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Djoudi Mammeri : “Le général Tewfik a contacté Aït Ahmed”

 
Le premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS), Djoudi Mammeri, a jeté un véritable pavé dans la mare. Lors d’une conférence de presse animée, hier, au siège national de son parti, il a révélé que Hocine Aït Ahmed a été contacté par le général Mohamed Médiene, connu sous le pseudonyme de Tewfik, pour participer à l’élection présidentielle.
mercredi 14 avril 2004.

“C’est grâce à la vigilance et à l’expérience d’Aït Ahmed que le FFS a pu éviter le piège qui lui est tendu par le général Tewfik et ses experts en manipulation. Il a été contacté pour participer à l’élection en voulant lui faire accroire que l’élection serait libre, honnête et transparente. Une seule question a permis à Aït Ahmed de déjouer le piège.” Quelle est cette question ? “C’est une formule secrète comme Coca-Cola”, répond simplement Mammeri.

Il a ajouté que lors du précédent scrutin, l’institution militaire “n’a été ni neutre, ni neutralisée. Nous sommes toujours dans un régime militaire” et que “les vrais décideurs ont choisi ‘la stabilité du système’ sur la base d’un deal (...)”.

Ces déclarations du premier secrétaire du FFS suggèrent que les assurances anté-électorales du général-major de corps d’armée Mohamed Lamari sur la neutralité de son institution sont sujettes à caution. À se fier à la thèse du FFS, elle a bel et bien joué un rôle dans la réélection de Bouteflika sur la base d’un deal contracté avec lui. Mais la conviction de Mammeri est que “les stratégies fondées sur les manœuvres et les traquenards sont vouées à l’échec” puisque le système est condamné à l’écroulement. En outre, Djoudi Mammeri n’a pas manqué de lancer des pointes acerbes à l’adresse des journalistes ayant envisagé un deuxième tour, en leur conseillant de se “recycler”. Il a aussi qualifié les concurrents de Bouteflika d’“amateurs politiques”, leur reprochant d’avoir “donné un caché démocratique au scrutin présidentiel”. “Ils ont été manipulés et se sont facilement laissés manipuler”, assène-t-il.

Ceci dit, Djoudi Mammeri a qualifié la présidentielle de “mascarade dont les résultats étaient connus à l’avance” par le FFS. Aussi, il a réclamé pour son parti une reconnaissance pour sa “capacité de prévoir”. Djoudi Mammeri s’est dit “non surpris” par les résultats de cette élection. Pourquoi ? Les signes de la fraude étaient trop visibles, estime-t-il. “La fraude ce n’est pas dans le processus technique mais dans le fait que les citoyens ont été privés de leurs droits, les fonctionnaires d’un statut et d’un syndicat autonome”, a-t-il ajouté.

M. Mammeri a refusé d’analyser les résultats des différents candidats. Mais il ne s’est pas privé de revendiquer “une grande partie” des 8 millions d’abstentionnistes, qui, de son avis, a suivi les consignes de boycott du FFS. Voire !

Aussi, le premier secrétaire du FFS a infirmé les rumeurs sur un quelconque deal entre Aït Ahmed et Bouteflika, deux hommes ayant “des cultures différentes”. Et l’après-élection ? Djoudi Mammeri ne cache pas que Abdelhamid Mehri ait rencontré Hocine Aït Ahmed. “Nous ne sommes pas encore à la phase d’une stratégie commune”, a-t-il précisé. Sans avoir encore atteint le stade d’une coalition, Djoudi Mammeri a soutenu que le FFS, étant un parti ouvert, “a toujours eu des contacts permanents avec des acteurs politiques autonomes, ceux qui croient au changement de l’extérieur du système et non de l’intérieur”. À entendre le premier responsable du FFS, si coalition il y a, ce serait certainement avec les Hamrouche, Mehri, etc. En outre, il a réitéré l’appel de son parti à un dialogue sans exclusif avec “d’un côté le pouvoir et de l’autre la classe politique représentative”. Commentant la visite de Jacques Chirac en Algérie, il a lâché : “Connaissant le caractère ombrageux de Bouteflika, il est venu lui présenter ses excuses. À la veille de l’élection, l’ambassade de France en Algérie a reçu une instruction ferme pour observer la neutralité.”

Mais il est plus que clair que le FFS espère capitaliser sa position sur l’élection présidentielle dans sa stratégie de redéploiement sur le terrain. “Notre objectif est de construire un parti qui s’ancre dans la société et de construire la classe politique dont a besoin l’Algérie. Notre pays ne dispose pas de partis qui sont capables de gouverner seuls. Mais la faute incombe en premier lieu au système qui, par des lois scélérates, limite le champ des libertés et restreint le droit à l’expression”, a-t-il indiqué.

Arab Chih, Liberté