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Appel d’une ONG norvégienne à une intervention de l’ONU

Les revers de la diplomatie algérienne
 
La récente déclaration du président égyptien laisse croire que le monde arabe est loin d’intégrer dans ses perspectives de gouvernance des modes qui ont permis à l’Algérie d’emprunter les voies de la démocratie. Quant à la déclaration du Conseil norvégien des réfugiés sur la crise algérienne, elle défie toute règle de gestion de ce genre de dossier pour s’être juste trompée de sujet.
dimanche 7 mars 2004.

Les propos rendus publics hier par le Conseil norvégien des réfugiés pourraient être cet indice susceptible de ressusciter un débat qui a conforté pendant longtemps l’insistance de l’Occident sur la constitution de commissions d’enquête pour « le cas Algérie ». Sous l’oeil protecteur des Nations unies, le président du conseil, l’ex-ministre norvégien des Affaires étrangères, vient en effet de se découvrir une vocation d’aide à... plus d’un million de réfugiés algériens. Parle-t-il du même pays, du même peuple et de la même époque que ceux d’aujourd’hui ?

A la première consultation des textes définissant le terme « réfugié » et consacrant les notions de règlement de problèmes de cette catégorie de citoyens et de populations, le comité semble s’être carrément trompé de sujet.

En réalité, tout le monde sait que le terrorisme a fait fuir de nombreuses populations de leurs douars vers les milieux urbains jugés plus sécurisés. Au fur et à mesure que le terrorisme amorçait son déclin, les populations en question réintégraient leurs contrées avec l’appui et l’aide des pouvoirs publics. D’ailleurs, la création d’un ministère délégué chargé du Développement rural a été décidée pour donner un réel ancrage à une politique de stabilisation du monde rural autour « d’activités économiques durables et de proximité ». Le Conseil norvégien doit certainement ignorer la réalité du terrain algérien, puisqu’il reproche aux Nations unies d’avoir échoué dans la résolution de « la crise algérienne ». A moins que ses informateurs, à l’image de ceux qui insistent pour faire valoir la mauvaise image de l’Algérie, ont réussi à lui faire admettre l’idée de l’internationalisation d’une crise qui n’en est presque plus une.

A la veille de la tenue d’une élection présidentielle aussi importante, ce pas pourrait être franchi par de nombreux détracteurs de Bouteflika, qui cherchent à faire capoter une campagne et, par là, toute une élection présidentielle.

Toujours à propos de la crise algérienne, le président égyptien Hosni Moubarak a dit presque la même chose pour d’autres effets, dans l’interview qu’il a accordée le week-end dernier à un journal italien. « L’instabilité chronique » accordée avec « la tragédie algérienne qui dure depuis 12 ans » ont été les propos qu’il a choisis pour expliquer son refus de la proposition américaine d’un « grand Moyen-Orient ».

Dès qu’il est question de démocratie, les chefs d’Etat arabes frissonnent à l’idée même d’avoir à subir les affres que l’Algérie a vécues durant plus d’une décennie. L’exemple est ainsi à portée de main pour ceux qui réfutent le changement. En fait, parce qu’émanant de l’étranger, rejeter le projet de George W. Bush n’est pas une idée mauvaise en soi, même si les accords de Camp David peuvent constituer à eux seuls un exemple de l’assujettissement de l’Egypte au « génie » américain. Mais là n’est pas l’objet de l’intervention de Moubarak en terre romaine. Son souci majeur est d’éloigner de son pays toute idée qui imposerait de facto un nouveau mode de gouvernance, où les libertés individuelles et collectives, la liberté d’expression et autres garants de la pratique démocratique doivent impérativement être consolidés et préservés.

Dans les coulisses des institutions algériennes, l’on croit dur comme fer que « l’Algérie dérange tout le monde et ne laisse personne indifférent ». La déclaration du raïs égyptien, elle non plus, ne laisse pas indifférent. Premier commentaire : « le raïs se trompe d’époque, c’est de l’Algérie de 92-93 qu’il parle », rétorque-t-on du côté des institutions officielles. « Que le monde arabe le veuille ou non, l’Algérie est devenue aujourd’hui une référence et un modèle de l’apprentissage de la démocratie », reconnaît-on. L’on est persuadé que l’Algérie est ainsi une alternative politique à méditer. Il est vrai que tel que présenté par Moubarak, l’exemple algérien fait peur. « Le prix a été très lourd. Peut-être qu’on est allé trop vite, mais la démocratie est irréversible en Algérie, même si sa pratique doit être chaque jour corrigée, réajustée et consolidée », est-il souligné. « La démocratie à l’algérienne, comme se plaisent à la qualifier des politiques, « est basée sur des normes universelles, mais tient en même temps compte des valeurs nationales, religieuses, culturelles et autres sociales ».

Il est affirmé au passage que « l’Algérie ne se sent pas concernée par la proposition américaine. Par contre, elle soutiendrait volontiers l’idée d’un Nepad pour le monde arabe ».

L’Algérie a réagi hier par la voie de son ministre de la Communication, qui s’est dite « peinée » par les déclarations de Hosni Moubarak. Il est cependant curieux qu’en moins de six mois, l’Algérie se voit égratignée par des pays « frères ». L’année dernière, des Marocains ont fait part d’une grande lubie en réclamant 38% du territoire algérien. De tels propos ont été exprimés publiquement, bien avant que les autorités officielles ne daignent se prononcer sur leur teneur. L’invitation, le mois dernier, de Abassi Madani à une réception officielle du royaume wahhabite est aussi une autre provocation mais d’un genre différent. Les officiels saoudiens ont estimé que cette invitation est juste un signe d’hospitalité...

Au-delà des velléités des uns et des autres à vouloir contrecarrer les petits pas d’une démocratie balbutiante et peut-être même à reporter une élection pour que les faiseurs de rois aient le temps pour en confectionner un sur mesure, il reste que la diplomatie algérienne a échoué à remplacer l’image hideuse d’un pays qui se voyait décapité quotidiennement par le terrorisme, par celle, nouvelle, d’une Nation qui se construit.

Erreur tactique ou stratégique des décideurs, la diplomatie algérienne se voit aujourd’hui doublée par les déplacements d’un chef d’Etat qui a raté l’occasion de la réhabiliter efficacement. Le couac enregistré par l’Algérie l’année dernière en est une preuve. La Libye de Maâmmar Kadhafi a fait capoter la tenue à Alger d’une réunion maghrébine dès son ouverture. Le « guide » donnera le coup de grâce lorsqu’il annoncera qu’il refusera d’assister au sommet des chefs d’Etat maghrébins que l’Algérie devait abriter. La décision libyenne est tombée à un moment où l’Algérie s’y attendait le moins. Prise dans les méandres d’une capitale aux milles facettes, la représentation diplomatique à Tripoli ne semblait pas avoir été gênée par pareil affront.

Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran