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Après la "concorde civile", Abdelaziz Bouteflika veut la réconciliation nationale

 
Le président Abdelaziz Bouteflika, plébiscité jeudi par 84% des Algériens pour un second quinquennat, a désormais les mains libres pour parachever sa politique de concorde civile qui lui a déjà permis d’amnistier des milliers de combattants islamistes, estimaient dimanche les analystes à Alger.
dimanche 11 avril 2004.

Après une décennie de tueries et d’attentats perpétrés par les groupes armés islamistes, en nette perte de vitesse depuis près d’un an, M. Bouteflika souhaite mettre en oeuvre "une réconciliation nationale" entre tous les Algériens, comme il l’a souvent dit pendant sa campagne électorale. Cette politique permettrait notamment aux anciens dirigeants du Front Islamique du Salut (FIS, dissous) de pouvoir créer un nouveau parti à condition de renoncer à la violence et à l’instauration d’une république islamique en Algérie. Le FIS, dissous en 1992, a fait basculer l’Algérie dans la violence à l’origine de la mort de plus de 100.000 personnes, selon des chiffres officiels. M. Bouteflika semble avoir capté jeudi, lors de sa réélection triomphale, une part importante des 3,5 millions d’électeurs du FIS.

"Bouteflika doit sa victoire surtout à ses adversaires qui lui ont laissé la carte de la réconciliation nationale, du retour de la sécurité et de l’arrêt de l’effusion de sang, lui permettant de récupérer les voix des islamistes et de ceux qui ont souffert de la violence", analysait samedi l’éditoraliste du quotidien Al-Chourouk (L’Aube, conservateur).
Si les dirigeants historiques du FIS, dont son numéro un Abassi Madani, n’ont pas donné de consigne de vote, un dirigeant à l’étanger de ce parti, Rabah Kébir, réfugié en Allemagne, et Madani Mezrag, le chef de l’Armée Islamique du Salut (AIS, bras armé du FIS), amnistié en 2000, ont appelé les anciens militants du mouvement à voter pour M. Bouteflika.
"L’entourage du chef de l’Etat a noué des contacts avec des dirigeants du FIS en vue de les amener à accepter sa politique de réconciliation nationale qui ouvrirait la voie à la création d’un +néo-FIS+ respectueux des lois de la République et renonçant à son projet de République isla mique en Algérie", a affirmé à l’AFP l’analyste H’mida Ayachi, auteur de l’ouvrage "Les islamistes algériens : entre le pouvoir et les balles".

Pour ce spécialiste des milieux islamistes, favorable à M. Bouteflika, les dirigeants du FIS "ont compris que le contexte international a changé depuis les attentats anti-américains du 11 septembre et ne devraient pas rechigner à accepter cette solution".
Cette solution, selon lui, serait de nature à "obtenir l’approbation de l’armée", en première ligne contre les groupes islamistes armés.
Elle avait interrompu brutalement un processus électoral qui mettait le FIS aux portes du pouvoir en janvier 1992 en refusant l’organisation du deuxième tour des élections législatives qui allait asssurer une majorité à ce parti à l’assemblée nationale.

Ce coup d’arrêt puis la dissolution du FIS, en mars suivant, allaient entraîner le pays dans une confrontation sanglante dont l’armée est sortie victorieuse. Le terrorisme est actuellement en passe d’être jugulé et pratiquement seul le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), affilié au réseau Al Qaïda, commet encore des attentats.

Ces attentats ont fait quelque quatre-vingts morts depuis le début de l’année parmi les civils et les forces de sécurité, tandis qu’autant d’islamistes armés ont été tués, selon un décompte établi à partir de bilans officiels et de presse.

Algeria Interface, AFP