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Les GI’s tirent sur les mosquées en Irak

 
Excédés par la résistance que leur opposent les Irakiens, les soldats américains ne distinguent apparemment plus entre leurs cibles. Ils s’attaquent même aux lieux de culte.
samedi 17 avril 2004.

Des menaces proférées par le colonel Byrne, les Américains n’ont pas tardé à passer aux actes. Jeudi à 18h30 locales (14h30 GMT), la mosquée Hadret Mohammediya, la deuxième plus grande de Falloudjah, est bombardée par les forces US. Les dégâts sont importants à juger par la destruction du minaret, de l’école coranique, d’une partie des murs d’enceinte et l’éclatement de pratiquement toutes les vitres.

En s’en prenant aux lieux de culte, les Américains risquent de se mettre à dos tout le peuple irakien. Outre l’attaque de la mosquée, les soldats US ont, à plusieurs reprises, violé le cessez-le-feu, notamment par les tirs sporadiques des “snipers” qui visent tout ce qui bouge du côté irakien. Le bilan est lourd avec une quinzaine de morts, dont des femmes et des enfants, et des dizaines de blessés. Devant cette situation alarmante, l’Association des ulémas musulmans irakiens a menacé hier, dans une conférence de presse animée à Bagdad, de recourir à un mouvement de désobéissance civile dans un premier temps, avant de passer à une étape supérieure. Les dirigeants de cette instance reprochent aux Américains de chercher à gagner du temps, seulement en négociant la prolongation du cessez-le-feu alors que sur le terrain, ils ne cessent de le violer. Pis, parfois les Marines empêchent les délégations de négociateurs d’entrer à Falloudjah.

À voir l’opération de “nettoyage” menée par les soldats américains et confirmée par le colonel Byrne, tout indique que les forces US ne sont nullement disposées à quitter Falloudjah, comme le laisser supposer les déclarations de leur commandement auparavant. Au sud de Bagdad, la coalition ne sait plus sur quel pied danser face à la menace que représente le jeune imam chiite Moqtada Sadr. Une attaque contre la ville de Nadjaf mettrait à coup sûr le feu aux poudres en Irak. En effet, un embrasement généralisé n’est pas exclu d’autant plus que la “Marjaiya”, la plus haute autorité religieuse chiite en Irak, menace de se départir de la neutralité qu’elle a affichée jusque-là face à l’occupation.

Pendant ce temps, Moqtada Sadr a réaffirmé, hier, qu’“il ne servait à rien de faire des compromis avec la coalition” lors de son premier prêche en public à Koufa. Donnant l’impression d’être déterminé à aller jusqu’au bout de son entreprise quel que soit le prix à payer, Moqtada Sadr a lancé à ses fidèles : “Je souhaite le martyr. Aidez-moi à rester patient et ferme et sachez que cette guerre est dirigée contre votre confiance.” Il n’hésitera pas à qualifier de “traître” le gouvernement que les Américains s’apprêtent à installer en Irak, dans le but de lui transférer la souveraineté.

“Certains nous accusent d’avoir retardé le transfert du pouvoir et la création d’un gouvernement. Ce que nous avons fait c’est retarder que l’Irak soit vendu et qu’un gouvernement de traîtres installé”, a-t-il dit à ce sujet. En parallèle, de nombreux religieux sunnites ont lancé, hier, un appel pressant à la communauté internationale pour qu’elle réagisse devant la multiplication des massacres de civils.

“Nous voulons transmettre aujourd’hui un message d’urgence au Conseil de sécurité de l’ONU, à la Ligue arabe et aux organisations des droits de l’homme : sauvez les enfants de Falloudjah”, a déclaré dans on prêche le cheikh Ahmed Samarraï, imam de la mosquée Oum Al-Qoura de Bagdad. “Le monde doit intervenir pour arrêter l’effusion de sang”, a-t-il affirmé, avant d’ajouter : “Nous craignons de voir l’ensemble des Irakiens se soulever si rien n’est fait.” Cela étant, les observateurs avertis redoutent cette éventualité qui peut se produire à tout moment si les forces de la coalition ne mettent pas un terme rapidement à leur oppression contre le peuple irakien qui a clairement rejeté l’occupation.

Côté américain, rien n’indique qu’ils ont l’intention de quitter l’Irak à court ou à moyen terme, comme le montre les dernières décisions du Pentagone prolongeant la durée du séjour de 20 000 GI’s en Irak de 90 ou 120 jours et autorisant l’envoi des renforts demandés par le général John Abizaïd, évaluée à environ 10 000 hommes.

“Kerbala et Nadjaf, des lignes rouges pour la coalition”

Les villes saintes chiites de Nadjaf et Kerbala “sont des lignes rouges que les forces de la coalition ne doivent pas dépasser”, a affirmé cheikh Abdel Mehdi Karbalaï, représentant du grand ayatollah Ali Sistani à Kerbala, lors du prêche du vendredi. “La Marjaiya (la plus haute autorité religieuse chiite), qui a souligné la nécessité de régler les problèmes de manière pacifique, a pu empêcher jusqu’à présent les forces d’occupation de violer la sainteté de ces deux villes”, a affirmé cheikh Karbalaï. “Mais si une telle violation se produisait, elle aurait des conséquences incalculables”, a-t-il averti, soulignant que la Marjaiya jugeait nécessaire de résoudre la crise entre le chef rebelle chiite Moqtada Sadr, réfugié à Nadjaf (centre), par “les moyens pacifiques”. “Si la Marjaiya estime qu’il n’y a plus d’autres voies que les armes et l’effusion de sang et que toutes les voies pacifiques sont épuisées, elle n’hésitera pas à adopter des moyens plus efficaces pour réaliser ses objectifs”, à savoir la protection des lieux saints, a poursuivi le représentant du grand ayatollah, sans autre précision.

Abdelkamel K., Liberté