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Commémoration du 20 Avril : La Kabylie au rendez-vous

 
A l’appel du mouvement des archs, qui a pris le relais du mouvement culturel berbère, éclaté en plusieurs tendances après l’ouverture démocratique, des milliers de citoyens seront au rendez-vous dans les rues de Tizi-Ouzou, Béjaïa et Bouira, pour exprimer leur attachement au combat de plusieurs générations, celles de 1980 ou de 2001.
mardi 20 avril 2004.

Pour une bonne partie de ceux qui manifestent chaque année à l’occasion du 20 avril, l’essentiel est d’être là, non pas pour répondre à l’appel de telle ou telle structure, mais beaucoup plus pour la symbolique de cette date. A Tizi-Ouzou l’entame sera donnée à 11h à partir du carrefour du 20 Avril situé non loin de l’université de Hasnaoua, pour que la manifestation se termine au siège de la wilaya. Les archs ont également lancé un appel à une grève générale à cette occasion. Si le MCB que dirige Ould Ali L’hadi, a apporté son soutien à la manifestation de la CADC, l’autre aile du mouvement dirigée par Mouloud Lounaouci, dans une déclaration transmise à quelques bureaux de presse, appelle simplement à la célébration du 20 avril par une grève générale et des conférences-débats dans les communes, sans aucune mention à la marche.

Sachant ce que pense le docteur Lounaouci d’Abrika et de ses compagnons, initiateurs de la manifestation, il ne pouvait logiquement pas la soutenir, mais n’appelle pas non plus les citoyens à la bouder. Cette année, contrairement à 2003, la structure des archs organisatrice de la marche a connu une période de crise qui a vu une partie de ses délégués claquer la porte, s’opposant à l’initiative de dialogue, en raison pour certains de leurs attaches partisanes en perspective de la présidentielle, et pour un autre groupe en raison de divergences de « stratégie ». Ce qui en terme de capacité de mobilisation pourrait influer sur celle des archs.

Mais ce qui a marqué la scène politique locale depuis 2003, c’est sans doute l’intolérance des discours des uns et des autres, qui au lieu d’un débat politique serein, qui aurait pu éclaircir les différentes positions, se sont mis à « s’étriper » et à échanger insultes, invectives, anathèmes et autres accusations de trahison, de corruption. De par le passé, les acteurs influents, le FFS et le RCD s’accusaient d’être des relais du pouvoir, mais avec les archs et surtout depuis l’épisode du dialogue, tout le monde parle d’argent sale distribué par le pouvoir pour « normaliser » une Kabylie toujours frondeuse. De nombreux militants du Mouvement culturel berbère souvent en retrait de la scène depuis des années se sont exprimés pour dire, qu’il est temps peut-être à tous les acteurs de se remettre en cause, d’autant qu’aujourd’hui personne ne peut prétendre représenter la Kabylie. La population qui a trop souffert des trois dernières années de crise, mérite plus que des échanges de déclarations incendiaires. La ville de Tizi-Ouzou est devenue une cité de non-droit, où tout est toléré, clochardisé et ce n’est certainement pas la faute de sa population.

Le pouvoir dans sa logique de laisser pourrir la situation en Kabylie, espère sans doute une rupture déchirante entre la population et les différents acteurs, qu’ils soient sous la bannière des archs ou des partis politiques, tire les dividendes de la guerre que se livrent les animateurs des archs aux militants des partis politiques. Avant l’émergence du mouvement des archs, le Printemps berbère était célébré séparément par les deux ailes du MCB (l’une proche du FFS et l’autre du RCD), mais en 2002 et 2003, les archs ont pris le relais pour marquer le 20 avril par une seule manifestation populaire.

Le printemps 2004 sera-t-il pour la Kabylie une simple halte pour rendre hommage au combat de la génération de 1980 et aux sacrifices des jeunes de ces trois dernières années, qui ont donné leur vie et leur santé pour la liberté ? Ils ne se sont pas sacrifiés pour qu’aujourd’hui ceux qui doivent continuer leur combat se limitent à s’insulter mutuellement.

Par Mourad Hachid, El Watan