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83,49% : Le score surréaliste d’Abdelaziz Bouteflika

 
Le président de la République a été reconduit, dès le premier tour, pour un mandat de cinq ans. Selon les résultats annoncés, vendredi dernier, Bouteflika a été réélu avec un score écrasant de 83,49%.
dimanche 11 avril 2004.

Ce taux semble bien excessif pour des observateurs nationaux qui, connaissant le système politique algérien et ses rouages, ainsi que ses penchants clientélistes, convergent sur l’idée qu’il y a eu la manipulation des chiffres et le conditionnement de la population.

“Même si je pensais que Bouteflika allait remporter l’élection, je n’ai jamais pensé que ce serait avec un pourcentage aussi élevé. Pour moi, il y a bien eu quelque chose, de la fraude ou de la manipulation, parce qu’en plus du taux très élevé, je sens qu’on a voulu humilier les autres candidats. Il n’est pas concevable aussi que Benflis ait obtenu un score aussi bas, sachant qu’il avait le FLN derrière lui.”

Ce point de vue a été exprimé, hier, par un universitaire algérien qui a requis l’anonymat. Ce dernier a pourtant noté plus loin : “Franchement, je ne peux pas croire que le peuple a vraiment voté à presque 84% en faveur de Bouteflika, sinon cela voudra dire que l’Algérie est loin de devenir un État démocratique. Je m’en tiens au fait que Bouteflika a dit qu’il voulait une grande majorité. Et bien il l’a eue. Il n’a rien à envier, à présent, à Moubarak, Ben Ali et consorts”. L’universitaire n’est pas le seul à s’interroger sur la fiabilité des résultats du scrutin.

Des citoyens que nous avons approchés, dont ceux qui ont participé, jeudi dernier, à l’élection présidentielle n’en reviennent pas de leur surprise, même ceux ayant voté en faveur du chef de l’État. Certains ont fait part de leur “grand étonnement”, de leur “dégoût”, de leur “colère”, de leur “désarroi” ou de leur “déception”. “Je ne crois pas que le taux trop élevé reflète la réalité. Il n’y a qu’à voir la télévision algérienne, surtout ces jours-ci, pour se rendre compte qu’il y a volonté à nous ramener à l’ère de la pensée unique”, a estimé une étudiante en sociologie. Celle-ci a déploré le fait que l’unique “couvre la victoire de Bouteflika comme celle de tout le peuple algérien”. “Je comprends que les partisans du président fêtent à grand bruit l’événement. Mais que l’ENTV se fasse continuellement son porte-parole, avec chansons, danses et liesses populaires appropriées, cela n’augure rien de bon pour l’avenir du multipartisme.

L’Occident se fiche royalement qu’il y ait démocratie ou non en Algérie tant qu’il y a du pétrole. D’ailleurs, j’ai trouvé la réaction de la France et des États-Unis très choquante”, a-t-elle ajouté. Pour cette étudiante, “l’esprit d’humiliation a prévalu dans l’établissement des scores”, parce que “Benflis et les autres candidats devaient obligatoirement payer pour leurs dépassements verbaux et leur audace à vouloir affronter un clan du pouvoir”.

“Même Rebaïne qui, selon le Conseil constitutionnel, avait rassemblé 75 000 signatures, pour entrer dans la course électorale, n’a récolté que 65 000 voix au cours du scrutin. Il devrait porter plainte contre ce même Conseil !”, a encore déclaré l’étudiante.

D’autres citoyens ont qualifié le score réalisé par Bouteflika de “démesuré”, mais sont restés critiques vis-à-vis des candidats à la présidentielle. Ils ont ainsi relevé qu’au-delà de la déception, “il y a une réalité régionale et internationale pleine d’enjeux et une réalité politique nationale décevante”, n’excluant pas la part du vote sanction. “On dirait que l’opposition a été manipulée. On a dû lui faire croire qu’elle avait les garanties d’un jeu régulier. On a remarqué que les candidats se battaient à armes inégales lors de la campagne électorale. Mais, presque tous se sont attaqués à la personne du président de la République, au lieu d’avancer des programmes concrets.

Les Algériens sont encore traumatisés par toutes ces catastrophes et ils n’aiment pas la hogra. Apparemment, Bouteflika est apparu comme une victime de cette hogra aux yeux de ceux qui l’ont élu”, a affirmé un cadre d’une entreprise publique.

Ce dernier a aussi rappelé le fort taux d’abstention, 40,74% selon les résultats officiels, en révélant : “Zerhouni est en train de minimiser l’ampleur du taux, en parlant d’abstention incompressible. Ni lui, ni le président, ni même son Chef du gouvernement ne peuvent faire l’impasse sur le taux d’abstention ni sur l’explication politique qu’il véhicule”, a-t-il dit. “Je voudrais bien savoir pourquoi le score atteint par Bouteflika se rapproche de celui des abstentionnistes”, s’est demandé notre interlocuteur.

H. A., Liberté