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L’Algérie accueille ses immigrés

 
A chaque saison estivale, l’Algérie accueille des milliers d’immigrés qui rentrent au bled le temps des vacances d’été. C’est pourquoi le port d’Alger connaît ces derniers jours une atmosphère particulière liée à l’arrivée massive des émigrés algériens.
mercredi 27 juillet 2005.

Chaque été, ce sont des milliers d'immigrés qui rentrent en Algérie le temps d'un congé.La rue de la Concorde, jouxtant la sortie du port, est ainsi devenue le repère des délinquants, mendiants et autres taxieurs véreux. La scène aurait pu être tirée d’un film comique. Dès l’annonce de l’arrivée de deux navires venant de Marseille (le « Millenium » et l’ »Ile de Beauté »), tout ceux qui attendaient à la sortie du port se sont mis aux aguets. A l’arrivée des passagers, c’est la débandade. Une vraie foire ! Sous une chaleur à faire tomber un boeuf, les deux ferrys déversent leurs passagers. Pour la plupart, ces voyageurs d’une saison viennent griller l’été en Algérie. Une fois les contrôles de police et de douane accomplis, tout ce monde se retrouve à la sortie du port.

Une porte grillagée, trop petite pour les contenir, pas assez large pour éviter la cohue. Ils ne savent plus où donner de la tête, ces Algériens d’outre-mer. Les familles, venues en grand nombre, interpellent des noms à tue-tête, les policiers les écartent pour « libérer le passage » et les mendiants les assaillent, appelant à « faire une bonne action ». Un passager qui s’était écarté pour échapper à ce boucan lâche, excédé : « Je ne suis pas sûr que les choses aient évolué en Algérie ».

Accompagné de ses trois enfants, ce quadragénaire est venu du Canada après six années d’absence. « Nous avons fait un voyage épouvantable, le personnel avait un comportement qui frise l’arrogance. Alors que nous avions réservé une cabine de première classe, nous avons dû en changer pour une classe inférieure parce que personne ne voulait réparer la serrure. Et là, au port, c’est encore pire ! », nous confie-t-il, tout en écartant les jeunes qui demandaient l’aumône.

Flairant l’odeur des devises, beaucoup de mendiants ont campé à la sortie du port. « Ma mère a bien voulu leur donner 10 dinars, ils les ont refusés et ont demandé des euros », lance un jeune « Marseillais », un tantinet amusé. Devant cette porte grillagée, l’on n’accorde plus aucune considération au dinar algérien. De nombreux jeunes se sont improvisés en « porteurs de bagages », moyennant 20 à 40 euros (2.400 à 4.800 dinars).

Et même les taxieurs se sont mis à « exiger » d’être payés en monnaie européenne. « Si j’avais su, je n’aurais pas échangé mon argent », s’insurge un passager, agacé par tant de désorganisation. D’autres se plaignent du fait que les responsables du port d’Alger favorisent les navires étrangers. « Alors que notre bateau, le « Millénium Express » (appartenant à la Cnan), avait devancé l’ »Ile de Beauté » (appartenant à une société française), l’on a préféré faire passer le navire français en premier, et l’on nous a jetés de l’autre côté du port. Nous avons un peu galéré », soutient une jeune émigrée venue passer un mois en Algérie.

Les policiers, eux, tentent tant bien que mal de mettre de l’ordre devant la sortie du port. Ils chassent les mendiants insistants, prient les passagères d’enlever leurs bijoux pour ne pas attirer les voleurs. Mais la cohue est telle que certains perdent leur sang-froid. « Mais El-Hadja, pourquoi êtes-vous venue, vous devriez attendre vos proches à la maison ! », s’exclame un policier devant une vieille qui se faisait bousculer. Un autre nous confie : « Nous travaillons parfois 18 heures par jour. Avec tout ce monde, il faut avoir les nerfs solides ».

Les avis des émigrés sur l’organisation à l’intérieur du port sont plutôt mitigés. « Je viens chaque année, le service au port d’Alger s’est nettement amélioré », affirme Mohammed, souriant. Et une « Parisienne » d’ajouter : « Moi, c’est la première et dernière fois que je prends le bateau, il fait trop de retard ». Mais ce sont surtout les familles qui ont ressenti ce retard, certaines ayant attendu hier plus de trois heures pour revoir leurs proches.

Par le Quotidien d’Oran