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Algérie-Etats-Unis : Washington s’intéresse aux frontières sud

 
Le gouvernement américain vient de revoir légèrement à la baisse l’avertissement (travel warning) qu’il adresse chaque année à ses ressortissants se rendant en Algérie.
lundi 19 avril 2004.

Début mars 2004, le département d’Etat a enjoint les citoyens US de ne pas se rendre dans le Sahara, particulièrement le Sud-Est. Région où, en février 2003, des touristes européens avaient été pris en otages par des groupes armés. Otages libérés depuis par l’armée algérienne qui a accusé le GSPC d’être derrière l’opération. Les régions du Sud algérien, du Nord malien et nigérien ainsi que les déserts tchadien et mauritanien intéressent au plus haut point Washington.

Les Etats-Unis ont, à ce propos, lancé l’Initiative Pan-Sahel (PSI) sur la formation et la coopération militaires. « PSI est un outil important de la guerre contre le terrorisme et a beaucoup fait pour renforcer les liens dans une région que nous avions largement ignorée par le passé et, notamment, entre l’Algérie et le Mali, le Niger et le Tchad », a expliqué, fin mars 2004, le colonel Victor Nelson. Cet officier de l’US Army, qui a travaillé au Nigeria, est responsable de PSI pour le bureau du Pentagone chargé des questions de la sécurité internationale. Questions qui, depuis le « renversement » du 11 septembre 2001, sont fortement liées à la sécurité intérieure des Etats-Unis. « Nous disons depuis longtemps que si la pression devient trop dure pour les terroristes en Afghanistan, au Pakistan, en Irak et ailleurs, ils trouveront de nouveaux endroits où travailler, et les régions du Sahel et du Maghreb font partie de ces endroits », a précisé le colonel Victor Nelson, cité par une revue du département d’Etat.

« De nombreuses parties de la région du Sahel restent sans gouvernement. C’est une zone utilisée traditionnellement pour le passage de contrebande sur une vaste échelle, marchandises illicites et armes entre autres. Elle suscite naturellement l’intérêt des terroristes pour qui de tels endroits se révèlent propices à la conduite de leurs activités », a-t-il dit. PSI, suivi de près par le département d’État, fera appel aux forces spéciales américaines basées en Allemagne pour renforcer le professionnalisme des armées et des services de sécurité de la région du Sahel. Doté de 7,5 millions de dollars, le programme comprend, entre autres, la planification, les communications, la navigation terrestre et la conduite de patrouilles.

Selon le colonel Victor Nelson, la collaboration entre les pays du Sahel et l’Algérie s’est accrue après l’organisation, en octobre 2003, par le Centre africain d’études stratégiques (LACSS, qui relève de l’université de défense du Pentagone, est dirigé par le général à la retraite Carlton Fulford) d’un séminaire portant sur la lutte contre le terrorisme. « Nous y avons invité des responsables aussi bien du Sahel que du Maghreb et avons insisté sur le fait qu’ils devaient coopérer afin de lutter contre les bandits, les contrebandiers et les terroristes qui se servent des zones frontalières à leurs dépens », a précisé l’officier américain. Cette semaine, Charles Synder, secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires africaines, a déclaré dans une conférence à l’American Entreprise Institute que les Etats-Unis ne devaient pas ignorer « les intérêts en matière de sécurité » en Afrique. « S’ils devaient le faire, ça serait à leurs risques et périls (...). Certains pays africains ont été utilisés comme sanctuaires par des groupes extrémistes », a-t-il estimé. Selon lui, le Sahel et le nord du Nigeria sont une source d’inquiétude pour Washington.

La raison ?

« Des populations musulmanes déshéritées font preuve de bienveillance à l’égard des groupements fondamentalistes. Or, certaines zones de ces régions ont, dans le meilleur des cas, des liens très lâches avec le gouvernement central et pourraient devenir des terres d’accueil pour les terroristes », a analysé Charles Synder. PSI encourage, selon lui, les pays de la région à mieux surveiller leurs frontières. Washington veut aussi aider les Africains, les Algériens compris, à maîtriser la sécurité des côtes maritimes.

Les stratèges américains, qui travaillent actuellement sur le court terme, sont convaincus que l’Afrique va couvrir 30 % des besoins pétroliers des Etats-Unis. Des politologues, comme Walter Russel Mead du Council On Foreign Relations (Conseil des relations extérieures), qui a visité récemment Alger, estiment que les Etats-Unis peuvent assurer leurs besoins énergétiques en dehors de la zone du Moyen-Orient. Cela risque de compliquer bien des calculs. A l’image du plan du Grand Moyen-Orient, que Washington veut mettre en application après l’établissement d’« un consensus interne » sur la manière de mener la politique extérieure, l’Afrique va bénéficier d’une série de programmes sur, entre autres, la promotion de l’Etat de droit et le soutien à l’économie.

Washington entend puiser dans le Compte du millénaire dont la création a été annoncé en 2002 par le président George W. Bush.

Fayçal Métaoui, El Watan