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Grève nationale des boulangers et pâtissiers du 13 au 15 Mars

Les boulangeries fermeront trois jours
 
Ce n’était pas des menaces en l’air. Les boulangers de tout le territoire national ont décidé, hier et à l’unanimité, de passer à l’action en recourant à une grève de trois jours.
dimanche 7 mars 2004.

Les Algériens ne seront pas en mesure d’acheter leur pain au niveau des boulangeries durant les journées de samedi, dimanche et lundi prochains (13 au 15 mars). Les ménages devront ainsi prévoir un stock de baguettes en le congelant ou recourir tout simplement aux vieilles traditions et pétrir ainsi des galettes à même les foyers. La décision a été prise hier par le comité national des boulangers et pâtissiers, à l’occasion d’une réunion qui a regroupé tous les délégués de wilayas de ce syndicat à Alger. L’autre résolution votée par les boulangers exclut tout service minimum, mis à part pour les hôpitaux. « C’est une manière de leur dire qu’on est humain », balance le SG du comité, M. Madjdoub Benabdesselam.

Et ce n’est pas la présence du représentant du ministre du Commerce, par ailleurs directeur de la Régulation des activités commerciales, M. Yahiaoui, qui changera quoi que ce soit à la détermination de la corporation à tenir les trois journées de débrayage.

Celui-ci a eu beau essayer de rassurer les boulangers et à « exhiber » les mesures prises par le gouvernement en vue de baisser la tension sur la farine.

Mais en vain. Son annonce que des mesures d’ordre fiscal seront également prises à l’occasion de la loi de finances 2004 est aussi restée sans écho.

Tous réclamaient haut et fort une grève et estiment que « les mesures annoncées ne règlent en rien le dysfonctionnement qui règne autour de leur activité ». Ils dénoncent notamment le silence du gouvernement qu’ils qualifient de « mépris à leur égard ». Allant de là, en cas où « l’Etat continue à ignorer le marasme dans lequel les boulangers vivent », la corporation menace de recourir, tout bonnement, à « une grève illimitée ». Seul le délégué de la wilaya de Skikda a estimé qu’« il n’est nullement le moment d’organiser une grève du pain ». Il craint, en fait, que « certains » donnent à ce débrayage un cachet politique. Mais, face à des boulangers « chauffés à blanc », son appel fut rapidement noyé dans des « on s’en f..., on n’en peut plus. La grève et rien que la grève ».

Cela fait deux mois, rappelle le SG du comité, que « la tutelle a été saisie sur le dossier ». De ce fait, poursuit-on, les propos du représentant du ministère du Commerce ont été perçus « comme nuls et non avenus ». Toutefois, l’on semble en vouloir plus au gouvernement notamment la chefferie, qu’au département de Noureddine Boukrouh. D’ailleurs, ce dernier donne l’impression de vouloir s’en laver les mains en annonçant que les préoccupations des boulangers ont fait objet d’un rapport qui a été remis à Ahmed Ouyahia.

Pour le syndicat des boulangers, « le ministère du Commerce est complètement dépassé par le problème et l’exécutif répond par le silence », ajoute-on. L’on continue à le penser même quand M. Yahiaoui a annoncé que le Conseil du gouvernement dans sa réunion de jeudi passé s’est penché sur la question. Interrogé à ce propos, le directeur de la Régulation a indiqué que « le Conseil a confirmé les instructions données à l’OAIC d’approvisionner les minotiers à 50% de leurs besoins. Par ailleurs, il a donné instructions au ministère de veiller pour que les prix de vente du blé et de la farine soient en conformité avec ceux arrêtés par la loi ». Quant à une véritable prise en charge de toute cette question et à un éventuel réaménagement des structures des prix, ça devrait attendre.

Les délégués de wilayas n’ont, pour leur part, cessé de rappeler les dysfonctionnements, pourtant connus par tous, qui « règnent » dans leur activité. Ils dénoncent encore une fois la vente illégale du pain par des commerçants non habilités, la mauvaise qualité de la farine, le non-respect des minotiers du prix de la farine, ... Sur ce dernier point, le délégué de Béchar annonce tout simplement « qu’il n’y a aucun stock de blé au niveau de la région ». Une réalité qui contredit les propos du ministère qui n’a cessé de rassurer que l’OAIC a suffisamment de stock en blé tendre pour éviter au pays une pénurie.

La réunion du comité qui a duré deux heures de temps s’est ainsi soldée par la décision d’une grève de trois jours, au grand bonheur des boulangers. « C’est notre dernière cartouche. L’Etat doit nous écouter », lance l’un d’entre eux, sous les applaudissements de toute la salle.

Ghania Amriout, Le Quotiden d’Oran