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Le général Lamari au sommet antiterroriste à Stuttgart

Les Américains réunissent les chefs des états-majors des armées des pays du Maghreb et du Sahel
 
Un sommet regroupant les chefs d’état-major des armées du Maghreb et du Sahel, à l’initiative du commandement américain en Europe, s’est tenu à Stuttgart, en Allemagne, en présence du chef d’état-major de l’ANP, le général Lamari.
samedi 27 mars 2004.

En se rendant au QG des forces américaines en Europe pour la troisième fois en deux ans, le chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée Mohamed Lamari, avait à participer à un sommet consacré à la lutte globale contre le terrorisme en compagnie de ses homologues maghrébins et sahéliens, dans une conjoncture marquée par le déploiement de forces spéciales américaines dans la région subsaharienne.

Le parrainage de cette rencontre par le commandement des forces américaines stationnées en Europe s’explique par le fait que celui-ci est chargé de coordonner les opérations des unités d’élite américaines, les Bérets verts, dans la plupart des pays d’Afrique où ont été envoyés 200 instructeurs US. Etalés sur deux jours, les travaux de cette rencontre, à laquelle ont pris part les responsables des armées du Tchad, du Mali, de la Mauritanie, du Maroc, du Niger, du Sénégal et de la Tunisie, se sont clôturés hier avec la prise de décisions devant permettre aux armés des pays participants d’affiner leur « stratégie opérationnelle » de lutte contre le terrorisme.

Le rendez-vous de Stuttgart est présenté comme une « première » par les Américains, dans la mesure où c’est pour la première fois que des consultations de haut niveau rassemblent des officiers de haut rang et experts militaires de tous les pays du Maghreb et du Sahel. Un événement difficilement imaginable, pour certains observateurs, en raison des différends politiques et territoriaux opposant les pays de ces deux régions : le Maghreb et le Sahel.

Des sources proches du commandement des forces américaines en Europe, citées par les médias américains, ont déclaré que cette rencontre, dont les résolutions resteront secrètes, a servi à aplanir les divergences entre les différents états-majors et à engager une coopération réelle dans le domaine antiterroriste.

Si les responsables des armées du Maghreb et du Sahel ont accepté de s’asseoir à la même table, cela n’empêche pas le fait qu’ils aient des intérêts divergents en matière de lutte contre les groupes terroristes. L’Algérie, en tant que « pionnière » dans cette lutte, veut renforcer sa coopération bilatérale avec le Pentagone et s’inquiète de la prolifération des réseaux du GSPC à ses frontières sud. Il n’en est pas de même pour les autres armées.

Le Mali, qui forme actuellement ses unités d’élite dans le désert de Tombouctou, prépare déjà l’accueil d’une base américaine à Tessalit et ambitionne d’augmenter l’aide militaire américaine dans le domaine de la formation à l’antiterrorisme. Une aide qui est actuellement de l’ordre de 3,5 millions de dollars. Bénéficiant de la même enveloppe, le Niger veut uniquement sécuriser ses frontières poreuses avec le Mali, comme l’a prouvé le récent passage d’un convoi du GSPC. Ce pays n’est par ailleurs pas disposé à faire de sa région nord, autrefois agitée par la rébellion touarègue, un sanctuaire pour les islamistes affiliés à Al-Qaïda. Le Tchad, tout auréolé de son intervention contre un convoi du GSPC, compte également profiter de l’assistance militaire américaine, comme ce fut le cas lors de l’opération du Tibesti.

Reste les cas tunisien et marocain. Si la Tunisie est disposée à se ranger du côté d’une coopération intermaghrébine sous une supervision américaine, les Marocains veulent redorer leur blason terni par les attentats de Casablanca et Madrid. De ce fait, les Forces royales marocaines sont disposées à ouvrir leur territoire à des bases US, comme c’est déjà le cas à Tanger (station d’écoute de la NSA), mais agitent, maladroitement, le spectre d’une connexion imaginaire entre le GSPC et le Polisario.

Ainsi, après que les pays subsahariens eurent accepté le Pan-Sahel, nouveau plan américain pour contrer Al-Qaïda dans la région, les sources américaines en Allemagne précisent que les armées algériennes, marocaines et tunisiennes devraient également bénéficier du même programme de formation et d’assistance militaire initié par le département d’Etat américain au profit du Mali et de la Mauritanie.

Il est attendu par ailleurs des pays participants au sommet de Stuttgart de densifier les échanges en matière de renseignements et de multiplier la coopération entre services spécialisés dans la lutte contre le terrorisme. Un voeu des militaires américains, dont la réunion de Stuttgart n’est que la première étape.

Zine Cherfaoui, Le Quotidien d’Oran