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Les cimetières français en Algérie vont être regroupés

 
Suite à un commun accord entre les autorités algérienne et française, les cimetières français en Algérie vont bientôt être regroupés selon un plan qui s’étalera sur cinq ans.
vendredi 13 mai 2005.

Visite du cimetière français de Saint-Eugène en Algérie.« Le père Jamy, il a bougé un peu ! » Bernard Gassiot, 69 ans, le « dernier des Bônois », constate d’un oeil avisé les dégâts subis par le caveau cossu d’un notable décédé au début du siècle passé. La margelle du bloc de granit a éclaté à la suite d’un glissement de terrain. Mécanicien maritime de métier et ornithologue à ses heures perdues, le vieil homme est le gardien de la mémoire colon d’Annaba. Vice-président de l’association In Memoriam, il veille avec soin mais sans nostalgie excessive sur les cimetières pieds-noirs de la région. « Durant les années de terrorisme, les insurgés avaient installé des matelas dans les caveaux et creusé des passages dans les ronces qui envahissaient les allées en pente douce. Plus personne ne venait », explique Bernard Gassiot. Le débroussaillage s’est engagé voici cinq ans. « Maintenant, ça va, mais est-ce que ça va durer ? », s’interroge-t-il.

Tombé près de la sépulture de ses ancêtres arrivés à Bône au milieu du XIXe siècle, un cyprès abattu par un coup de vent a abîmé la dernière demeure des voisins de ses parents. Et, voici quelques jours, une centaine de tombes ont été détruites par des vandales. L’enquête a débouché sur l’arrestation et la condamnation à de lourdes peines de prison ferme d’un gang de récupérateurs de fer forgé.

Dans l’Est algérien comme à Alger, les autorités engagent leur responsabilité pour veiller sur des lieux de mémoire qu’elles considèrent comme partie intégrante de leur patrimoine. Le premier ministre, Ahmed Ouyahia, l’a confirmé à Renaud Muselier. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Mohammed Bedjaoui, a tenu à rappeler au secrétaire d’Etat français que la tradition musulmane interdisait la construction sur l’emplacement d’anciens cimetières. Ces propos ont rassuré le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères. « Notre but est de traiter avec dignité un dossier difficile », précise-t-il.

En déshérence durant l’insurrection islamiste des années 90, les cimetières sont redevenus une priorité pour Paris. Mais les pillages, les déprédations et l’usure du temps ont causé des dommages irréversibles. Soixante-deux cimetières situés souvent dans des lieux excentrés (soit 4 000 tombes) sont dans un état catastrophique. Ils devraient être regroupés à l’occasion d’un plan prévu sur cinq ans qui devrait débuter à l’automne prochain. « Cela représente 2% des sépultures chrétiennes et juives recensées dans toute l’Algérie », précise Renaud Muselier. Sur les anciens sites, une plaque commémorative honorera le souvenir des personnes qui y étaient inhumées. Et une cérémonie religieuse sera organisée lors de l’achèvement de chaque regroupement. « Ces garanties devraient être un réconfort pour des familles qui n’ont que de rares occasions de se rendre sur place et qui devraient être rassurées sur le repos de leurs défunts », commente le secrétaire d’Etat. Les descendants ont aussi la possibilité de récupérer, mais à leurs frais, les dépouilles de leurs proches. Les consulats généraux s’engagent à leur apporter un soutien pour les opérations d’exhumation ou pour les formalités administratives.

En parallèle, Alger encourage les rapatriés à venir visiter leur ancien pays. « Ils sont les bienvenus », a indiqué Ahmed Ouyahia.

Par Thierry Oberlé, lefigaro.fr