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La fraude en attendant le verrouillage

 
Place et lieu d’une élection présidentielle, le trio Bouteflika-Zerhouni-Ouyahia a fait subir au pays un terrorisme électoral sans précédent. La fraude n’était pas seulement massive en effet, mais a emprunté des formes d’une extrême gravité.
samedi 10 avril 2004.

Abdelaziz Bouteflika ne s’était pas encombré de scrupules pour violer l’urne. C’était prévisible. Ce qui l’était moins c’est le délire de ce président décidément “fossilisé” qui n’éprouve aucune honte à s’octroyer, en 2004, un score “bréjnévien” de... 83.49% devant cinq autres candidats. Ce jeudi 8 avril, Bouteflika replonge encore une fois le pays dans l’inconnu.

Un taux obscène de 83,49%, cela suppose que près de neuf Algériens sur dix ont voté pour Bouteflika. Une preuve de fraude en soi qui se suffit déjà à elle-même. L’homme qui se prend effectivement pour un demi dieu et toute la smala d’opportunistes coalisés autour de lui entament leur séance de viol collectif dès la matinée. Nombreux ainsi les observateurs des autres candidats qui ont été empêchés, de force, dans les bureaux de vote. Des milliers de bureaux de vote ne seront pas dotés de bulletins de candidats indésirables", Ali Benflis et Saïd Sadi bien sûr. D’autres bureaux, tout aussi nombreux, n’ont tout simplement pas... ouvert ! Il s’agit de bureaux ou de centres de vote où Bouteflika n’avait aucune chance d’obtenir une voix. Particulièrement en Kabylie où les poulains de Ouyahia ont sévi à leur manière et dans l’est du pays, quasiment tout entièrement acquis à Benflis. Des millions d’électeurs auront la désagréable surprise de ne pas trouver leurs noms inscrits au niveau du bureau de vote de leur circonscription ou alors apprendront-ils tout simplement qu’une “main” a déjà voté à leur place.

Citons seulement l’exemple de Tlemcen. Au chef-lieu de wilaya, pas moins de 12 000 électeurs, n’ont pu voter et seront refoulés des bureaux de vote car leurs noms n’y figuraient pas. Ce droit, ce seront les comités de soutien au candidat Abdelaziz Bouteflika qui l’exerceront à leur place. Un exemple à multiplier par autant de wilayas... Autre technique de fraude typiquement RND celle-là, consiste en un bourrage massif de l’urne. Le P/APC d’Alger-Centre, Messaoud Zitouni, d’obédience RND nous donnera un aperçu de la moralité du personnel “politique” qui entoure Ouyahia. Pris en flagrant délit de fraude, la veille du scrutin, parce qu’en sa possession 12 000 bulletins de Bouteflika, il en est dessaisi. Le lendemain, il récidive avec pas moins de 13 000 bulletins qu’il utilise d’ailleurs aisément. Des cartes d’électeur, vierges et prêtes à l’usage étaient en possession des membres des comités de soutien à Abdelaziz Bouteflika.

Se chiffrant en millions, elles étaient utilisées notamment à la fermeture des bureaux de vote. Des urnes ont, par ailleurs, disparu. Et elles sont des centaines. Pour être retrouvées en fin de journée. Pleines de mauvaises surprises, bien sûr. Dans de nombreux bureaux ou centres de vote, c’est la bonne vieille technique de la coupure de courant, aux alentours de 19h30- 20h00 qui surprend tout le monde. Juste le temps qu’il faut pour changer les urnes réelles par celles dont l’ENTV avait retransmis “fièrement” le dépouillement dans la soirée de jeudi à vendredi. Des cas extrêmement “hard” sont à signaler aussi. Des observateurs de candidats braves qui ont refusé de renoncer à leur devoir de surveillance, et qui ont eu le mérite de résister aux menaces et intimidations, subiront, dans leur chair, l’extrémisme du cercle présidentiel. Un exemple parmi tant d’autres. A Biskra, daïra de Tolga, commune de Lioua, le représentant du candidat Ali Benflis qui avait été menacé, injurié et pris à partie par les représentants de Abdelaziz Bouteflika, composé de civils et d’agents de sécurité nationale, avait résisté jusqu’au bout. Jusqu’à ce que l’on en ... empoisonne en lui injectant une substance toxique dans une bouteille de boisson gazeuse.

Le pauvre militant est encore hospitalisé à l’hôpital de Tolga. Les “observateurs” internationaux de Bouteflika auraient pu au moins “voir” un cas de ce genre avant de monnayer leur crédibilité et celle de leur institution-mère par de basses contreparties matérielles. Mais, à la décharge de ces étrangers, il faut convenir que les “nationaux” préposés à la même mission, entendre bien sûr le Conseil constitutionnel et la commission Bouchaïr, s’avéreront n’être rien d’autres que deux autres vulgaires instruments de fraude. A l’exception de Louiza Hanoune, une candidate-diversion qui avait accompli sa mission dont l’avait chargée Bouteflika le lundi 5 avril dernier, tous les autres candidats contestent légitimement les résultats de l’“élection”. Les trois candidats les plus sérieux à l’élection présidentielle du 8 avril 2004, à savoir Saïd Sadi, Ali Benflis et Abdallah Djaballah qui ont coordonné leurs actions depuis le début du processus, ont cosigné un autre communiqué, hier vendredi pour dénoncer “ces résultats”. Mais surtout pour affirmer que “nous les (trois) candidats, nous annonçons officiellement que nous ne reconnaissons pas ces résultats et nous tenons pour responsables, le président-candidat (et les siens) de cette mascarade électorale des conséquences et répercussions de ladite mascarade sur le pays et la nation”.

Une ambiance de “26 décembre 1991” s’installe et pèse sur le pays en effet...

Kamel Amarni, Le Soir d’Algérie