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La déraison marocaine

 
Le ministère marocain des Affaires étrangères a indiqué hier, dans un communiqué, que le Maroc « déplore vivement les déclarations et positions officielles que l’Algérie a cru devoir exprimer ces derniers jours sur la question du Sahara marocain ».
mardi 24 mai 2005.

Le communiqué de la diplomatie marocaine avait été précédé d’une avalanche de commentaires de la presse marocaine voyant une duplicité dans la démarche algérienne. Qu’en est-il au juste ? Le chef de l’Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika, avait déclaré au Chili que « sur un plan régional, nous [l’Algérie] sommes en train de consolider l’Union du Maghreb arabe, qui constituera pour vous un partenaire commercial et économique du plus haut intérêt dès qu’il aura parachevé la mise en place de ses structures et des instances qui doivent le gérer.

Cette mise en place de l’Union du Maghreb arabe est quelque peu compromise par le problème du Sahara occidental qui, bien que mettant aux prises le royaume du Maroc et le Front Polisario, a donné lieu à des malentendus dans les rapports algéro-marocains. Il s’agit pourtant là d’un problème de décolonisation qui a été pris en charge par les Nations unies et dont la solution réside dans l’exercice par le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination. La question est toujours à l’ordre du jour du Conseil de sécurité et j’espère que des pressions de la communauté internationale amèneront les deux protagonistes à trouver un terrain d’entente, facilitant la tenue du référendum d’autodétermination qui constitue la clé du problème ». Une position dite et redite par tous les chefs d’Etat algériens depuis que le Maroc a envahi le territoire du Sahara occidental.

L’Algérie reste fidèle au principe de l’autodétermination des peuples et considère les Nations unies comme la seule organisation à même de régler les différends entre Etats. L’Algérie ne peut être que fidèle à ses positions et à un pays membre, comme elle, de l’Union africaine. Mais l’Algérie et le peuple algérien restent aussi fidèles à la volonté de construire l’Union du Maghreb et d’en faire un regroupement sous-régional fort et efficace. Le royaume du Maroc, qui connaît des difficultés économiques importantes, devrait se conformer au droit international sur la question de la décolonisation du Sahara occidental plutôt que de focaliser sur les positions nobles de l’Algérie. Le Maroc devrait faciliter la tenue du référendum sur l’autodétermination du peuple sahraoui et en accepter les résultats puisqu’il a souscrit au plan Baker.La diplomatie marocaine gagnerait en maturité si elle arrivait à dissocier la construction de l’Union maghrébine d’une faute que son pays a commise à l’endroit d’un peuple il y a plus d’un tiers de siècle.

L’Algérie, pour sa part, s’est toujours tenue à une ligne de conduite simple et efficace. La dissociation des questions bilatérales de celles d’intérêt régional. L’Algérie s’est engagée à aider le Maroc en matière sécuritaire et de lutte contre l’émigration clandestine ainsi que d’autres questions. Les échéances qui attendent les pays de la rive sud de la Méditerranée sont importantes pour le bien-être des peuples de la région. A l’horizon 2010, la zone de libre-échange euro-méditerranéenne sera une réalité. Les économies du Maghreb seront soumises à forte concurrence et le seul moyen de ne pas être étouffé est la mise en commun des moyens et la création d’abord d’un marché commun. Le temps perdu nous a déjà coûté cher. Un peu de réalisme dans la politique marocaine ferait le plus grand bien à la région. A moins que tout ce tintamarre ne soit destiné qu’à détourner l’attention du peuple marocain des difficultés qu’il connaît depuis l’avènement de Mohamed VI à la tête du royaume chérifien.

Par Amine Echikr, latribune-online.com