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Bouteflika a fraudé

 
Bouteflika a fraudé et cela ne date pas d’hier. Le 8 avril ne fut que le bouquet empoisonné d’un Président-candidat qui, depuis 1999, a développé, construit, édifié, une stratégie de fraude de fond. Hier, la fraude a gangrené le scrutin présidentiel.
vendredi 9 avril 2004.

De toutes les régions du pays, pressions sur les bureaux de vote, bourrages d’urnes et agressions physiques contre des directeurs de campagne de ses concurrents ont assombri le vote transformé en nid de vipères par le clan présidentiel armé de la volonté de Bouteflika de passer au premier tour par la mise à plat de la République. Et il n’a cessé de le déclarer, de le ressasser, de mettre au défi même l’institution militaire qu’il a traitée de tous les noms et de tous les crimes, y compris ceux que les GIA ont revendiqués. La fraude de Bouteflika n’a pas commencé avec la fin de la campagne, elle se situe en amont et lui est antérieure et elle ne revêt nullement une fraude épisodique, de forme comme le craignaient même ses concurrents qui en ont eu pourtant à en pâtir. Elle constituait pourtant la matrice idéologique d’un premier mandat de quatre années de terreur et de fascisme au cours desquelles il a privatisé la République et consacré l’islamisme armé comme référence éthique et patriotique. Cette interversion des valeurs a constitué la base doctrinale de Bouteflika qui consiste à semer le règne de la division par le régionalisme, le sentiment de la haine entre les Algériens, entre leurs cultures et leurs aspirations.

Avant même le lancement de la campagne, Bouteflika n’a pas caché son jeu : il a juré de casser le FLN et il est arrivé même à invalider son 8e congrès après tous les complots montés par son bras droit Zerhouni, le ministre de l’Intérieur, qui a été le maître d’uvre de la traque contre la presse indépendante, contre la justice mise en demeure de s’aligner sur le non-droit.

Le ministre de la Justice, produit de son clan de « redresseurs », n’a pas hésité, fort de l’impunité de Bouteflika, à ordonner au bureau de vote qu’aucun P-V ne devait être « consolidé » sans le regard frauduleux de son département et du Conseil constitutionnel qui a éliminé sans aucun motif des candidats. La répression qui s’est abattue hier, aux environs de 22 h à la place du 1er-Mai contre ceux qui voulaient dénoncer haut et fort l’arnaque des urnes, n’est pas une première dans son règne. Un règne qui s’est ouvert par la concorde nationale, la grâce amnistiante qui a mobilisé les maquis terroristes et redoublé les actes terroristes au moment même où l’institution de Lamari essuyait des coups meurtriers de celui que Bouteflika ne cessait de congratuler en « Monsieur Hattab » en faisant des éloges outre mesure à un Abassi Madani et un Ali Benhadj.

Jusqu’aux dernières heures de la fin de la campagne électorale, Bouteflika n’a pas tari de menaces contre tous ceux qui osent bloquer son coup de force pour arracher un second mandat par la terreur, la justice de nuit, les scandales à grande échelle. Il a promis de tordre le cou à la presse indépendante qu’il a traitée de terroriste, il a juré de fermer le champ médiatique et d’avoir la peau de tous ces syndicats autonomes qui ne comptent pas être chapeautés par une centrale qui lui a prêté allégeance. Voilà donc le Bouteflika qui a raflé les urnes, hier, par la matraque, en mobilisant ses voyous gonflés par l’impunité d’un faux repenti, qui ont investi la capitale, à la place du 1er-Mai, là même où l’insurrection du Fis s’est installée, a nargué l’ANP en 1991. Le climat politique est le même, avec les mêmes ingrédients de mise à mort, sonner l’hallali contre les fondements patriotiques et républicains de l’Algérie.

Ceux qui ont déferlé hier sur la capitale, tard dans la nuit, pour « fêter » à la manière des maffiosi avec armes blanches, vont redoubler d’ardeur d’assassins demain, à l’annonce « officielle » d’un scrutin téléguidé.

La fraude de Bouteflika ne date pas d’hier. Elle est en lui de 1999 à 2004.

Rachid Mokhtari, Le Matin