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Citoyens aux urnes !

 
“Si Zerhouni annonce d’autres résultats que ceux des urnes, tous les moyens seront bon pour rejeter la fraude, y compris le recours aux moyens illégaux.” C’est en ces termes, qu’avertissait Saïd Sadi, mardi dernier, des risques de dérapages que peut entraîner le hold-up électoral que prépare le président-candidat pour s’assurer, à la hussarde, un second mandat.
jeudi 8 avril 2004.

“En cas de fraude, nous serons dans une situation de putsch électoral au cours duquel il y aura une réaction citoyenne à la mesure de la confiscation des voix des algériens”, expliquera encore, hier, Djamel Ferdjellah, directeur de campagne du candidat Saïd Sadi tout en précisant : “si d’aventure le président-candidat fraude, nous ne resterons pas les bras croisés, nous prendrons nos responsabilités devant ces agissements du président-candidat porteurs de véritables dérapages sur le pays qui peut le précipiter dans le chaos”.

Plus précis, Djamel Ferdjellah expliquera que “la fraude est porteuse du scénario du pire”. Ces mêmes mises en garde, en cas de confiscation de la volonté populaire au profit du président sortant sont aussi avancées par Ali Benflis, le candidat du FLN, et Abdallah Djaballah, le candidat du MRN. Dans une déclaration faite avant-hier, à Liberté, Ali Benflis qui tout en relevant que “le président-candidat veut passer par la fraude ou appliquer la politique de la terre brûlée pour l’Algérie”, a martelé que “l’Algérie ne peut pas être l’otage du président-candidat”. Face à un hold-up électoral “le peuple algérien doit prendre son destin en main et réagir”, explique-t-il encore. Sur ce même registre, le chef de fil du FLN, qui a sillonné 47 wilayas durant la campagne électorale, n’a eu de cesse d’appeler les algériens à “voter massivement le 8 avril pour le changement et à défendre leurs voix en cas de fraude électorale”. “Mais de quel droit quelqu’un viendrait-il voler vos voix ?” interrogeait-il à chacune de ses haltes. “Il ne faut pas laisser les fraudeurs voler vos voix, et chaque fois que quelqu’un voudrait confisquer vos bulletins de vote arrêtez-le”, disait-t-il encore. Son directeur de campagne, Abdelkader Sallat, a ajouté, hier : “Nous avons alerté, depuis des mois, l’opinion publique et l’ensemble des institutions de la république sur la fraude qui se dessine et qui a commencé à s’exécuter à travers les bureaux itinérants”.

Pour Sallat, c’est “aux citoyens dont les voix seront volées de réagir”. Djaballah, quant à lui, n’a pas non plus mâché ses mots pour dire, avant-hier, dans une conférence de presse qu’il a animée qu’il “ne reconnaîtra pas les résultats de l’élection” en cas de fraude électorale. Le président du MRN a eu cette phrase assassine : “je vous dis une chose : la bataille de l’élection exige la mobilisation de toute la nation algérienne, puisqu’il s’agit de son devenir.” Même si les trois candidats à l’élection présidentielle qui s’ouvre, aujourd’hui, ainsi que leur représentant n’expliquent pas clairement leur attitude devant la fraude, il n’en demeure pas moins que nous pouvons assister à un scénario à la façon de celle de la Géorgie où la population tout entière est descendue dans les rues pour crier à la fraude et faire barrage au putsch électoral.

Alors que l’élection s’ouvre aujourd’hui, des acteurs de la scène politique avertissent
Les irrégularités ont déjà commencé

Plusieurs voix se sont élevées hier encore pour dénoncer la fraude électorale qui a déjà commencé. Les représentants des candidats Saïd Sadi et Ali Benflis réunis hier au quartier général (QG) de ce dernier ont averti l’opinion publique quant à une fraude annoncée. “La situation est porteuse de dangers en raison des dépassements et des intimidations que l’on observe quotidiennement en plus de l’utilisation des moyens et de l’argent de l’État au profit du président-candidat”, relèvent les deux représentants avant de préciser que “l’administration utilise la peur pour induire en erreur l’opinion publique que la situation est favorable au président-candidat et prépare une opération de fraude massive et généralisée”. Tout en dénonçant cette fraude par anticipation les rédacteurs du communiqué d’hier avertissent des dérives que peut engendrer une telle situation.

À Tripoli, Chakib Djohri, le représentant du candidat Ali Benflis en Libye a fait état d’une multitude d’irrégularités. “Deux badges ont été délivrés, le samedi 3 avril, à deux représentants du candidat Bouteflika alors que la date limite pour la délivrance des badges était fixée au jeudi 1er avril à minuit tout en sachant que le président-candidat avait déjà un représentant désigné d’une manière réglementaire”, relève le représentant du candidat Benflis dans un communiqué rendu public hier. Et d’ajouter que “le représentant de la commission administrative pour la surveillance des élections, en l’occurrence, le consul général, se réunit en tête-à-tête tous les jours et à plusieurs reprises avec les représentants du président Bouteflika”. Aussi et tout en notant que “durant les deux premiers jours de l’ouverture du bureau de vote, il y a eu harcèlement des citoyens pour les inciter à voter pour le candidat Bouteflika”, le représentant du candidat du FLN ajoute que “certains membres des bureaux de vote ne sont pas neutre en permettant à des électeurs de voter plusieurs fois sans présentation de procuration. Une dame membre du bureau a elle-même voté 5 fois”. À Tissemsilt, les représentants des candidats Saïd Sadi, Ali Benflis et Abdellah Djaballah ont noté dans un communiqué commun rendu public hier que “des indices constatés sur place annoncent la fraude avec l’utilisation de tous les moyens moraux et matériels en faveur du président-candidat que nous dénonçons vigoureusement”.

Abdelkader Sallat, le directeur du candidat Ali Benflis de son côté affirme que la fraude a commencé hier au niveau des bureaux itinérants : “Dans une commune de la wilaya d’El-Bayadh, une personne s’est enfuie avec l’urne. Des bulletins de vote de Saïd Sadi, de Benflis et de Djaballah ont été trouvés par la suite”. De son côté, la Ligue algérienne de la défense des droits de l’homme (LADDH), présidée par Ali Yahia Abdenour, a émis des réserves hier sur les conditions dans lesquelles se déroule “le processus électoral dans sa globalité qui est loin d’apporter la légitimité au futur ‘élu’ éventuel”. C’est ce qu’il a déclaré à l’adresse de Donatella Giubilaro, l’envoyée spéciale de Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU. Tout en estimant que “les conditions pour les élections libres et transparentes ne sont pas réunies”, la LADDH a déploré à l’adresse de la représentante de l’ONU, “le climat de violence qui a caractérisé le développement de cette campagne électorale et s’inquiète de possibles dérives qui peuvent menacer la paix civile”.

Nadia Mellal

Corps constitués
Pas de consignes de vote
Conformément à la loi électorale, militaires, douaniers, policiers, éléments de la Protection civile voteront hors casernes.

Des amendements intervenus dans la loi électorale l’avenant concernant le vote des corps constitués sera sans nul doute celui qui a capté le plus l’attention aussi bien des politiques que des médias. À ce propos, la loi électorale stipule clairement dans son article 12 que “les membres de l’Armée nationale populaire et des corps de sécurité, qui ne remplissent pas les conditions fixées par l’article 6 de la présente loi, peuvent demander leur inscription sur la liste électorale dans l’une des communes prévues à l’article 11 de la présente loi”. Ceci nous renvoie à l’article 6 qui, à son tour, précise que “nul ne peut voter s’il n’est pas inscrit sur la liste électorale de la commune où se trouve son domicile, au sens de l’article 36 du code civil”. Autrement dit, tous ceux qui seront dans le cadre de leurs missions respectives réquisitionnées le 8 avril, auraient déjà fourni une procuration à l’un de leurs proches pour voter à leur place.

Police et douane nous ont confirmé, hier, qu’il n’existait aucune disposition concernant l’acte de vote, puisque, pour la première fois, la loi consacre l’entière liberté à leurs éléments de voter hors casernes et d’élire le candidat de leur choix comme l’exige la loi. Il en est de même pour la Protection civile qui a assuré qu’aucune consigne de vote n’est donnée et que ses éléments auront toute la latitude de voter selon leurs propres convictions politiques.
Certaines sources estiment les effectifs des corps constitués à plus de un million, sans que ce chiffre soit confirmé de façon officielle. Peu ou prou, ce gisement électoral, pourtant secret, a longtemps servi à faire pencher les résultats, comme il a permis de relativiser le taux d’abstention, sans que personne puisse en déterminer le niveau réel d’influence.

Aujourd’hui, il ne serait donc plus permis de recourir à ce genre de subterfuges, du moins en apparence. D’autant plus que l’institution militaire a tenu à clamer haut et fort son retrait du politique et son entière neutralité dans cette élection présidentielle. “L’administration, la justice ainsi que les autres institutions n’ont absolument pas vocation, ni individuellement ni collectivement à se mettre d’une quelconque manière en situation de partie prenante face au choix des électeurs au moment de l’élection, ni d’ailleurs avant ou pendant la campagne”, a déclaré le général Lamari, chef d’état-major de l’ANP, dans son entretien accordé à la revue El Djeïch.

Dans ce même document, Lamari va jusqu’à rassurer les agents de l’administration qu’“il soit dit qu’un agent de l’administration ne doit pas faillir à son devoir et que, ce faisant, il n’a rien à craindre”. Cette éventuelle neutralité demeure, cependant, hypothéquée pour la raison que Lamari lui-même évoque ainsi : “La neutralité de l’armée n’aurait, en effet, aucun sens si elle ne se généralisait pas à toutes les autres institutions de la République afin de ne pas entacher la crédibilité du scrutin.”

Que penser alors de la circulaire émanant du ministère de la Justice en date du 4 avril qui charge de façon aberrante la direction des droits de l’Homme du ministère de la Justice à jouer un rôle des plus douteux dans cette élection. Il s’agit de communiquer les résultats du scrutin directement des commissions de wilayas avant même que les PV ne soient transmis au ministère l’Intérieur.

Nabila Saïdoun, Liberté