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L’Espagne livre des chars d’assaut au Maroc

 
L’affaire de la livraison par l’Espagne de chars d’assaut au Maroc est à l’origine de remous au sein de la classe politique espagnole. Le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero est sommé par l’opposition de droite et une partie de la gauche de donner des explications.
dimanche 15 mai 2005.

Le Maroc s'équipe de chars d'assaut M60 livrés par l'Espagne.Le 4 mai dernier, l’ambassadeur sahraoui en poste à Alger avait indiqué que le Maroc compromet les chances d’une solution pacifique au Sahara Occidental en se procurant des chars et du matériel de guerre auprès de la France et de l’Espagne. Une dizaine de jours après, les déclarations du diplomate, qui paraissaient alors tributaires de son rôle à défendre naturellement sa cause, ont pris un autre relief avec ce qu’on appelle à Madrid l’affaire des chars espagnols au Maroc. Selon le quotidien La Razon, qui a été le premier à en parler, le gouvernement socialiste de M. José Luis Zapatero a cédé dans le plus grand secret, et sans informer l’opinion politique et publique de son pays, des chars d’assaut américains M60. Les informations concernant cette transaction restent pour l’instant largement contradictoires.

Les différentes sources qui en sont à l’origine hésitent entre les hypothèses de « vente », de « leasing » ou de « cession » pure. Elles ne précisent pas non plus le nombre d’engins concernés par cette transaction. Mais elles insistent toutes sur un point : le gouvernement Zapatero a tout fait pour la passer sous silence et l’opposition n’entend pas lui pardonner ce manquement aux règles de la démocratie.

Depuis quelques jours, le parti populaire (PP), le plus ardent adversaire de droite des socialistes, multiplie les attaques. En agitant de vieilles frayeurs espagnoles, il accuse le gouvernement de M. Zapatero de menacer la sécurité de l’Espagne et de mettre en danger ses enclaves de Ceuta et Melilla en fournissant des armes au Maroc. L’argument est très court ; il bénéficie néanmoins d’une certaine audience dans les milieux espagnols conservateurs. Surtout depuis les incidents de l’îlot du Persil qui ont opposé Madrid à Rabat en 2002. Il permet aussi au PP, dont l’actuel président, M. Mariano Rajoy, entend le faire revenir au-devant de la scène politique après l’échec aux élections de 2004, d’accroître la pression. Après les remontrances médiatiques, il demande maintenant des explications publiques et exige du ministre de la Défense, M. José Bono, de venir s’expliquer au Parlement.

Fait inédit, le Parti de gauche unifié s’est désolidarisé du gouvernement de M. Zapatero. Il demande lui aussi des explications pour d’autres raisons. En effet, ce parti, réputé proche des thèses socialistes en Espagne, s’inquiète de l’usage de ses chars par l’armée marocaine. Il reproche au gouvernement de fournir un matériel militaire au Maroc en ne tenant pas compte du fait qu’il soit utilisé contre le Polisario en cas d’échec brutal du plan de paix dans la région et de reprise des hostilités. Il appelle aussi à ce que tous les détails de la transaction soient divulgués pour que « l’opinion espagnole sache combien de chars M60 ont été livrés au Maroc, dans quelle région ils vont être stationnés et pour quel usage ».

Le fait qu’une formation du même bord politique que celui de M. Zapatero demande des explications indique l’importance des difficultés auxquelles son gouvernement fait face, au moment où les relations avec le Maroc ne font pas l’unanimité au sein de la classe politique espagnole. Cette situation encourage la polémique et incite les médias à se poser des questions sur l’origine des fuites qui ont permis au journal espagnol La Razon d’éventer le premier le bruit d’une transaction souterraine portant sur une vente d’armes à Rabat. A Madrid, beaucoup d’observateurs estiment à ce sujet qu’avant de décider de céder au Maroc les chars M60 - des engins de fabrication américaine -, l’Espagne se devait d’informer Washington selon les règles d’usage. Les Américains, pensent-ils, ont non seulement donné leur feu vert, mais ils ont profité pour ébruiter l’affaire par l’entremise d’un haut responsable américain qui aurait abordé la transaction devant des journalistes marocains à Rabat. Inconsciemment ? Pas si sûr, affirment ces mêmes observateurs. Les Américains, qui n’ont pas oublié la décision du gouvernement Zapatero de retirer les troupes espagnoles d’Irak, y ont trouvé l’occasion de lui exprimer leur amabilité.

Par Kader Hannachi, quotidine-oran.com