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Les imams au secours de Bouteflika

 
Bouteflika a décidé de jouer toutes les cartes pour se faire réélire. Les faits observés durant ce week-end démontrent clairement sa volonté de clore sa campagne électorale en faisant vibrer la fibre religieuse des citoyens selon le même procédé utilisé par le parti islamiste dissous un certain juin 1991
dimanche 4 avril 2004.

Les imams d’Etat s’en sont chargés ce vendredi en appelant, du haut de leur tribune, les fidèles à aller voter en masse en faveur du Président-candidat. Cette mission semble manifestement leur avoir été attribuée par le ministère des affaires religieuses puisque le prêche le plus suivi du vendredi, celui retransmis par la télévision, s’est également employé à tenter de manipuler l’opinion publique dans ce sens.

C’est ainsi que le prédicateur d’Etat à tenu à rappeler aux fidèles « l’importance d’un tel scrutin pour l’avenir du pays », un rendez-vous « décisif », selon lui, qui nécessite la mobilisation des Algériens le jour du vote. Le « dérapage », c’en est un en période de campagne électorale, n’est pas isolé puisque tant à El Tarf qu’à Alger, des appels similaires ont été enregistrés dans des mosquées différentes. Les correspondants de presse de différents titres indépendants ont rapporté que dans la première wilaya plusieurs mosquées ont axé leur prêche sur l’élection présidentielle, indiquant clairement aux fidèles le candidat pour lequel ils devaient voter, Bouteflika naturellement, qui a fait « enregistrer au pays d’énormes progrès depuis son arrivée au pouvoir () notamment à travers l’application de la politique de la concorde civile ».

Et il y a encore plus grave. Le fait s’est cette fois-ci déroulé, avant-hier vendredi, dans la capitale, à la mosquée El Takoua plus exactement où l’imam officiel a consacré une partie importante de son prêche pour expliquer aux fidèles l’importance de donner sa voix au président-candidat. Et c’est de la même mosquée qu’est partie ensuite une série d’insultes et d’injures à l’encontre de Benflis accusé de provoquer la « division de la nation et de semer la discorde au sein de la société ». Un discours qui n’a pas manqué de faire réagir l’équipe de Benflis, laquelle a adressé une lettre à la commission de surveillance des élections pour dénoncer l’utilisation de la tribune de la mosquée à des fins politiques. Pour des règlements de comptes également, et toujours en faveur de Bouteflika, qui a visiblement beaucoup de peine à assumer l’échec de son passage à Tizi Ouzou puisque certains imams ont été chargés de « défoncer » la population de Kabylie en ayant recours à un discours des plus choquants. Les habitants de cette région ont ainsi été accusés par l’imam de la mosquée de Bordj El Kiffan d’avoir « abandonné la religion au profit de l’Evangile ».

Un véritable tir groupé au sujet duquel le ministère des affaires religieuses a refusé de s’exprimer hier. Son silence et son attitude surtout à l’égard des évènements qui se succèdent depuis plusieurs semaines dans le pays expriment cependant plus que tout autre son implication directe dans la campagne électorale en faveur de Bouteflika. Car n’est-ce pas des mosquées qu’étaient également partis, au mois de février dernier, les appels au meurtre lancés contre certains titres de la presse indépendante hostile au chef d’Etat ? Les imams avaient été chargés de prendre le relais au moment où le président de la république fustigeait les journalistes.

Un discours qu’il n’a pas manqué de réitérer ce week-end à Batna en s’en prenant violemment aux « laïcs extrémistes » que sont les professionnels de la presse, dont « la plume vénimeuse tue les algériens ». Plus grave encore, les journalistes ont été accusés de ne croire « ni en Dieu ni en son Prophète, ce qui relève ni de la liberté d’expression ni de la démocratie ».

Son message, on le sait, s’adresse aux « cinq journaux, Liberté, Le Matin, El Watan, El Khabar et Le Soir d’Algérie » que le Chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, a nommément cités lors d’un meeting qu’il a animé ce jeudi à El Khroub.

Abla Chérif, Le Matin