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Abdelaziz Bouteflika appelle au dialogue en Kabylie

 
C’est un message presque compatissant qu’a adressé, hier, le président Abdelaziz Bouteflika à la Kabylie dans le discours qu’il a prononcé
mardi 20 avril 2004.

« Ma pensée va vers nos compatriotes de Kabylie, dont nous partageons les souffrances et les espoirs. Nous comprenons leurs préoccupations car, comme je l’ai maintes fois répété, la Kabylie ne serait rien sans l’Algérie, et l’Algérie ne serait pas l’Algérie sans la Kabylie », a-t-il déclaré avant d’inviter une nouvelle fois les représentants du mouvement citoyen, sans les citer, à poursuivre le dialogue. « Discutons pacifiquement des problèmes qui se posent, poursuivons le dialogue qui a déjà été engagé et qui a commencé à porter ses fruits », a ajouté encore le Président.

Le dialogue auquel appelle Bouteflika est celui engagé par le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia avec les aârouch le mois de février dernier. Le dialogue autour de la mise en uvre de la plate-forme d’El Kseur a, pour rappel, buté sur l’officialisation de tamazight, ce qui a conduit à son échec après que le représentant de l’Etat eut voulu soumettre l’officialisation de tamazight à un référendum. Cet épisode du dialogue n’a, en effet, porté aucun fruit palpable, d’autant que les 15 points contenus dans le document d’El Kseur n’ont pas été abordés. Sauf peut-être s’il est fait référence à la satisfaction des incidences comme consigné dans le protocole d’accord signé entre les deux parties.

Bouteflika, qui n’a à aucun moment cité ni tamazight ni la plate-forme d’El Kseur, adressera aussi une sorte de mise en garde d’une manière implicite à cette région qui refuse d’abdiquer. « Prenons garde surtout de ne pas céder aux extrémistes de tous bords, car tout extrémisme en engendre un autre et conduit nécessairement à la violence, aux affrontements et à la ruine », a-t-il aussi soutenu. Le fait d’avoir omis de citer la langue amazigh peut être inscrit dans le sillage de ces précédentes déclarations à ce sujet. D’abord à Sétif l’été dernier, Bouteflika avait appelé à un dialogue autour de ce qui ne « porte pas atteinte à l’unité nationale et à l’intégrité de l’Algérie éternelle », puis le 15 mars dernier dans l’émission « Baramidj » diffusée par l’ENTV. Dans son intervention, il avait, pour rappel, considéré tamazight comme un facteur de division avant de la considérer comme une « affaire grave » qui doit être soumise à référendum car, avait-il ajouté, « deux langues officielles ne peuvent pas cohabiter ».

Même durant son passage à Tizi Ouzou dans le cadre de la campagne électorale, il avait soigneusement éludé la question. Dans son discours d’hier, il a royalement ignoré ce volet de la crise aux profondeurs abyssales qui sépare cette région du pouvoir. Même s’il a reconnu qu’il « n’est pas de problème insoluble () » et qu’il reste « confiant que (nous) parviendrons à une solution satisfaisante », il reste que rien de nouveau n’est à déceler de cette intervention sur la manière de régler la crise hormis son appel au dialogue et ce, à la veille de la célébration du 24e anniversaire du Printemps berbère. Telle que proposée, cette nouvelle offre de dialogue n’a pas changé.

Elle reste de prime abord identique aux précédentes de par son contenu qui reste évasif.

Par Brahim Bouchir, Le Matin