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La démission d’Ali Benflis devrait intervenir aujourd’hui

 
Le comité central du FLN, issu du 7e congrès, se réunit, aujourd’hui, en session extraordinaire pour prendre acte de la démission d’Ali Benflis.
lundi 19 avril 2004.

Ce dernier, fragilisé par l’issue de la présidentielle du 8 avril dernier, n’est plus en état de diriger le parti. Du coup, la parenthèse Benflis avec ses épisodes juridico-administratifs se referme. Les “redresseurs” qui n’ont jamais accepté que le parti soit éloigné du giron du pouvoir, ont désormais la partie belle. Ils reprendront l’appareil appelé à être désormais la locomotive de la coalition présidentielle, chargée de mettre en musique le programme de Bouteflika. À moins que ce dernier ne décide, dans un sursaut de lucidité, dont la nation lui saura gré, de le remettre au musée de l’histoire. L’occasion du 50e anniversaire que nous allons célébrer cette année est une opportunité pour un requiem pour cet “homme malade” de ses “mirages et réalités”.
N.S.

Après quelques mois dans l’opposition
Le tournant ?
Première conséquence du scrutin du 8 avril : la mise au pas du FLN.

Le sort du plus vieux parti doit être scellé avant que Bouteflika ne commence, dans les faits, son second mandat. La raison en est double : politique et tactique. La sociologie politique, telle que révélée par les résultats des élections, plaide en elle-même, pour la récupération du FLN, dont la charge symbolique demeure encore assez opérationnelle, en dépit de tout ce qui s’est passé ces quinze dernières années. Programmé pour battre le tambour des gagnants, le FLN n’a jamais été tenté par l’opposition. Lorsqu’il lui est arrivé de s’effacer, cela a toujours été sous la contrainte d’événements indépendants de la volonté de ses militants, généralement suite à des positions imposées par sa direction, comme cela a été le cas sous Mehri, en 1992, et Benflis, en 2001.

D’ailleurs, après la tempête, le parti historique finit toujours par rejoindre le bercail du pouvoir, retrouvant très rapidement la place de premier dans l’échiquier politique. Hormis Boudiaf, personne au pouvoir n’a osé recommander la mise aux archives du FLN. Tout casseur de tabous dont il est auréolé, Bouteflika s’est simplement contenté de rappeler que le parti est le bien commun de tous les Algériens. Ce qui, en clair, revient à faire assimiler l’arrachage du FLN des griffes de Benflis à une opération de salubrité publique. Bouteflika l’a fait dire publiquement par les “redresseurs” du FLN et ses autres soutiens.

Dans les actes d’accusation contre Benflis proférés par Belkhadem, Ouyahia et Soltani, pas la moindre charge contre le FLN. Pour Belkhadem, qui piaffe d’impatience de prendre la tête de l’ex-parti unique, le processus électoral a arrêté la déviation imprimée par Benflis qui doit tirer sa révérence. Il n’est pas question de jeter le bébé avec son eau. Bouteflika veut voir se fermer la parenthèse Benflis pour, en premier lieu, accréditer l’idée que la rébellion de la matrice du pouvoir depuis la guerre de Libération nationale n’a, finalement, été qu’un simple accident de parcours fomenté par un attelage, à qui on aurait fait croire que la victoire était à portée de main. Récupérer le FLN, c’est également faire preuve que l’armée est au garde-à-vous.

Par ailleurs, tel qu’appréhendé, l’échiquier sur lequel Bouteflika a bâti sa victoire est trop hétéroclite pour un second mandat qu’il sait autrement plus complexe que le premier. Ses promesses ne pourront plus être contenues par son activisme et ses professions de foi et, il doit - de surcroît - faire face à une coalition qui ne se laissera pas facilement conter. Ouyahia et Soltani attendent le retour d’ascenseur, ainsi que les milliers de comités de soutien qui, bien que fonctionnant en atomes libres, exigent leur part du gâteau. En définitive, seul un parti disposant d’une grosse machine capable de tourner au quart de tour, peut faire face à ce raz-de-marée de demandeurs. Ce parti est disponible. Doté d’une très grande expérience pour avoir constitué le principal marche-pied du système depuis sa naissance, le FLN a également l’avantage d’être majoritaire dans toutes les institutions élues et, quoi que l’on dise, continue de faire battre encore le cœur de hauts cadres, ne serait-ce que par nostalgie.

Apparemment, rien ne devrait contrarier l’opération retour au bercail du FLN. Benflis, acculé par la justice, qui a invalidé le 8e congrès du FLN, s’est offert une voie de sortie honorable en revenant aux dispositions du 7e congrès. En acceptant de tourner le dos au congrès, qui avait fait de lui le rival de Bouteflika, Benflis a installé lui-même sa propre tête sur l’échafaud. Il sera débarqué par le comité central, comme l’ont été avant lui Benhamouda, Mehri, Messadia... Ses fidèles parmi les fidèles, propulsés en 2001 par le 8e congrès - sous couvert de rénovation - sont, en effet, minoritaires dans un comité central qui regroupait des redresseurs et des éléments opportunistes, dont le seul souci a toujours été de plaire au maître du moment. Ce n’est pas sans raison que le groupe parlementaire du FLN a préféré attendre l’issue de la réunion du comité central pour adopter sa position.

Il est peu probable que le FLN choisisse de perdre sa majorité absolue au sein de l’assemblée populaire nationale. Déjà des voix se sont élevées dans son groupe pour demander la démission du président de l’APN, un des leurs et fervent soutien de Benflis durant sa campagne électorale. Il y a lieu de rappeler que c’est Benflis qui avait stoppé l’hémorragie, laquelle, bien avant la campagne électorale, menaçait le FLN.

Il a convaincu la majeure partie de ses députés que le système pouvait être mué de l’intérieur, notamment par son rajeunissement ; une vision plus conforme aux standards démocratiques et aux assurances affichées par l’armée quant à sa neutralité. Le résultat étant ce qu’il est, les avantages reprennent le dessus. Et faute de s’interroger sur la désaffection de leurs propres électeurs, les députés FLN retourneront docilement à leurs anciennes préoccupations.

D. B.

Alors que Benflis s’apprête à remettre son mandat aujourd’hui
Medjahed : “le problème du FLN ’est pas organique, mais politique”
Le porte-parole du parti considère que le litige au sein de ce dernier n’est pas entre sa direction et les “redresseurs”, mais entre ses militants et le président de la république.

Ali Benflis présentera, aujourd’hui, sa démission de son poste de secrétaire général du FLN au comité central (CC) du 7e congrès qui se réunit en session extraordinaire. C’est Abdesslam Medjahed, le porte-parole officiel du FLN, qui l’a déclaré, hier, à la presse. “Le secrétaire général qui ouvrira la session extraordinaire par un discours liminaire, remettra par la suite son mandat au comité central”, a indiqué Medjahed. L’explication du geste d’Ali Benflis, le patron du parti, est en rapport avec la situation de blocage que traverse le parti : “le litige que nous avons n’est pas avec Hadjar ou les ‘redresseurs’, mais bien avec plus haut”, explique le porte-parole du FLN. Autrement dit avec le président Bouteflika en personne.

En effet, l’actuel locataire d’El-Mouradia, qui n’a ménagé aucun effort, depuis au moins une année, pour obtenir l’allégeance du FLN sous peine de le casser, revient, aujourd’hui, à la charge après sa reconduction à la tête de l’État avec un score tiers mondiste de 85% des suffrages exprimés. Et c’est à travers le mouvement dit de “redressement”, une structure illégale pilotée par Abdelaziz Belkhadem, le ministre des affaires étrangères, que le président Bouteflika s’acharne à récupérer le plus vieux parti d’Algérie. “Ali Benflis veut éviter au FLN d’imploser ou de terminer au musée”, expliquera encore Medjahed.

C’est donc aux membres du comité central que reviendra le dernier mot quant à l’avenir de leur parti et du mandat de leur secrétaire général. Ayant profondément rénové, voire révolutionné le FLN en plus de la double victoire électorale des locales et des législatives de 2002, Ali Benflis sera-t-il maintenu à son poste de secrétaire général ? On le saura en tout cas aujourd’hui. Toujours est-il, selon Medjahed, que “sur la base de la légitimité du comité central, on peut trouver toutes les solutions pour notre parti à la lumière de la concertation et des discussions”. Il insistera sur le caractère légal du cadre de concertation des militants du FLN : “qu’on aboutisse, dit-il, à une conférence nationale, à la mise sur pied d’une commission de préparation du 8e congrès, l’essentiel est de débattre au sein des structures légales du parti et de permettre à l’ensemble des membres du comité central de donner leur opinion et de faire leurs critiques sur la situation du FLN”, argue notre interlocuteur.

S’il n’est un secret pour personne que le président Bouteflika veut à tout prix récupérer le FLN pour assurer une confortable assise à sa “majorité présidentielle” formée également du MSP, des “redresseurs” et du RND, les militants du vieux parti laisseront-ils faire ? On le saura aussi aujourd’hui. Interrogé par ailleurs sur le risque d’annulation du comité central à défaut du quorum au regard de l’appel au boycott lancé par Belkahdem et aux “pressions exercées par les walis sur les membres du CC”, Abdesslam Medjahed affirmera que “le CC se tiendra bel et bien”. Il précisera : “qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas le quorum, ce n’est pas essentiel.” Car, explique-t-il, “le problème que nous avons n’est pas organique, mais bien politique, c’est pour cela que la session se tiendra quel que soit le nombre des membres du comité central qui viendront pour régler définitivement ce problème”, dira-t-il, serein.

Prévue initialement à 15 heures à l’hôtel Les Sables d’Or, à Zéralda, cette session du comité central pourrait se tenir au siège du parti à Hydra, faute d’autorisation de l’administration.

Nadia Mellal, Liberté