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Jusqu’où ira le président Abdelaziz Bouteflika ?

 
Elle a constitué la pierre angulaire de son premier quinquennat, elle sera promue dans son second : la concorde civile qui a permis au président Abdelaziz Bouteflika d’amnistier des milliers d’islamistes armés en 1999, sera promue en “réconciliation nationale” au courant du second mandat qu’il entame aujourd’hui.
mardi 20 avril 2004.

Lors de sa prestation de serment, hier, au Club-des-Pins, M. Abdelaziz Bouteflika, auréolé de près de 85% de l’électorat, a réaffirmé qu’il compte “consolider les résultats de la concorde civile”. “Ce nouveau quinquennat doit promouvoir une véritable réconciliation nationale qui en élargirait les effets, permettant aux Algériens (...) de consacrer l’ensemble de (leurs) énergies et de (leurs) ressources au développement du pays”, a-t-il dit.

Abdelaziz Bouteflika, qui a fait de la promotion de “la concorde” en “réconciliation nationale” l’un des thèmes majeurs de sa campagne, n’en précise pas moins les contours de celle-ci, qui demeurent de loin assez flous. Dès lors, ce projet appelle forcément des interrogations ? S’agit-il, comme le soupçonnent certains observateurs, d’arriver à une “re-légalisation” du parti dissous sous quelque autre forme d’appellation ? S’il est, sans doute, prématuré de se hasarder à quelques réponses, il n’en demeure pas moins qu’au regard de certains indices, Abdelaziz Bouteflika entend visiblement aller très loin dans “sa main tendue” aux jusqu’au-boutistes du courant islamiste.

Il y a d’abord l’autorisation de sortie accordée à l’ex-numéro un du parti dissous au mois d’août de l’an dernier. Officiellement, cette sortie est justifiée par l’état de santé du “cheikh”.

Pourtant, d’aucuns auront constaté qu’elle a permis au premier responsable du parti dissous de reprendre son activisme politique. C’est ainsi qu’il proposera “un plan de paix” depuis les pays du golfe, où il séjourne. Un plan qui exige, entre autres, le retour des exilés, la réintégration des travailleurs licenciés affiliés à l’époque au syndicat islamique du travail (SIT), la libération et la levée des poursuites contre les détenus. On ignore ce qu’il est advenu de ce “plan” même si officiellement, “on a opposé une fin de non-recevoir”. Mieux encore, il apparaît clairement, aujourd’hui, que cet activisme a permis de “réunifier” les frères, puisqu’on ne s’est pas empêché de féliciter publiquement Abdelaziz Bouteflika pour sa réélection et dont on attend visiblement un retour d’ascenseur.

Ensuite, il y a cette sortie pour le moins curieuse de Rabah Kébir dans un journal gouvernemental, Ennasr, il y a quelques jours. Le chef de l’instance exécutive du parti dissous à l’étranger, après avoir appelé au “soutien de Bouteflika”, a réitéré la nécessité de la promotion de “la réconciliation nationale”. Enfin, il y a cet appel au “congrès de la paix” du PT dont l’orientation politique a révélé, aujourd’hui, les accointances avec le président de la république et le recul du MSP sur la question de la levée de l’État d’urgence au motif qu’elle constitue “l’une des facettes” de la réconciliation nationale envisagée. Bouteflika franchira-t-il le Rubicon ? Bien malin celui qui connaîtra ses intentions même si l’on peut supposer qu’il sera tenté “d’“amadouer” l’aile encore active de l’islamisme armé, en l’occurrence le GSPC et le GIA. Mais contrairement à 1999, aujourd’hui, il doit composer avec “le 11 septembre”. D’où sans doute ce rappel d’hier : “la lutte contre le terrorisme se poursuivra dans le cadre de la dynamique mondiale.”

En somme, il y a des lignes rouges tracées par la superpuissance mondiale d’autant que le GSPC et le GIA sont classés comme faisant partie de la nébuleuse d’Al-Qaïda.

Karim Kébir, Liberté