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L’échec de la diplomatie de Bouteflika

 
En dépit d’une relative amélioration de la situation sécuritaire, le risque algérien demeure élevé, selon les estimations de la communauté internationale.
jeudi 25 mars 2004.

Les réticences dont font preuve certains pays lorsqu’il s’agit d’organiser des rencontres en Algérie et les consignes de sécurité que donnent d’autres concernant les déplacements de leurs ressortissants contredisent chaque jour le discours officiel. Après le déménagement de l’ambassade de Grande-Bretagne, pour des raisons de sécurité, à l’hôtel Hilton et le transfert de ses services consulaires à Tunis, c’est au tour de l’équipe danoise de tennis de refuser de disputer un match avec l’équipe algérienne dans le pays. Le Danemark déclarant forfait, il n’y aura donc pas de premier tour de la Coupe Davis groupe 2 à Alger.

La rencontre devait se tenir entre le 9 et le 11 avril au Tennis Club du 5- Juillet, réaménagé pour la circonstance. Selon le directeur du tournoi, Mohamed Sadou, ce refus était prévisible. Depuis déjà quelques jours, la Fédération algérienne de tennis sentait le malaise des Danois. « Ils ont commencé par nous demander si le lieu de leur hébergement à Alger, l’hôtel El Djazaïr, avait fait l’objet d’une construction conforme aux normes parasismiques. Ensuite, ils ont sorti l’argument sécuritaire », a déclaré hier Mohamed Sadou. Si l’équipe algérienne est qualifiée d’office au deuxième tour de ce tournoi, les responsables de la Fédération du tennis ne cachent pas leur déception devant l’annulation de ce match pour lequel leur équipe « s’est préparée depuis des mois ».

Cet affront à l’image que veut refléter le Président-candidat du pays intervient au moment où trois pays au moins viennent de durcir les consignes de voyage de leurs ressortissants en Algérie. Il s’agit de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Selon une fiche de conseils publiée par Algerian Tourism, « l’Algérie reste un pays éprouvé par le terrorisme, même si celui-ci a beaucoup diminué par rapport à la période au milieu de la décennie 1990. Aucune ville n’est à l’abri des attentats ». Les voyages individuels touristiques sont ainsi déconseillés, y compris dans le Grand-Sud et les déplacement dans les régions frontalières sont formellement interdits.

D’après certaines capitales européennes, « le risque d’enlèvement persiste » dans le Sahara après le triste épisode des 32 touristes étrangers kidnappés par le GSPC, l’an dernier. Les chancelleries étrangères recommandent à leurs voyageurs de réduire au maximum la durée de leur séjour, de les limiter aux grandes agglomérations, d’éviter les déplacements par route et la nuit. Sur le plan économique, le magazine L’Expansion rapporte dans sa livraison du mois de janvier dernier que l’Algérie est classée 9e pour les investissements français dans les pays les plus exposés au terrorisme.

En 2000, l’investissement français dans le pays était de l’ordre de +70 %, il a chuté en 2001 à +49 % pour arriver en 2002 à +17 %. Le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a beau expliquer le déménagement de l’ambassade de Grande-Bretagne par le fait qu’elle se trouvait trop près d’une rue fréquentée, contrevenant ainsi aux nouvelles règles de sécurité de ce pays depuis l’attentat d’Istanbul en novembre dernier, il n’est pas arrivé à convaincre son auditoire qui s’est demandé pourquoi la chancellerie britannique a mis des mois pour prendre cette décision. « Ils attendaient une réponse concernant leur seconde demande. Celle de fermer la ruelle jouxtant l’ambassade », s’est contenté de répondre notre ministre des Affaires étrangères, dépêché à la rescousse pour exclure toute menace terroriste.

Cela au moment où le département d’Etat américain a reconduit le GSPC sur sa liste principale des organisations terroristes internationales. Hier à Laghouat, Ali Benflis s’est interrogé à son tour sur la décision de l’ambassade de Grande-Bretagne de transférer ses services consulaires à Tunis pour finir par répondre : « C’est la meilleure illustration de l’échec sur le plan diplomatique. »

La persistance de la violence dans le pays et l’échec de la politique du Président sur le plan diplomatique sont autant de griefs retenus par les candidats contre le Président sortant qu’ils n’hésitent pas à utiliser contre lui durant leur campagne à travers le pays. « La fermeture de l’ambassade britannique est un scandale diplomatique et une humiliation pour le peuple algérien », a déclaré Fawzi Rabaïne à partir de Mascara.

Le responsable de la communication du candidat Saïd Sadi pense que c’est là la preuve que la paix n’est pas au rendez-vous. « C’est une véritable gifle pour la diplomatie algérienne », dit-il.

Nissa H., Le Matin