"Bashing" du japonais KobayashiLes otages libérés d’Irak sont accueillis en héros en Europe, mais traités en parias au Japon, un sujet polémique et délicat abordé dans "Harcèlement" (Bashing), qui suit l’errance désespérée d’une ex-otage dans une société qui ne la comprend pas et qu’elle ne comprend pas.
jeudi 12 mai 2005.
Après son licenciement, son isolement ne fait que grandir en même temps que son désespoir. Face à cette situation, elle envisage de retourner en Irak. "Quitter le Japon pour s’engager comme volontaire, comme le fait le personnage principal du film, est un acte dont le sens échappe encore aux Japonais", estime Masahiro Kobayashi. Même si "Harcèlement" est présenté comme une fiction, le film s’inspire de l’histoire bien réelle des trois premiers otages japonais rentrés chez eux en avril 2004. L’actrice qui incarne Yuko, Fusako Urabe, s’est inspirée de leur histoire. "Je n’ai rencontré aucun des trois otages japonais, mais j’ai lu le livre écrit par l’un d’eux, une jeune femme. J’ai aussi lu leurs interviews", raconte-t-elle à Cannes alors que son fils joue à quelques pas dans le sable. L’errance de Yuko dans les rues de sa ville natale, délavée par la pluie et sans vie, contribue à l’atmosphère presque claustrophobe du film. "Le film est tourné dans une ville côtière de l’île de Hokkaido. J’ai voulu faire ce film dans cette ville en particulier parce que je voulais que le site, le décor réfléchissent les émotions, la solitude, la colère et la tristesse de l’héroïne", raconte le cinéaste. "Le harcèlement d’otages est un sujet tabou au Japon", ajoute-t-il. "D’ailleurs je n’ai pas de distributeur, même si j’espère en trouver un ici à Cannes", confie le cinéaste en souriant. "A partir du moment où le film a été sélectionné à Cannes, on en a beaucoup parlé dans la presse japonaise, et certains de mes amis se sont inquiétés pour moi (...) Moi-même, j’ai eu peur des réactions qu’il pourrait susciter", reconnaît-il. "Le cinéma japonais actuel est très conservateur : il ne parle de la société japonaise qu’à travers des rites et traditions. Je pense que c’est bien que cette jeune femme soit immergée dans la société réelle d’aujourd’hui", ajoute-t-il. Ce film, loin des canons esthétisants, est l’oeuvre d’un cinéaste francophile : venu pour la première fois en France à 21 ans avec l’espoir de devenir l’assistant de François Truffaut, il est revenu dans l’Hexagone une vingtaine de fois. Agé de 51 ans, Masahiro Kobayashi vient à Cannes pour la 4e fois, après avoir été sélectionné notamment à la Quinzaine des Réalisateurs en 2000 et dans Un certain regard en 2001. Il a réalisé entre autres "La route des petits voyous" (1998), "L’homme qui marche sur la neige" (2001) et "Un flic" (2004). Source : AFP |
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