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L’informel menace les banques en Algérie

 
Selon une étude du cabinet Ernst & Young, le système financier en Algérie est menacée par le marché de l’informel.
mardi 10 mai 2005.

Le secteur financier en Algérie est miné par l'informel.Le cabinet d’études et d’expertise de renommée internationale Ernst&Young a élaboré dernièrement un rapport exhaustif sur la situation du secteur bancaire et financier algérien. Ce rapport dont Liberté a obtenu une copie comporte essentiellement une analyse approfondie du marché financier, le développement des services financiers et l’évolution du marché bancaire. Les experts de ce cabinet d’études ont indiqué que “les banques publiques représentent 87,5% du total de l’actif des banques contre 12,5 % pour les banques privées”, tout en soulignant dans la foulée “les banques privées à capitaux algériens ont souffert de la crise des banques El-Khalifa et BCIA”. De même, ils ont affirmé “la liquidation des banques El-Khalifa et BCIA a entamé la confiance des clients sur les institutions bancaires privées, qui ont retiré leurs dépôts pour les placer soit dans les banques publiques ou les banques étrangères”.

Ces experts relèvent que“l’essentiel des faiblesses du système bancaire algérien provient des logiques de comportement issues d’une longue période traversée par une économie administrée et une planification centralisée”. Plus explicite, ils ont relevé “le système bancaire algérien dispose d’un système de paiement et de communication reposant sur des procédés et des techniques obsolètes, une lourdeur dans la procédure d’évaluation des crédits, un déficit de management, des délais longs de traitement des demandes de financement ainsi que des décisions de financement fondées beaucoup plus sur des garanties que sur l’analyse des risques de projets”. Ces experts ont constaté “une faiblesse des crédits à moyen et long terme malgré la présence d’une forte liquidité due à l’embellie financière au niveau macroéconomique et à la mise en œuvre du plan de relance, une médiocre qualité des services de base accompagnée d’un accueil mal apprécié par la clientèle et des délais de traitement des chèques et des transferts de fonds interbancaires considérés trop longs”. Continuant sur leur lancée, ils ont souligné que “les principales menaces auxquelles doivent faire face les banques publiques proviennent en particulier du redéploiement des banques privées étrangères dont la plupart disposent d’un personnel formé et habitué à évoluer en économie libérale avec des capacités de management avérées”.

En outre, le secteur bancaire algérien bénéficie, selon les rédacteurs de ce rapport, de certains atouts dont un réseau bancaire important, des ressources humaines plus ou moins formées et expérimentées, une situation de quasi-monopole des banques publiques sur le marché et l’excès de liquidité. Ces rédacteurs ont averti, par ailleurs, qu’“une telle situation de surliquidité des banques publiques nécessite un contrôle rigoureux de la liquidité afin de prévenir le développement des crédits bancaires non performants et le risque d’inflation”.

Ils ont recensé “287 agences bancaires à la Badr, 187 à la Cnep contre respectivement 170, 152, 125 et 79 agences pour la BNA, la BDL, le CPA et la BEA”. Le nombre de porteurs des cartes de crédits est estimé, selon ces experts, à 11 433 en 2001 dont 4 430 au CPA, 2 846 à la BEA, 1 700 à la BNA, 2 254 à la Badr, 142 à AL-Baraka Bank et 61 à la Cnep-Banque. Concernant les livrets d’épargne, les experts d’Ernest &Young ont dénombré “2 967 000 livrets à la Cnep, 278 000 à la Badr, 223 000 à la BNA, 139 000 au CPA et 57 000 à la BEA”. L’effectif global des banques publiques est évalué à 29 205 personnes dont 7 018 pour la Badr, 5 609 pour la BNA, 4 700 pour la Cnep, 4 293 pour le CPA et 3 364 pour la BDL. Les analystes de ce cabinet ont décortiqué, aussi, les faiblesses et forces de chacune des banques publiques.

La Banque algérienne de développement rural (Badr) dispose, selon ces analystes, d’un système d’information développé, un réseau bancaire important et une forte stratégie commerciale mais elle est handicapée par un lourd fardeau de créances non performantes sur les entreprises publiques, des partenaires sociaux puissants et une économie informelle réticente à la traçabilité. Autrement dit, le secteur informel, par ses activités souterraines représente un risque sur la pérennité des banques publiques. La banque de développement local (BDL) est dotée d’un personnel jeune et bien formé mais elle reste, selon les experts, une banque de petite taille, une rentabilité limitée avec la dissolution de 1 360 entreprises publiques locales (EPL) clientes et de lourdes provisions à écouler suite au prêt réalisé à la Banque El-Khalifa liquidée en 2003. Quant à la Banque nationale d’Algérie (BNA), elle demeure handicapée, note-t-on, par un système d’information peu performant, un portefeuille de mauvaise qualité et un personnel qualifié parti vers d’autres banques. Même topo pour la Banque extérieure d’Algérie (BEA) dont le système d’information est peu performant et dépendant d’un seul client, en l’occurrence Sonatrach qui représente plus de 75% de son produit net bancaire.

Ceci dit, les banques privées étrangères constituent une menace sérieuse, dit-on, aux banques publiques si elles n’arrivent pas à se mettre à niveau. Pour ces experts “le rythme de la réforme bancaire en Algérie n’a pas encore atteint la cadence souhaitée puisque les marchés financiers sont insuffisamment développés, la qualité de service est peu performante et une sous-bancarisation très importante”. La majorité des chefs d’entreprise recherchent pour les initiateurs de cette étude, des crédits d’investissement et des crédits d’exploitation et souhaiteraient que leur banque leur assure un conseil financier et leur propose un service leasing. Les analystes financiers ont révélé “l’analyse des données socioéconomiques est très favorable à l’émergence d’une population qui recourt de plus en plus aux banques.”

Par Faïçal Medjahed, liberte-algerie.com