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Mosquée : prêches incendiaires contre Benflis

 
Dans un communiqué transmis, hier, à la rédaction, la Commission communale indépendante de surveillance de l’élection présidentielle a dénoncé le prêche prononcé, hier, par l’imam de la mosquée El-Taqwa de Bab El-Oued accusant le candidat Ali Benflis “d’homme de la fitna et de la division”. Le communiqué ajoute : “Le candidat du FLN a été insulté et pire, l’imam a appelé à voter Bouteflika.”
samedi 3 avril 2004.

Qualifiant l’instrumentalisation des lieux de culte à des fins politiques “de grave dérapage”, le communiqué interpelle le coordinateur de la wilaya d’Alger pour prendre les mesures qui s’imposent en pareille circonstance. À Bordj El-Kiffan, et précisément à la mosquée Hussein-El-Baghdadi, l’imam, proche du MSP, s’en est violemment attaqué à la Kabylie, en accusant la population d’avoir abandonné la religion musulmane au profit de l’évangile. Ce prêche a irrité des dizaines de fidèles qui se sont élevés en pleine prière pour interpeller l’imam. Cette situation a failli dégénérer n’était le sens de responsabilité qui a prévalu parmi les fidèles qui n’ont pas compris pourquoi des appels à la fitna sont lancés dans des lieux censés être préservés des luttes politiciennes. Par ailleurs, le prêche d’hier, retransmis en direct par la télévision d’État, a été ponctué par un appel solennel en faveur d’un vote massif jeudi prochain.

L’imam, un officiel évidemment désigné par le ministère des Affaires religieuses, a exhorté les Algériens à user de leur droit et devoir de citoyens “et de croyants afin d’exprimer leurs voix conformément aux préceptes de l’islam. Le Prophète lui-même le recommandait à ses compagnons”. “Il faut aller voter parce qu’il s’agit d’un rendez-vous décisif pour la nation”, a insisté l’imam. Sur recommandation du ministère, celui-ci en appelait bien sûr à la foi du musulman, à la conscience du fidèle, à l’occasion d’un scrutin effectivement décisif. La mosquée est-elle pour autant obligée de s’investir dans un domaine qui, de toute évidence, l’éloigne de sa vocation originelle ?

En février dernier, sous prétexte de “défendre la religion contre les attaques de plumes assassines et impies”, le ministère dirigé par M. Bouabdallah Ghoulamallah, militant politique chargé du culte, avait institué les imams de servir au fidèle des pamphlets à la place des prêches traditionnels. Il avait appelé au boycott du journal Liberté tout en livrant notre caricaturiste à la vindicte populaire. L’appel d’hier, justifié par l’imam à l’aide de versets coraniques et de hadiths (dits du Prophète), peut être compris comme une immixtion de la mosquée dans l’élection du 8 avril, donc dans le champ politique. Il traduit, en fait, le souci de l’État à mobiliser les électeurs, à travers les lieux de culte, à un moment privilégié (prière du vendredi) et par le biais d’un média de large et grande influence (la télé, ou, si l’on préfère, l’ENTV, unique chaîne du pays, qui change de main exactement de la même manière que le pouvoir). L’utilisation de la mosquée change aussi de main. Elle est aujourd’hui le fait de l’État et non plus des intégristes. Mais l’imam, dira-t-on, s’est gardé de donner la moindre orientation. Cela serait tellement flagrant !

Le corps électoral s’élève à 18 094 555 électeurs

Le corps électoral national pour l’élection présidentielle du 8 avril 2004 s’élève à 18 094 555 électeurs et le nombre de recours introduits par les citoyens et les représentants des six candidats à 26 743, a indiqué, hier, le ministère de l’Intérieur.

Ces recours, qui représentent 0,001% du corps électoral, interviennent au terme de la révision exceptionnelle des listes électorales et des délais de recours en inscription et en radiation, conformément à la loi électorale.

L. B., Liberté