ACCUEIL     RENCONTRES     DONATION     FORUM

18 Avril 2001 - 18 Avril 2004 : Printemps noir, trois ans déjà

 
L’assassinat du jeune Guermah Massinissa dans la brigade de gendarmerie de Béni Douala a été le prélude à la naissance du mouvement citoyen et à l’élaboration de la plate-forme d’El-Kseur. La crise de Kabylie a fait 123 morts et des centaines de blessés.
samedi 17 avril 2004.

Mi-avril 2001. La Kabylie s’apprête, comme chaque année, à célébrer son 21e printemps berbère. Les préparatifs allaient bon train. Pourtant, à deux jours de la date historique, la Kabylie sera plongée dans une situation des plus inextricables.

Ce qui devait être une commémoration des plus anodines avec ses marches et ses conférences sur le combat démocratique se transforme en deuil. C’était un 18 avril. Guermah Massinissa dit “Moumouh” est assassiné dans les locaux de la gendarmerie de Béni Douala. L’information se répand telle une traînée de poudre. Le sentiment d’injustice et de colère s’empare de toute la Kabylie. Les plus hautes autorités du pays ignorent la vague de protestation qui se déclenche. Le ministre de l’intérieur se déplace à Tizi Ouzou. Au lieu de calmer les esprits, il déclare que le défunt Massinissa était un “voyou”. Son bulletin scolaire publié dans la presse révélera le contraire. Il n’en fallait pas plus pour attiser les feux qui prenaient dans tous les villages. Les émeutes éclatent. La situation dégénère et devient de plus en plus infernale. La liste des victimes s’allonge. La contestation prend des proportions alarmantes. La mauvaise gestion des évènements par les autorités envenime davantage la situation.

Les évènements s’accélèrent en ces 26 et 27 avril 2001. La manifestation pacifique organisée par les lycéens pour crier leur mécontentement tourne à l’émeute. Des heurts éclatent entre manifestants et policiers. L’on compte plusieurs victimes et d’innombrables dégâts matériels. Le mouvement sera organisé et encadré par une organisation : la Coordination des archs, daïras et communes. Le premier conclave est tenu le 3 mai 2001. Béni douala abrite un deuxième conclave le 10 mai. La Coordination des archs, daïras et communes (CADC) est née et prend la protestation populaire. Le 21 mai, la CADC appelle à une marche. La manifestation draine la foule. Sa réussite incite les organisateurs à transférer leur colère vers la capitale.

Une marche nationale est prévue le 14 juin 2001, dans la perspective de remettre la plate-forme de revendications d’El-Kseur au président de la république. La marche pacifique est réprimée. Bilan : 6 morts dont deux journalistes et plusieurs blessés. Après le funeste déplacement à Alger, plusieurs actions (rassemblements, marches, conclaves...) sont programmés par l’Interwilayas. Le 23 septembre 2001, le président de la république invite officiellement le mouvement à la table du dialogue. Benflis, chef du gouvernement à l’époque, est l’interlocuteur des archs. Le dialogue se solde par un échec. Ceci n’empêche pas le président de la république à annoncer, le 12 mars 2002, une série de mesures dont la constitutionnalisation de tamazight langue nationale. Les troubles ne cessent pas pour autant. La situation se complique avec l’arrestation des délégués des archs. C’est le bras de fer.

Il aura fallu attendre l’arrivée d’Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement pour que le dialogue reprenne. C’est au mois d’octobre 2003 que le chef de l’Exécutif invite les archs à une série de discussions. D’un round à un autre, les deux parties franchissent un pas dans le dialogue vers la résolution de la crise. Les négociations butent, cependant, sur la principale revendication de la plate-forme d’El-Kseur, à savoir l’officialisation de tamazight sans la soumettre à l’approbation populaire par voie référendaire. Rompu au mois de février dernier, le dialogue n’a toujours pas repris.

Malika Ben, Liberté