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Les européens jaugent l’élection présidentielle

 
Après avoir longtemps présenté comme “inéluctable” une réélection d’Abdelaziz Bouteflika pour un second mandat, les Européens, plus particulièrement les Français, pensent, désormais, que le jeu électoral algérien sera “plus ouvert que prévu”.
mardi 6 avril 2004.

Depuis une semaine, “les dirigeants de l’Union européenne ont de bonnes raisons de croire que l’élection présidentielle algérienne du 8 avril pourrait réserver de bonnes surprises”, affirme un diplomate en poste à Bruxelles, qui a requis l’anonymat.

Ce changement d’opinion sur le scrutin algérien est intervenu, selon nos informations, il y une semaine. Que s’est-il passé ? Les garanties données récemment par le général Mohamed Lamari quant à la neutralité de l’armée ne suffisent pas, à elles seules, pour expliquer ce soudain regain d’optimisme des Européens pour la situation algérienne.

Les déclarations du chef d’état-major de l’armée avaient d’ailleurs été accueillies avec scepticisme par les dirigeants des Quinze. Les raisons sont, en réalité, à chercher du côté de la campagne électorale. Depuis deux semaines, les rapports en provenance des ambassades européennes à Alger évoquent une “dynamique nouvelle” créée par les candidats de l’opposition, plus particulièrement Ali Benflis, présenté comme le principal rival du président sortant.

Ces rapports dont Liberté a eu connaissance, excluent toute victoire du président sortant dès le premier tour et évoquent la volonté de l’armée d’assurer un scrutin propre et sans fraude. Ils soulignent, depuis quelques jours, les nombreux “ralliements de taille” à la candidature de l’ancien premier ministre Ali Benflis. La plus déterminante est sans doute celle d’Anissa Boumediene, la veuve de l’ancien président algérien. Car elle ôte à Bouteflika un argument électoral d’importance : l’homme ne peut plus, en effet, se revendiquer de l’héritage de Boumediene. Autre élément qui plaide en faveur d’une élection libre : depuis le 11 septembre 2001, le contexte international a évolué défavorablement pour les régimes arabes. Les Américains viennent de lancer leur “initiative pour un grand Moyen-Orient” destinée à pousser les dirigeants à opérer des changements démocratiques. Et l’Union européenne prépare sa propre initiative avec le même objectif.

A terme, tous les dirigeants arabes seront soumis à de fortes pressions internationales pour les obliger à se démocratiser. Or, aujourd’hui, avec la prochaine présidentielle, l’Algérie a une chance de se positionner définitivement comme le meilleur élève du monde arabe en matière de démocratie. Ce débat, affirment nos sources, a traversé l’armée algérienne pendant plusieurs semaines. Et cette dernière serait arrivée à la conclusion que des élections libres et transparentes sont, désormais, inévitables.

Surtout qu’au sein des instances dirigeantes de l’institution militaire, aucune tendance franche ne s’est dégagée en faveur d’un candidat. “Pour l’armée algérienne, divisée sur le choix entre Bouteflika et Benflis, organiser une fraude en faveur d’un candidat s’est avérée beaucoup plus risquée que de laisser les électeurs choisir librement. Car les deux candidats présentés comme les favoris de ce scrutin ne constituent nullement un danger pour les militaires qui les connaissent pour avoir déjà travaillé avec eux”, conclut un spécialiste des questions algériennes.

L.G., Liberté