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« Une seule peur : la fraude du Président »

 
Il régnait, hier, au sein des six directions de campagne des candidats à l’élection présidentielle une ambiance de « sage effervescence ».
mardi 6 avril 2004.

La campagne électorale étant finie, les staffs tirent les premiers enseignements et mettent en place les derniers préparatifs en ce qui concerne l’encadrement du scrutin à travers les 46 000 bureaux de vote prévus. L’appréciation générale sur le déroulement de la campagne est « globalement positive » pour les six directeurs de campagne ou les directeurs de communication.

Chacun y voit la concrétisation d’un parcours de mobilisation et de sensibilisation. Ils estiment avoir atteint les « objectifs » assignés, que ce soit dans le déroulement technique de la campagne avec la tenue des meetings prévus ou par la vulgarisation auprès des citoyens des messages véhiculés par les six candidats. Le retour d’écoute est, selon ces responsables, pleinement satisfaisant. Avec pour point d’orgue une mobilisation importante pour chacun. Toutefois, la campagne n’a pas été exempte de dépassements et de dérives que les six staffs condamnent chacun à sa manière.

Le directeur de campagne de la candidate Louisa Hanoune avance que la campagne menée par les militants du PT a été « politiquement et financièrement propre ». Elle n’a pas eu trait, d’après Djelloul Djoudi, ni à une guerre de personne ni à une utilisation financière outrancière. « Si dépassements il y eut comme à Djelfa, ils n’ont pas pour autant influé sur le déroulement de notre programme », indiquera le directeur de campagne.

Un constat partagé par Abdelghafour Saâdi. « Notre programme a été tenu sans problème, incident ou report. Nous avons pu constater la crédibilité de cheikh Djaballah auprès de la population.

Il y a des dépassements comme l’utilisation des deniers publics, l’instrumentalisation de l’Administration », a noté le directeur de campagne de Abdallah Djaballah.

Le chargé de communication du candidat Ali Benflis estime, pour sa part, que la campagne a été menée dans des conditions « relativement » correctes. « Il y a eu des dépassements heureusement circonscrits. L’essentiel a été que ces dérapages n’ont pas entraîné des dégâts humains », a indiqué Sofiane Djillali.

Le constat est le même que ce soit pour le directeur de campagne du candidat Ali Fawzi Rebaïne, M. Koumas, pour le chargé de la communication du candidat Saïd Sadi, Djamel Khendak ou celui du candidat Abdelaziz Bouteflika, Toufik Khelladi. « Je ne peux que regretter les incidents qui ont émaillé la campagne. Ce n’est pas digne du climat démocratique et serein. Nous avons tenté le plus possible de nous en tenir à notre slogan, une campagne forte et digne. Et nous sommes très contents du travail accompli », a déclaré Toufik Khelladi.

Les six directions de campagne reconnaissent que cette campagne a été marquée par une présence populaire importante et qu’elle est « différente » de celles qui l’ont précédée. Cependant, certains dénoncent déjà une « fraude annoncée » pour le 8 avril et annoncent d’ores et déjà « l’obligation » d’un second tour. Abdelghafour Saâdi admet que « l’on ne peut pas dire qu’il y aura fraude, mais tout porte à croire qu’il y a des intentions en ce sens avec des scénarios préfabriqués pour mettre le peuple devant le fait accompli avant la fin du dépouillement. Ils ne sont pas près d’accepter un second tour ou une défaite ». Cet état de fait est partagé par Djamel Khendak qui met en avant une instruction du ministre de la Justice adressée à toutes les commissions juridiques.

« Les nouvelles ne sont pas bonnes par rapport au jour du scrutin. Si l’élection est transparente, le choix populaire respecté, il ne passera pas. Aucun candidat ne peut se prévaloir de passer au premier tour. S’il passe, ça veut dire qu’il y a fraude », précisera-t-il en référence à Abdelaziz Bouteflika.

Quant à M. Koumas, il souhaiterait que le scrutin se déroule dans de « bonnes » conditions, sans dérapages. « Le spectre de la fraude existe mais le taux de fraude possible se rétrécit de rendez-vous en rendez-vous électoral », estimera-t-il. A deux jours du scrutin, les staffs de campagne restent partagés sur le déroulement des élections et sur leur probité malgré la présence de leurs propres observateurs au niveau des bureaux de vote.

Samar Smati, Le Matin