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Présidentielles 2004 : Contradictions

 
La stratégie de fraude mise en place par M. Bouteflika pour s’assurer un second mandat n’a pas empêché les autres candidats de légitimer un scrutin entièrement contrôlé par le pouvoir et ses institutions immédiates. La première contradiction : Ali Benflis, qui n’a cessé d’essuyer des coups francs contre son parti ainsi que le RCD qui a été pourtant instruit dès 1999 des fausses assurances de la concorde civile et du règlement de la crise en Kabylie, ont, dans la coalition du groupe des « 10+1 », attendu des garanties de « transparence » pour un scrutin qui n’était que le prolongement frauduleux de 1999.
dimanche 11 avril 2004.

La justice asservie, la presse indépendante menacée, les libertés syndicales mises à rude épreuve sur le terrain de la contestation, la protesta kabyle toujours réprimée, c’est dans ce contexte pourtant que les concurrents de M. Bouteflika ont, en quelque sorte, crédibilisé un scrutin assis sur la répression.

La deuxième contradiction : alors que le scrutin est issu, comme celui de 1999, d’une fraude politique de fond - dans la mesure où ce dernier ne porte aucun projet de société - les candidats en course n’ont pas cessé d’appeler à barrer la route à une fraude de forme et le pouvoir a vite fait d’utiliser pour crédibiliser sa propre réélection d’installer des structures de surveillance des élections en collaboration avec les représentants des candidats qui ont joué le jeu jusqu’à la dernière minute. La commission Bouchaïr, installée par les soins d’un gouvernement acquis au Président, n’a pas été inquiété outre mesure au plus fort des dépassements de tous genres qui ont émaillé chaque jour de la campagne électorale. Le Conseil constitutionnel de Mohammed Bédjaoui, qui, ayant mis hors course deux candidats, Taleb-Ibrahimi et Sid-Ahmed Ghozali sans motif valable sinon pour « signatures incomplètes », a été jusqu’au bout un partenaire électoral référentiel bien que frappées d’obsolescence et de partialité politique. L’utilisation outrancière des médias publics au profit du Président, la virulence du discours électoral de ce dernier n’ont eu d’effet sur les candidats que des dénonciations épisodiques, événementiels alors qu’ils constituaient en amont et dans le processus lui-même des éléments annonciateurs d’une impossibilité de maîtriser le scrutin dans lequel ils devenaient de plus en plus des « candidats victimes » alors que leur adversaire apparaissait comme « le Président fort » de toutes les irrégularités, de tous les dépassements commis avec les moyens de l’Etat au nom même de la tenue de la présidentielle.

La troisième contradiction enfin est foncièrement politique. Alors que les cinq candidats s’en tenaient à un discours périphérique, réactif à celui du Président-candidat, voire d’obédience traditionnelle par des promesses programmatiques, Bouteflika avait déjà maillé la société par un discours idéologique. Il s’est attelé à sa démarche de concorde nationale, de réconciliation devenue l’épine dorsale de son premier mandat et l’essentiel de ses discours de campagne, partageant même cette option avec son rival immédiat Abdallah Djaballah. Ali Benflis, Saïd Sadi, Louiza Hanoune, encore moins Rebaïne ont préféré s’investir dans ce que n’a pas fait le Président : promesse de régler la crise en Kabylie, distribuer des logements, recaser les sinistrés, consacrer l’indépendance de la justice, redonner l’espoir aux Algériens. Le piège s’était vite refermé. Les deux camps qui s’affrontaient au cur même du processus ne pouvaient que profiter aux tenants du chaos. Les candidats éliminés par le verdict d’un scrutin fabriqué de toutes pièces par le Président, en acceptant une course inégale, ont contribué à la stratégie de fraude de Bouteflika et ce qu’ils ont subi comme attaques n’est que le résultat de cette stratégie dans laquelle le pouvoir s’était assuré de sa reconduction, y compris avec ses victimes.

Rachid Mokhtari , Le Matin