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L’Algérie que prépare Bouteflika

Il en a donné les grandes lignes dans ses meetings
 
Attaque en règle contre la presse indépendante, volonté exprimée de remettre en cause le pluralisme politique, des propos injurieux contre la revendication berbère, pression sur l’administration pour assurer un second mandat, manoeuvres pour faire admettre que l’armée est de son côté et appel du pied pour bénéficier du soutien des terroristes islamistes, c’est sous ces auspices que le président-candidat Bouteflika compte avoir un second mandat.
jeudi 25 mars 2004.

Le ton est donné au premier jour de l’ouverture de la joute électorale lorsque le président sortant a menacé, à partir de Médéa, les journaux à l’origine de la publication de scandales, auxquels sont associés ses conseillers et ses ministres, de lendemains incertains. « La situation ne restera pas en l’état si jamais j’ai un second mandat : il y aura révision de la carte de l’Algérie (politico-médiatique). Celui qui sortira du cadre qui sera fixé soit avec la plume ou bien avec la parole s’exposera aux sévères sanctions de l’Etat. »

L’homme est allé jusqu’à dire, lors de son passage mardi dernier à Bouira, que « certains écrits de la presse font plus mal qu’un acte terroriste ». Le chef de l’Etat sortant évolue à visage découvert et ne cache plus son souhait d’instaurer les fondements d’une gestion autocratique des affaires du pays. Après la presse, il compte, selon ses dires, normaliser à sa convenance le champ politique. Mis à part le RND et le MSP, « seuls partis qui représentent le peuple », les autres formations politiques n’auront plus droit de cité, y compris le FLN d’Ali Benflis qualifié d’« égaré ». « Ceux que nous avons précédé dans le combat pour la libération du pays doivent s’agenouiller devant nous », n’a-t-il cessé de marteler lundi dernier devant les Relizanais. Le président- candidat voue aussi une haine viscérale aux mouvements revendicatifs. Rien ne devrait se faire en dehors du cadre que définit le pouvoir », d’après sa conception. Au mouvement citoyen de Kabylie, pour ne citer que cet exemple, il a signalé lors de son passage télévisé à l’émission « Baramidj » que « la revendication de l’officialisation de la langue amazigh constitue un facteur de division de la nation ».

Mieux encore, il a relevé, lors de son meeting à Bouira, que « les amazigh vivaient dans la djahiliya avant la venue de l’islam ». Sur un autre plan, économique et social, le candidat se présente comme le sauveur du pays, et la conception des réformes contre lesquelles s’est battue l’UGTA est incontestable du point de vue des solutions de relances de l’appareil de production qu’elle présente. « Avant, il n’y avait rien. Mais depuis que je suis venu, les caisses de l’Etat sont pleines et l’Algérie est un vaste chantier qui promet de grandioses réalisations », fait-il remarquer à son auditoire dans les différentes wilayas qu’il a visitées. Mieux encore, l’Algérien était avant 1999, selon ses déclarations, « un pestiféré aux yeux de l’opinion internationale ».

Même « les généraux ont failli comparaître devant le tribunal pénal international », n’était son travail diplomatique, a-t-il confié aux directeurs de journaux qui l’interrogeaient lors de la même émission « Baramidj ». Autrement dit, M. Bouteflika, comme le présentent ses partisans, « est le zaïm qui est seul capable de faire sortir le pays de la crise et rapprocher les Algériens ».

Nadir Benseba, Le Matin