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L’Algérie, un pays émetteur de touristes

 
En 2004, ils étaient un peu plus de 1,4 million d’Algériens nationaux à se rendre à l’étranger, contre seulement 1,234 million de touristes ayant visité l’Algérie.
mardi 17 mai 2005.

Ce qui est un paradoxe en soi si l’on compare notre pays à la majorité de ceux du pourtour méditerranéen réputés accueillir d’importants flux de touristes étrangers dépassant largement le nombre de leurs concitoyens qui préfèrent passer leurs vacances à l’étranger. A titre d’exemple, l’Egypte est visitée annuellement par 8 millions de touristes, la Tunisie par 5 millions et le Maroc par 5,5 millions. Que dire alors de l’Italie et de l’Espagne qui sont envahies annuellement par plus de 50 millions de touristes chacun et la France, première destination touristique au monde avec près de 74 millions de visiteurs étrangers ?

N’en déplaise à ceux qui ne cessent de discourir sur la relance de la destination Algérie sur le marché mondial du tourisme, la croissance du nombre d’Algériens nationaux qui se rendent annuellement à l’étranger est supérieure au flux de touristes étrangers en direction de notre pays, faisant ainsi de l’Algérie un pays émetteur de touristes en puissance. En tout cas, plus qu’il n’en reçoit. Ce constat est aggravé par la croissance annuelle de ce secteur. En 2004, le nombre d’Algériens ayant séjourné en dehors de leur pays a augmenté de 13%, tandis que le flux de touristes vers notre pays n’a progressé que de 5,78%. Cette importante croissance du nombre d’Algériens qui disposent des moyens financiers leur permettant de voyager et de séjourner dans des pays étrangers reflète t-elle l’amélioration de leur niveau de vie ? Tout porte à le croire, et ce, malgré l’absence d’instruments d’analyse et de statistiques fiables pour évaluer le taux du chômage, les revenus et le poids réel de l’économie informelle. Cette forte croissance dément aussi certaines analyses qui ne cessent de dramatiser depuis quelques années l’avancée de la pauvreté au sein de la société.

Pour revenir à notre sujet, la Tunisie vient en tête des pays récepteurs de touristes algériens avec un peu plus de 673 000 en 2004. Par contre, et malgré un niveau de vie soi-disant supérieur au nôtre, ils n’ont été que 103 000 Tunisiens à se rendre dans notre pays durant la même année. Evidemment, nos concitoyens préfèrent la Tunisie en raison de l’absence du visa, de la proximité géographique, de la possibilité de se déplacer avec son propre moyen de locomotion ainsi qu’une offre de produits touristiques variés et adaptés à toutes les bourses. Il est clair que l’ouverture des frontières terrestres avec le Maroc réorientera le flux en défaveur de notre voisin de l’est. En seconde position, nous trouvons la France qui a accueilli plus de 386 000 Algériens l’année passée. Tandis que seulement 138 000 français ont visité notre pays durant la même période. Avec les Tunisiens, d’autres ressortissants de pays arabes à l’exemple des Libyens commencent de plus en plus à s’intéresser à notre pays. Ils étaient un peu plus de 27 000 ressortissants de la « Djamahiriya pétrolière » à avoir séjourné en Algérie l’été dernier. A l’instar des monarchies du Golfe, les Libyens bénéficient d’un revenu élevé et sont très convoités par les opérateurs touristiques tunisiens. Etaient nombreux aussi les visiteurs en provenance du Maroc, de la Tunisie et de l’Egypte. Il est tout de même utile de préciser qu’à l’exemple de la majorité des Tunisiens, les Marocains, les Syriens et les Egyptiens viennent en Algérie pour travailler et non pas pour faire du tourisme.

Les premières analyses des flux touristiques en direction de notre pays fait ressortir que sur les 1,24 million de visiteurs, plus de 865 000 sont des Algériens établis à l’étranger. La croissance du nombre de ces derniers reste très faible, ne dépassant pas les 0,44% comparativement à 2003. Donc, 368 000 ressortissants étrangers à proprement parler ont visité notre pays en 2004. Mais tout de même, contrairement à nos émigrés, une forte croissance dépassant les 20% est constatée dans le flux des touristes étrangers. Là aussi, il faut nuancer. Le nombre d’étrangers venant en Algérie dans un cadre purement touristique reste faible. Le plan de relance économique, le processus de libéralisation ainsi que les forts investissements dans le secteur des hydrocarbures ont fait multiplier le nombre d’entreprises étrangères travaillant en Algérie ces trois ou quatre dernières années. Et avec elles, le nombre de travailleurs étrangers, d’où cette forte croissance du nombre de ressortissants qui ont séjourné dans notre pays l’année passée.

Par ailleurs, ces données nous renseignent sur les faibles montants en devises générés par l’activité touristique qui ne dépassent pas les 100 millions d’euros par an, alors qu’ils dépassent largement les 2 milliards d’euros chez nos voisins marocain et tunisien. Comme on pourrait le constater, ce ne sont pas les quelques discours rassurants sur le retour de la sécurité et de la stabilité et les quelques Salons et autres folklores qui vont faire de l’Algérie une destination touristique privilégiée en Méditerranée. Le tourisme est avant tout un produit qu’on propose sur le marché international. Ce sont des infrastructures d’accueil diversifiés qui répondent aux normes en vigueur actuellement. Ce sont aussi des circuits, des musées, des villes et des vestiges historiques à promouvoir, sans compter la gastronomie et la culture ; bref, c’est tout ce qui distingue une société d’une autre qu’il s’agit de préserver et de faire connaître. C’est surtout un environnement à protéger pour développer le tourisme écologique et culturel en vogue ces derniers temps. En conclusion, le dynamisme de l’activité touristique n’est que le reflet de secteurs comme l’économie, la culture, la communication, l’urbanisme, les transports et l’environnement.

Par M. Chermat, nouvellerepublique.com