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La Kabylie face à la dérive mafieuse

 
Il a fallu atteindre le pire en matière de régression et de dérive mafieuse pour que les repères fondamentaux et les acteurs les plus en vue en Kabylie, réagissent.
mercredi 21 avril 2004.

Du RCD au FFS, de Ferhat Mehenni à Mouloud Lounaouci et Saïd Khellil, de la coordination des Ouacifs à Brahim Tazaghart, tous tirent la sonnette d’alarme en ce double anniversaire des deux Printemps. C’est que les dégâts sont lourds : les infiltrations du pouvoir, notamment depuis le dialogue Ouyahia, sur fond de manipulations de jeunes adolescents livrés à la violence et à la délinquance, parasitent et perturbent l’action politique en Kabylie, pourtant bastion des luttes démocratiques.

En dépit des divergences politiques, la Kabylie n’a jamais enregistré d’actes de violence entre militants ou citoyens animant les courants politiques qui traversaient le Mouvement culturel berbère. Seulement voilà, des tentatives de perversion de la chose politique se font jour ces derniers temps. Ainsi, les services de police interpellent régulièrement les jeunes, agressant divers acteurs et regroupements politiques.

Dans la plupart des cas, ce sont des délinquants, souvent rémunérés, qui sont actionnés dans ce genre de raids. La veille de l’élection présidentielle, des délinquants foncent sur le siège du RCD à Tizi Ouzou, après avoir auparavant saccagé, sous les yeux des policiers imperturbables, le véhicule d’un membre du collectif d’avocats des détenus du mouvement citoyen. “Nous avons reçu l’ordre de les relâcher immédiatement”, a avoué un policier. Des témoins ont vu des assaillants s’engouffrer dans la permanence de Bouteflika. Au même moment, survint l’incendie du kiosque de Fréha, qui a entraîné la mort par asphyxie du jeune Hakim Allouache. L’exploitation politicienne de ce tragique événement ne s’est pas fait attendre : exposition du corps de la victime sur la place de Tizi, accusations contre le RCD. Le FFS avait mis en garde “contre toute forme d’escalade et d’exploitation de ce malheureux événement”.

Les appels à la sagesse et à la raison lancés par les formations politiques, notamment le RCD et le FFS, ainsi que des personnalités indépendantes, ont tous pour souci premier de stopper la dérive et de réhabiliter les traditions de lutte et le débat politique contradictoire dans la région.

C’est à juste titre que le conseil du arch des Ouacifs souligne l’urgence de “faire barrage à l’argent sale qui pourrait mettre la Kabylie - qu’on croyait prémunie - sous l’empire d’opportunistes qui auront le double objectif de normaliser la région politique et d’y substituer d’autres mœurs, socialement et culturellement”. Le MCB, par la voix de Mouloud Lounaouci, affirme dans une déclaration rendue publique, que “des groupements se greffent sur une dynamique populaire exemplaire pour s’adonner (...) au racket de commerçants, à la manipulation d’adolescents fragilisés, à des agressions de citoyens (...) devant des services de sécurité complices d’une dérive mafieuse”. Brahim Tazaghart, autre animateur du MCB, n’en pense pas moins. “Il s’agit de réactiver le débat pacifique et démocratique dans la société, afin de nous éviter des lendemains incertains. Avec la reprise des débats, l’objectif premier est de soustraire la jeunesse à la violence”, a-t-il fait observer dans les colonnes d’El Watan.

Sur les huit segments qui se disputent l’activisme dans le mouvement des archs, sept d’entre eux admettent que les dérapages discréditent le mouvement et que la population est lasse. Les conférences données cette semaine aux universités de Béjaïa et de Tizi Ouzou tendent à replacer le débat politique dans les lieux et thèmes originels. Cela nous rappelle que la mémoire combattante est encore vive et qu’il suffit de provoquer les rencontres entre les acteurs qui ont bâti ces merveilleuses traditions de lutte pour que le train démocratique redémarre.

En ce 24e anniversaire du Printemps berbère, la nécessité de réinstaurer un débat libre, critique et prospectif s’impose à tous les enfants de la Kabylie qui ont pour souci son développement et sa stabilité, afin de lui permettre de continuer à jouer le rôle moteur dans le combat démocratique national.

YAHIA ARKAT, Liberté