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Ahmed Ouyahia reconduit à son poste de Premier ministre

 
Le Président Abdelaziz Bouteflika reconduit hier son chef de gouvernement, Ahmed Ouyahia.
mardi 20 avril 2004.

Selon le communiqué rapporté par l’APS, Ahmed Ouyahia « a remercié le président de la République de la confiance qu’il lui témoigne, une fois encore, et l’a assuré que c’est volontiers qu’il se consacrera à réaliser les objectifs du programme présidentiel soumis au peuple et sur la base duquel Abdelaziz Bouteflika a été réélu président de la République, le 8 avril 2004, qui restera une date marquante de l’histoire contemporaine de l’Algérie ».

Cette reconduction pressentie à la lumière du soutien sans détour d’Ahmed Ouyahia, comme chef de gouvernement qui, en arrimant son parti, le RND, en le vidant même des options antiterroriste et anti-intégriste, devient concrète et ne se prête à aucune autre lecture sinon que cette « mise en confiance » placée en lui est la continuité logique de Bouteflika de mieux asseoir son clan et la négation de toute autre force qui lui soit contraire. Il faut rappeler dans ce contexte qu’Ahmed Ouyahia a accepté, au plus fort moment de la crise au FLN, de « gouverner » avec des ministres imposés par Bouteflika et que lui-même n’avait cessé de répéter que le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, resterait à son poste et qu’il n’y avait aucune raison de le pousser à partir.

Reconduit à la tête du gouvernement, plus pour allégeance que pour avoir dirigé un gouvernement qui a concrétisé un programme, Ahmed Ouyahia n’aura certainement pas les mains libres pour la formation du gouvernement, surtout que le FLN de Benflis n’existe plus. Selon la même source de l’APS, « Ahmed Ouyahia entamera incessamment ses consultations pour la composition de son équipe gouvernementale, composition qu’il soumettra, aussitôt que possible, à l’approbation du président de la République, conformément à la Constitution ». L’hypothèse qu’Ouyahia n’a d’autre choix quant à la formation de son gouvernement que de puiser dans la pépinière hétéroclite des soutiens de Bouteflika, y compris les islamistes, pour une équipe gouvernementale formatée par Bouteflika, sur des critères d’allégeance, voire de vassalité. Le Président réélu a même chargé Ahmed Ouyahia de « rendre un hommage appuyé aux efforts déployés avec abnégation, par l’ensemble des membres du gouvernement sortant au service de l’uvre de renouveau national » et de leur transmettre « ses sentiments de reconnaissance ». Ayant joué un grand rôle en tant que patron du Rassemblement national démocratique dans le plébiscite de Bouteflika par 84,99% des suffrages en formant une alliance stratégique et politique avec le parti islamiste, le MSP de Bouguerra Soltani, et en s’appuyant sur les « redresseurs du FLN », Ahmed Ouyahia n’a eu finalement que ce qu’il méritait : être à la tête d’un gouvernement alibi à un « programme » du Président qui s’articule surtout sur la réconciliation nationale.

Sur un autre plan, Ouyahia a été reconduit sur un échec : celui du dialogue avec la Kabylie, comme Ali Benflis. Fera-t-il mieux ? Même s’il ne désespère pas de continuer le dialogue, le mouvement citoyen qui lui a claqué la porte n’entend pas reprendre les négociations exigeant la reconnaissance de tamazight comme langue officielle sans voie référendaire. Autre point d’achoppement, la contestation qui s’est exprimée à l’intérieur de son parti, « le comité de salut du RND », risque de se radicaliser dans la mesure où Ahmed Ouyahia sera contraint de délester ce parti de ses membres fondateurs, en majorité des Patriotes, acquis à la lutte antiterroriste.

Ahmed Ouyahia, reconduit, aura de moins en moins de prérogatives en tant que chef d’un gouvernement qui a connu bien des évictions musclées du Président réélu.

Rachid Mokhtari, Le Matin