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Marche des aârouch réprimée hier à Béjaïa

 
La marche à laquelle a appelé la Coordination intercommunale des citoyens de la wilaya de Béjaïa (CICB) a été empêchée hier par d’impressionnants renforts de police postés dès les premières heures de la journée aux entrées sud et est de la ville, soit à Oued Ghir et Irreyahen.
mardi 6 avril 2004.

C’est par cette action appuyée d’une grève générale que les aârouch voulaient marquer le dernier jour de la campagne officielle pour l’élection présidentielle.
La manifestation, qui devait débuter à partir des Quatre-Chemins, a été décidée lors du dernier conclave interwilayas tenu à Akfadou à la veille de la venue de Bouteflika à Béjaïa. Aucun attroupement n’est toléré sur le lieu de départ de la marche ; les quelques délégués présents aux abords sont vite interpellés et embarqués par la police. Nous nous dirigeons alors vers Irreyahen. Nous dépassons le premier barrage fixe de police installé à Scala, sur la route de Tichy.
Un peu plus loin, au niveau du rond-point vers Amizour, sur la RN75, c’est le face-à-face entre des dizaines de jeunes et des CNS qui s’affrontent à coups de pierres et de tirs de grenades lacrymogènes. Impossible d’aller plus loin. La route étant entièrement recouverte de détritus, de troncs d’arbre et de panneaux de signalisation routière arrachés par les jeunes en furie.

C’est le même décor que nous retrouverons un peu plus tard à Oued Ghir où la bataille fait rage à hauteur de la bifurcation vers Toudja. A notre arrivée, l’on nous signale que trois personnes sont blessées par des bombes lacrymogènes. De l’autre côté, sur un pont, un feu géant de pneus coupe littéralement le passage vers El Kseur. L’air devient irrespirable. Là aussi, ce sont des dizaines de marcheurs qui expriment leur colère en barricadant la voie. Les policiers ont commencé ici dès 9 h à interdire l’accès aux véhicules de transport de voyageurs, les obligeant à rebrousser chemin.

Des manifestants nous assiègent de toutes parts. « Je suis enseignant, nous dit l’un d’eux, notre action est pacifique mais on nous réprime parce que nous ne voulons pas de ce vote. Où sont ceux qui disent que nous sommes libres de voter ou non ? » Les délégués rencontrés sur place sont de plus en plus gagnés par l’inquiétude à cause des nouvelles d’arrestations de leurs camarades. Ils se concertent. Les jeunes qui les entourent leur expriment leur détermination à continuer à occuper la rue jusqu’au lendemain de cette élection.

« Préparez-vous pour vendredi à fêter le rejet », rétorque Ali Gherbi. Retour sur Béjaïa que nous n’avons pu rallier qu’au prix de longues déviations par des détours escarpés que le chauffeur de notre journal a dû effectuer. Des jeunes tentent d’investir la rue au rond-point de Nacéria mais les policiers ne tarderont pas à intervenir pour les en empêcher. A l’heure où nous mettons sous presse, les axes routiers menant vers Béjaïa sont restés coupés à la circulation automobile. Enfin, la CICB a diffusé hier en début de soirée une déclaration dans laquelle elle « salue la forte mobilisation de la population pour le suivi de la grève et d’avoir répondu en masse à la marche ». La répression de cette action est pour la CICB « une énième provocation qui s’est soldée par une centaine de blessés et l’arrestation des délégués et de citoyens ».

La structure des aârouch de la wilaya de Béjaïa renouvelle par ailleurs sa détermination à « poursuivre son combat jusqu’à l’aboutissement du rejet de l’élection présidentielle et de la satisfaction de la plate-forme d’El Kseur ».

Dalil Yamouni, Le Matin