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Deux imams algériens expulsés de France

 
jeudi 22 avril 2004.

Tous les “barbus” se disaient persécutés et tous avaient droit à la bienveillance de la France qui découvre, ébaubie, l’ampleur de sa myopie et celle de toute l’Europe frappée, comme à Madrid, par ceux qu’elle a généreusement couvés. La semaine dernière, c’était un imam de Brest, ville située à la pointe de la Bretagne (ouest de la France) où les musulmans ne sont qu’une poignée, qui était expulsé. Abdelkader Yahia-Chérif, la quarantaine, ancien professeur de français en Algérie, s’était, semble-t-il, réjoui des attentats de Madrid. Une note des RG transmise à la justice mettait en exergue ses penchants pour un discours djihadiste. Il a été mis dans un bateau en partance pour Alger.

Hier, c’était au tour de Abdelkader Bouziane, imam de Vénissieux, banlieue de la grande cité lyonnaise, dont les propos sur les femmes et la polygamie, cités par un magazine local, ont provoqué un tollé. Il a été embarqué à 9h20 dans un vol de la compagnie privée algérienne Aigle Azur. L’imam salafiste, âgé de 52 ans et père de 16 enfants français, a été embarqué dans un vol régulier de la compagnie Aigle Azur en direction d’Alger. Il avait été interpellé mardi après-midi et placé au centre de rétention administrative de l’aéroport Saint-Exupéry de Lyon en vue de son expulsion, en application d’un arrêté ministériel d’expulsion datant du 26 février 2004.

Cet arrêté qui fait valoir selon la préfecture que l’imam, porte “atteinte à l’ordre public, du fait de son activité doctrinale salafiste”, n’avait pas été notifié à l’intéressé avant mardi. Son avocat, Me Mahmoud Hebia, a déposé hier matin devant le tribunal administratif un référé liberté, réclamant la libération de son client, et un référé suspension, contestant l’arrêté, qui a été enregistré. Me Hebia estime que l’arrêté est basé sur “des accusations vagues et confuses” et comporte “des irrégularités”.

L’imam “est arrivé régulièrement en France en 1980 et il a un titre de séjour de 10 ans parfaitement valable. Il est père de 16 enfants tous Français, dont dix mineurs. Il s’inquiète pour ses enfants mineurs”, avait déclaré l’avocat, après avoir rencontré M. Bouziane dans le centre de rétention administrative, mardi soir. “Il ne comprend pas. Il dit que son discours existe déjà dans le texte fondamental, le Coran, et qu’il a le droit de s’exprimer librement dans ce pays”, a affirmé l’avocat. L’imam, qui officiait à la mosquée dite “URSSAF” (installée dans un ancien bâtiment de l’URSSAF) de Vénissieux, avait, dans une interview publiée par le mensuel lyonnais Lyon Mag d’avril, soutenu l’inégalité entre hommes et femmes et défendu la polygamie ou encore les châtiments corporels des femmes par leur mari. Lorsqu’il frappe sa femme, soutenait l’imam dans cet entretien, l’homme “ne doit pas frapper au visage mais viser le bas, les jambes ou le ventre, et il peut frapper fort pour faire peur à sa femme afin qu’elle ne recommence pas”.

Dans un communiqué publié hier, la rédaction de Lyon Mag s’interroge sur une éventuelle “manipulation” médiatique et condamne l’expulsion précipitée de M. Bouziane, sans que celui-ci ait pu se défendre, “même si ses déclarations sont scandaleuses”. Alors que l’interview était publiée depuis trois semaines, la rédaction a récemment reçu “un coup de téléphone étonnant, d’un cabinet ministériel qui visiblement se préparait à monter un coup médiatique”, écrit-elle.

Tout cela pour apprendre que “l’imam de Vénissieux était déjà frappé d’un arrêté d’expulsion en date du 26 février dernier”, conclut la rédaction qui s’interroge sur un éventuel “coup politique”. C’en est effectivement un pour Dominique de Villepin, le très fin diplomate devenu depuis ministre de l’Intérieur.

source : Liberté