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La Kabylie célèbre le 24e anniversaire du printemps Berbère

 
Vingt ans de combat n’ont pas suffi pour imposer la dimension naturelle de la culture berbère, et le chemin reste long jusqu’à la démocratisation réelle du pays. Le combat de la Kabylie continue.
mercredi 21 avril 2004.

C’est la grève générale du 16 avril 1980, massivement suivie par la population de Kabylie, qui a donné de la consistance au mouvement de protestation initié par une jeune élite d’après-guerre. Et pour cause, l’attaque, la veille du 20 avril, des foyers de revendication, notamment l’université de Tizi Ouzou, l’hôpital Nedir-Mohamed et l’ex-Sonelec, par les brigades antiémeutes fortement mobilisées à l’occasion, avait mis le feu aux poudres.

Les affrontements entre citoyens et forces de l’ordre éclatent un peu partout dans la région. À Larbaâ Nath Irathen, Azzazga et Tizi Ouzou, ce sont de véritables batailles rangées entre les émeutiers et les éléments de CNS. Dans les villages, les citoyens se mobilisent et la solidarité ne tarde pas à s’organiser, surtout après l’arrestation des principaux animateurs. Saïd Sadi, Mouloud Lounaouci, Saïd Khellil, Djamel Zenati, Arezki Abbout, entre autres, seront incarcérés à la prison de Berrouaghia. La formidable mobilisation et l’élan de solidarité organisé autour des familles des détenus ont abouti à la libération des 24 animateurs du MCB deux mois plus tard, soit le 26 juin 1980. Les geôles du pouvoir de Chadli n’ont pas pu anéantir la détermination des détenus à continuer le combat pour la reconnaissance de tamazight et les libertés démocratiques. Loin s’en faut.

C’est ainsi qu’un premier séminaire du MCB a été tenu à Yakouren en août 1980, où une charte a été élaborée par les séminaristes, essentiellement des militants du MCB. Depuis ce regroupement, le mouvement s’est donné les moyens de communication et de réflexion en éditant la revue Tafsut. L’université de Tizi Ouzou est devenue par la force des choses le foyer de contestation et de revendication identitaire par excellence. Le premier anniversaire du 20 avril, célébré avec faste, a été un élément structurant de la dynamique revendicative du Mouvement culturel berbère. Le 19 mai de la même année, la répression s’abat de nouveau sur tous les segments de la contestation ; à Béjaïa et à Alger, les forces de l’ordre procéderont à plusieurs arrestations. Les évènements de Béjaïa redonnent un nouveau souffle à la dynamique de contestation portée à bras-le-corps par le MCB et les citoyens de Kabylie. En 1985, la revendication linguistique est remise sur le tapis : l’arrestation des fondateurs de la Ligue algérienne des droits de l’Homme dont Saïd Sadi n’a fait que relancer la mobilisation citoyenne pour la reconnaissance de tamazight, couplée cette fois-ci à la question des droits de l’Homme. Les détenus de 1985 seront présentés devant la Cour de sûreté de l’État.

À leur sortie de prison, Saïd Sadi et ses camarades appelleront à la tenue des assises du MCB après la révolte d’Octobre 1988. Ce qui a donné naissance au Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). D’autres militants convoqueront un deuxième séminaire du MCB qui donnera naissance aux commissions nationales. Le boycott scolaire de 1994/1995 a été l’occasion pour la réunification des rangs du MCB partagé en trois tendances qui ont souscrit un temps à une unité d’action en faveur de la revendication identitaire, dont l’introduction de tamazight dans le système éducatif a été l’un des acquis majeurs du MCB. L’émergence du mouvement des archs, encadré dans la plupart des cas par des anciens animateurs du MCB, a fait avancer la question identitaire puisque tamazight a été constitutionnalisée comme langue nationale. Depuis l’étincelle de Tafsut Imazighen que de chemin a parcouru la revendication révélée par Mammeri. Il faut dire que le cheminement a été long. Long comme le cours de l’histoire.

YAHIA ARKAT, Liberté