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Indemnisations des blessés du printemps noir à Béjaïa

 
Alors que la reprise du dialogue acte II arouch-Ouyahia ne serait qu’une question de jours, des blessés du « printemps noir » de la Petite Kabylie ont affirmé n’avoir pas perçu leurs indemnités et ce, depuis quatre mois.
dimanche 25 avril 2004.

Pis, lorsqu’ils se sont présentés au bureau concerné au niveau de la wilaya de Béjaïa il y a quelques jours, les « importuns » se seraient fait éconduire de manière peu cavalière.Et lorsque nous nous sommes présentés au chef du bureau concerné hier au milieu de la matinée pour entendre la version des faits du côté de l’administration, en guise de réponse : revenez-demain, c’est-à-dire aujourd’hui.

Informé de cette démarche infructueuse, le premier magistrat de la wilaya aurait déclaré qu’une telle situation, un retard de quatre mois, n’était pas normale et demandé aussitôt un point de situation à son directeur de l’administration locale.Les membres de la délégation des blessés qui se sont présentés au bureau de la Tribune, vendredi dernier, ont témoigné du drame qu’ils vivent dans leur chair depuis deux ou trois années maintenant. Ils ont insisté sur le fait que ces handicapés à vie viennent pour la plupart de milieux modestes, pour ne pas dire marginalisés. Ils ne peuvent de ce fait ni se prendre en charge médicalement ni subvenir à leurs besoins : tous ceux qui ont essayé de reprendre le travail, -sans qualification, la seule perspective qui s’offre à eux est le travail manuel, manœuvre-, ont fini par rechuter.Sans soutien financier, voire sans soutien moral, ils ne savent plus à quel saint se vouer.

Du mouvement des arouch, ils ne veulent pas en entendre parler. « Ces gens-là parlent au nom des martyrs pour se donner une légitimité, mais ils ignorent les centaines de blessés et les handicapés. Personne n’a levé le petit doigt pour nous venir en aide », a-t-on dénoncé en chœur.D’ailleurs, ils ont renoncé à plusieurs reprises à organiser des contre-marches. Ils ont été dissuadés à chaque fois par les anciens délégués qui ont pris leurs distances avec la structure des arouch. Et ironie de l’histoire, ces « animateurs de l’ombre » ont été calomniés et qualifiés par la suite de traîtres par les délégués autoproclamés. Le porte-parole des blessés a fait état aussi des recours qui ne sont pas pris en ligne de compte par l’administration, des blessés par balles auxquels on aurait refusé le dépôt de leurs dossiers.D’autres sont considérés, a-t-il avancé en outre, comme des accidentés du travail. Or, ils ont été blessés par balles, réelles s’entend. C’est le cas notamment de Benadjaoud Rafik, blessé par balle le 18 juin 2001.

Notre interlocuteur a indiqué dans la foulée le cas des blessés qui ont eu des complications et qui « nécessitent donc de nouvelles prises en charge » mais qui reçoivent des fins de non-recevoir. Et pour couronner le tout, les jeunes blessés après avril 2002 seraient exclus du décret portant indemnisation.Autre exemple mis en avant par la délégation pour témoigner de cette remise en cause des acquis qui ne manquera pas de susciter la réaction des citoyens : l’affaire des six handicapés de la wilaya de Béjaïa.

Pour comprendre leur drame, nous prendrons le cas de Nourredine Ikken, blessé le 29 avril 2001.Sa blessure nécessitera son évacuation urgente vers l’Ecosse où il sera amputé de la jambe droite. Il rentrera au pays avec une prothèse et dans la poche un rendez-vous six mois après pour refaire une autre prothèse. Mais il est resté sans suite malgré la lettre de l’hôpital écossais. C’est à peu près le même traitement qui a été réservé à ses compagnons d’infortune.Cette situation interpelle en premier chef les délégués des arouch qui s’apprêtent à reprendre langue avec M. Ouyahia mais aussi les pouvoirs publics notamment après le discours du président de la République au cours duquel il a appelé à la poursuite du dialogue, « un dialogue qui a commencé à donner ses fruits », selon les propres termes du premier magistrat du pays.

Par Moussa Ouyougoute, La Tribune