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La presse indépendante entre le marteau et l’enclume

 
Au lendemain de l’élection présidentielle du 8 avril, la presse indépendante s’est retrouvée, malgré elle, entre le marteau et l’enclume. Pour avoir affiché son dissentiment, souvent sans animosité, à l’égard du candidat Abdelaziz Bouteflika qui n’a pas donné de place dans son programme aux libertés la presse. indépendante algérienne a été aussitôt vouée à la vindicte publique et atrocement accablée de mépris.
mardi 20 avril 2004.

Ces attaques d’une rare violence sont généralement distillées à travers les médias lourds et la presse écrite et publique. Cela dit, quelques jours seulement après l’annonce de la succession du locataire du palais d’El Mouradia à son propre règne, des émissions synchronisées ont été consacrées aux journaux privés dans les médias lourds, aux fins, semble-t-il, de les pousser à faire leur mea culpa. L’on s’interroge, à juste raison, sur le crime de « lèse-majesté » dont se serait rendue coupable la presse indépendante pour se retrouver du jour au lendemain dans l’œil du cyclone, cible de tirs groupés.

Avec comme feuille de route de charger la presse indépendante de griefs souvent supposés et rarement prouvés, dans le but, bien entendu, de lui ôter toute crédibilité, la télévision et les chaînes de radio d’Etat ont excellé dans l’art du bourrage de crâne et de la réprobation. Sur les plateaux de l’ENTV et les chaînes de radio nationales, on a raconté « des vertes et des pas mûres » sur les journaux privés. « La presse indépendante s’est trompée de cible. Elle a érigé l’insulte en style journalistique. Elle a manqué de professionnalisme.

Elle n’a aucune influence sur l’opinion publique. Va-t-elle changer, oui ou non sa ligne éditoriale... », sont, entre autres les formules récurrentes qu’ont ronronnées à longueur d’onde les canaux officiels. Sidérant ! Ce débat aurait pu être plus bénéfique pour le devenir des libertés individuelles et collectives en Algérie s’il avait été lancé quand un seul homme a accaparé la télévision et surtout au moment où le minimum de professionnalisme a déserté ce média lourd. Il aurait été plus fructueux quand le journaliste était assimilé à un poseur de bombe et à un espion à la merci de la main étrangère. Un tel débat serait peut-être salutaire au moment où on affirmait, à grand tapage médiatique, que le pluralisme de l’expression est un facteur de division. Enfin, il aurait été plus intéressant, au lendemain de la promulgation du code pénal bis pour rencogner les journalistes. A ce moment-là aucune voix, hormis celle de la presse indépendante bien sûr, ne s’est élevée contre cette « première violence » à l’encontre de la liberté d’expression.

Il a suffi que la presse privée dénonce ces dérapages verbaux et soutienne les candidats qui se sont déclarés porteurs du projet républicain pour qu’on lui assène des banderilles assassines. Faut-il souligner que les organes de la presse indépendante n’ont pas dévié d’un iota de leur ligne éditoriale et qu’ils ne comptent pas tempérer l’ardeur qui les anime pour l’instauration d’un véritable débat d’idées à même d’amorcer une dynamique du changement qui va dans le sens du progrès ? Est-il donc condamnable, voire scandaleux d’afficher son désaccord avec tel ou tel postulant à la magistrature suprême et de se déclarer aux côtés d’un autre candidat ?

La presse indépendante est libre de choisir pour peu que son choix soit librement et publiquement assumé et bien sûr dans le respect rigoureux des principes de l’éthique et de la déontologie. D’ailleurs, cette presse a toutes les raisons de ne pas cautionner la démarche et les positions de Bouteflika. Dire et répéter que la presse indépendante a fait de l’invective une pratique journalistique est une contre-vérité. Même si des excès ont été relevés dans les lignes éditoriales de certaines publications, ces excès trouvent pleinement leur explication dans les propos excessivement fielleux tenus par le président-candidat à l’adresse des journalistes de la presse indépendante lors de la campagne électorale.

Traiter un journaliste de terroriste et la presse indépendante de médias à la solde de l’étranger, quand elle n’est pas esclave de ses ambitions, est une insulte à la mémoire des journalistes qui ont consenti de terribles sacrifices pour défendre la République au moment où beaucoup d’autres ont choisi la dérobade pour échapper à la barbarie intégriste.

Par A. Benchabane, El Watan