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Le “plébiscite” de Bouteflika vu par la presse française

 
L’issue de l’élection présidentielle a occupé, hier, un espace de priorité dans la presse française qui a eu à couvrir de près l’évènement de jeudi dernier. Les commentaires sont nombreux.
dimanche 11 avril 2004.

Ils convergent tous sur la surprenante réélection de Bouteflika pour un second mandat à la présidence de la République.

Le Figaro a commenté les résultats du scrutin ainsi : “le mythe du "bon président" gêné par de méchants généraux, distillé par des officines occultes, se révèle en fin de compte comme une manipulation visant à redorer la légitimité du chef de l’état, arrivé en 1999 dans le paquetage des militaires. Opération réussie depuis jeudi auprès d’une bonne partie de l’opinion, convaincue que Bouteflika a été élu par le peuple, contre la volonté de la hiérarchie militaire”. “à Alger comme à Paris, personne n’avait imaginé un tel scénario”, écrit pour sa part le premier quotidien de la capitale française et l’Ile de France qui s’interroge : “qu’est ce qui a bien pu se passer pour que, dans ce pays (l’Algérie) miné par le chômage et aspirant au changement, Bouteflika ait rassemblé sur son nom huit Algériens sur dix ?”

Le journal en question pense, en effet, que le Président-candidat possédait trois atouts. Le premier : avec l’aide de l’armée, il a, pour l’essentiel, su stopper les islamistes et mettre fin à la guerre civile qui martyrisait le pays. Le second : alors que les caisses du pays (manne pétrolière aidant) se remplissent, il a pu, jouant du peu de charisme de l’opposant Benflis et tirant paradoxalement bénéfice d’un FLN déconsidéré laisser entrevoir aux électeurs que demain serait, pour eux, forcément meilleur qu’hier. Le troisième : il a eu droit aux faveurs des militaires qui semblent avoir choisi la continuité.

L’express en line qui estimera que le taux de participation, malgré la forte abstention de la Kabylie, abondera presque dans le même sens en insistant sur une hypothèse : “Et si en faisant courir le bruit d’un échec possible du président, on avait simplement voulu organiser une élection crédible avec un duel au sommet, pour faire en sorte que les algériens jouent le jeu ?”

L’élection fait la Une de Libération. En titre : Algérie : le vote général. Le quotidien consacre un reportage au QG du candidat Ali Benflis au moment de l’annonce des premiers résultats de l’élection présidentielle. Florence Aubénas fera parler des cadres du FLN, déçus par la tournure des évènements. “Des assurances avaient été données que nous pouvions y aller”, lui a affirmé, l’ancien ministre Allallou, avant d’ajouter : “ils nous ont roulés”.

Quant au journal Le Monde, il a choisi un angle bien particulier pour parler du scrutin de jeudi dernier. Jean-Pierre Turquoi écrira que “Bouteflika a confié à des proches que son mandat sera celui des ruptures et des changements véritables”.“Des algériens par millions, commentera-t-il, aimeraient bien y croire même si les conditions de sa victoire augurent mal d’une Algérie nouvelle”. Le journaliste reviendra sur le bilan du précédent mandat de Bouteflika qui apparaît, selon lui, “en demi-teinte. La violence des groupes armés a considérablement diminué avec la concorde civile, les caisses de l’état n’ont jamais été aussi pleines, mais ces bons résultats doivent d’avantage aux militaires, aux cours élevés du pétrole qu’à l’action personnelle du président Bouteflika”.

S.R., Liberté