier trimestre de l’année en cours, 176 personnes ont été arrêtées, 142 écrouées et 34 placées sous contrôle judiciaire. La brigade de l’USTO a saisi durant le trimestre écoulé 14 kg de kif traité et 1 026 comprimés de psychotropes.

Alger-Oran via Chlef par train, en compagnie de l’équipe d’intervention rapide La wilaya d’Oran compte pas moins de 1,6 million d’habitants et doit supporter en plus la charge de plus d’un million de voyageurs qui y transitent quotidiennement.

Sa proximité avec la frontière ouest du pays fait d’elle une plaque tournante pour tous les trafics et vices. Des quantités énormes de drogue transitent chaque jour par la ville. Des quantités plus ou moins importantes sont également consommées localement.

L’usage des stupéfiants n’est plus l’exclusivité des habitués des boîtes de nuit et autres endroits de « distraction ». La consommation est constatée même dans les établissements scolaires, à l’instar dees autres grandes villes du pays.

Le kif, ce sont les grands contrebandiers qui « l’importent » du Maroc, via Maghnia ou d’autres circuits. Les « petits » contrebandiers se limitent aux téléphones mobiles (portables) ou aux effets vestimentaires qu’ils revendent avec une marge confortable.

Généralement, ceux qui viennent d’Alger préfèrent rentrer dans la capitale par train. Le train Oran-Alger de jeudi passé n’était pas ordinaire. Il y avait la présence d’une équipe de la brigade spéciale d’intervention de la Gendarmerie nationale.

Elle était soutenue par les officiers de la police judiciaire et des éléments en civil. Le train a démarré à 8 h. Aussitôt après, la fouille des bagages a commencé. Généralement, ce sont les grands sacs qui sont ciblés. Une dizaine de personnes transportant de la marchandise de contrebande ou simplement ne disposant pas de factures est immédiatement interpellée.

L’opération de jeudi a permis la saisie de 516 portables de marques Sagem, Siemens et Philips, 106 paires de chaussures, 72 paires de jeans et 8 tee-shirts. Le voyage pour les personnes interpellées lors de cette opération a pris fin à Chlef.

La saisie opérée lors de cette opération ne représente rien par rapport à ce qui est écoulé sur le marché. La criminalité à Oran par les chiffres Durant le premier trimestre de l’année en cours, 1 503 crimes et délits ont été traités par les éléments de la gendarmerie.

Ils ont arrêté 1 445 personnes dont 845 ont été écrouées et 598 mises en liberté provisoire. Les gendarmes ont traité également 5 affaires de contrebande, 85 affaires de police économique, 3 affaires de fausse monnaie et 4 autres de trafic de véhicules.

Les spécialistes observent une légère hausse dans les résultats obtenus dans le cadre de la lutte contre le banditisme mais cela ne change en rien à la situation dans cette wilaya. En effet, Oran est en tête du classement des villes ayant le plus fort taux de criminalité en Algérie.

Par Khalida Anad, jeune-independant.com