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Marche d’Amizour près de Béjaïa

 
La manifestation d’Amizour (près de Béjaia) qui a drainé des milliers de citoyens a été appuyée par une grève générale dans la région.
samedi 24 avril 2004.

22 avril 2001-22 avril 2004. Trois ans après, jour pour jour, l’interpellation arbitraire de trois collégiens et de leur professeur par des éléments de la brigade de gendarmerie de la localité au niveau du pont de la Soummam d’Amizour - dénommé depuis le pont du Printemps noir - la population d’Amizour comme toute la Kabylie se souvient à jamais.

La journée du 22 avril est aussi proclamée journée nationale contre la “hogra” par la première Interwilayas du mouvement citoyen de la Kabylie. À la même date de chaque année, rendez-vous est pris à Amizour pour une marche commémorative de l’évènement. Ils étaient des milliers de citoyens à battre le pavé, jeudi dernier, dans les rues de la ville d’Amizour pour la circonstance.

À 10h 30, en cette journée printanière de jeudi, des groupes de citoyens commençaient à affluer vers le lycée mixte de la ville, point de départ de la marche. À la tête de la manifestation, les ex-trois collégiens, Mammeri Samir, Khaldi Ikhlef et Bariche Farid, aujourd’hui tous lycéens. Leur professeur interpellé au même titre qu’eux ne sera pas de la partie. “Il vient juste de quitter son lit d’hôpital après une opération chirurgicale”, apprend-on auprès des trois élèves.

Au premier carré de la marche, on note la présence des figures de proue du mouvement, entre autres Belaïd Abrika, Rachid Allouache, Oudjedi Farès, Bezza Benmansour, Ali Gherbi, etc., mais aussi des parents de martyrs comme Khaled Guermah et Adara Madjid. Midi à peine passé, la procession humaine s’est ébranlée et les délégués d’Amizour, dont Khodir Benouaret, veillent au grain de sorte que la marche ne dérape pas. Un pari d’ailleurs réussi par les organisateurs. “Vaut mieux mourir debout que de vivre à genoux”, “tamazight langue nationale et officielle”, “pouvoir assassin”, etc., sont autant de slogans, scandés et transcrits sur des banderoles brandies par les marcheurs.

À l’arrivée des manifestants au niveau du pont du Printemps noir, ces derniers ont marqué une halte. Une minute de silence a été observée à la mémoire des martyrs du Printemps noir. Les manifestants arpentent ensuite la rue vers le CEM Émir-Abdelkader où les ex-trois collégiens étaient scolarisés puis la rue menant vers le centre-ville. Tout au long de l’itinéraire de la marche, les manifestants n’ont pas cessé de scander des mots d’ordre hostiles au pouvoir et aux partisans de l’élection présidentielle passée.

Au centre-ville d’Amizour, un meeting a été animé par les délégués de l’Interwilayas du mouvement ainsi que certains parents de martyrs, à l’image de Khaled Guermah, de Adara Madjid et d’autres. Tour à tour, les intervenants ont insisté sur la nécessité du resserrement des rangs du mouvement pour faire aboutir le combat pour lequel les enfants de la région se sont sacrifiés. Les différents délégués de l’Interwilayas qui se sont succédé à la tribune d’intervention ont unanimement déclaré qu’il n’y aura pas de dialogue sans la reconnaissance de tamazight comme langue nationale et officielle et sans référendum.

Les intervenants n’ont pas manqué aussi de tirer à boulets rouges sur ceux qui ont pris part à l’élection présidentielle. “Le mouvement citoyen aujourd’hui, est très conforté dans sa position du boycott de cette mascarade électorale”, ont estimé les intervenants, délégués et parents des martyrs. Après le meeting, l’assistance s’est dispersée dans le calme et des rendez-vous sont pris aux différentes dates commémoratives des assassinats des victimes du mouvement.

En fin de journée, à 16h, la coordination communale d’Amizour a procédé à la baptisation de l’école primaire du village Xentina au nom de Azzi Mohamed Saïd, militant de la démocratie, retrouvé pendu dans sa chambre universitaire de Tizi Ouzou en 1984 dans des conditions non encore élucidées.

source : Liberté