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Les émeutes reprennent à Ouargla

Les jeunes ne sont pas satisfaits des mesures prises par le gouvernement
 
Des jeunes manifestants ont coupé hier, en début d’après-midi, la route nationale qui relie Hassi Messaoud à Ouargla. Juste au niveau du barrage permanent de police, où sont délivrés les laissez-passer, à une dizaine de kilomètres d’Aïn El Beïdha.
lundi 8 mars 2004.

« La circulation est coupée dans les deux sens, les jeunes filtrent les véhicules qu’ils laissent passer, les autres automobiliste sont sommés de rebrousser chemin. Les manifestants très nombreux ont décidé de passer la nuit là-bas et de bloquer la route tout le temps qu’il faudra », raconte un habitant d’Ouargla que nous avons joint hier par téléphone. Selon ce témoin, les jeunes prêts à en découdre ne semblaient nullement impressionnés par les brigades antiémeutes mobilisées pour faire dégager la route.
Le choix du lieu de rassemblement n’est pas fortuit puisque c’est au niveau de ce barrage permanent que sont contrôlés et délivrés les laissez-passer pour entrer dans la ville de Hassi Messaoud. Un document exigé même aux enfants natifs de la région et que la population veut voir supprimé. C’est d’ailleurs l’une des revendications principales de la plate-forme d’Ouargla remises aux autorités locales et aux représentants du gouvernements qui s’étaient déplacés spécialement pour « écouter les jeunes ».

Des jeunes qui ont le sentiment d’avoir été bernés par le Chef du gouvernement. Hier, les chômeurs ont, une fois encore, réinvesti les rues d’Ouargla pour, cette fois-ci, manifester leur colère face aux promesses non tenues du gouvernement Ouyahia. Les slogans qu’ils ont scandés lors des marches pacifiques et les rassemblements qu’ils ont improvisés hier à travers la ville l’expriment clairement. « Samedi après-midi, nous avons pris la décision de sortir dans la rue après que l’on a pris connaissance du compte-rendu du Conseil du gouvernement qui s’était tenu jeudi dernier. Ils se sont moqués de nous ! », témoigne H. L., un des représentants de jeunes que nous avons contactés hier.
Il justifie le recours aux manifestations par le fait que durant toute la semaine dernière les autorités locales ont laissé croire aux chômeurs qu’il y avait possibilité de travail et qu’il suffisait d’aller s’inscrire à l’assemblée populaire communale (APC). « Dans toutes les mairies des communes où il y eu des émeutes et même dans les autres, les chômeurs se sont inscrits dans l’espoir d’une embauche immédiate. Il s’est avéré que ce n’était qu’un subterfuge pour nous faire patienter. Pourtant les ministres avaient promis. Nous avons fait ce dimanche matin des rassemblements pacifiques devant le siège de la mairie et de la wilaya, mais j’avoue que nous n’allons pas contenir longtemps notre colère », poursuit notre interlocuteur qui indique que plusieurs interpellations de jeunes ont eu lieu ces derniers jours. Un fait qui a agacé la population. Tout comme le dernier Conseil du gouvernement consacré, entre autres, au gel des entreprises de sous-traitance.

Jeudi dernier, lors de sa réunion avec l’exécutif, le Chef du gouvernement a chargé le ministre du Commerce d’élaborer un texte abrogeant la réglementation des entreprises de sous-traitance. Et instruit le ministre du travail pour que les inspections du Travail élaborent des dossiers sur les opérateurs ayant violé la législation du travail et traduisent les négriers devant les tribunaux. Des résolutions jugées insuffisantes par les représentants des jeunes et des chômeurs chargés du suivi de l’évolution de la situation après les promesses faites il y a une semaine par Tayeb Louh et Djamel Ould Abbès à des centaines de jeunes à la salle Sedrata à Ouargla.

« Les décisions du gouvernement ne veulent rien dire, elles vont prendre un temps fou pour se réaliser, ce n’est pas ce que l’on attendait, c’est de la démagogie ! les ministres ont menti », affirme un élu de l’APW qui n’écarte pas une recrudescence de la violence dans les tout prochains jours si aucune des revendications n’est pas immédiatement satisfaite. Pour rappel, la semaine dernière deux ministres de la République dépêchés à Ouargla pour apaiser une population exacerbée par l’injustice, l’exploitation et le chômage avaient annoncé un certain nombre de mesures immédiates prises par le Chef du gouvernement en réponse à des revendications que les jeunes avaient exprimées par la violence, et ce, le jour même de la visite du Président dans cette ville.

Après six jours de violences et d’émeutes, Tayeb Louh et Djamel Ould Abbès, respectivement ministre du Travail et de la Sécurité sociale, et ministre de l’emploi et de la solidarité nationale, avaient annoncé le gel des sociétés de sous-traitance, la suppression du laissez-passer pour Hassi Messaoud, le renforcement de l’agence de l’emploi et la priorité aux enfants de la région pour le recrutement. Ils avaient également annoncé que d’autres décisions importantes allaient être prises lors du Conseil du gouvernement de ce jeudi.
L’engagement des ministres de la République a calmé les émeutiers. Après une semaine de violentes émeutes et de confrontations avec les Unités de sécurité républicaines (USR), les jeunes ont « abdiqué » en attendant de voir.

Hier, les Ouarglis ont décidé de s’emparer de la rue, de dresser des barricades pour faire aboutir leurs revendications. Ils ne sont pas les seuls a avoir choisi ce mode d’expression pour se faire entendre d’un pouvoir autiste. La colère gagne la rue à Batna, Bouira, Biskra, El Oued et bien d’autres villes encore.

Spontanément, les populations se soulèvent pour crier leur misère, leur malvie, la marginalisation, l’injustice et les abus de pouvoir. A Aïn El Beïdha, Touggourt, Hassi Messaoud, à Ouargla, dans le sud du pays, comme à Aïn Laloui, Djebbahia, et Ouled Rached, à Bouira au Centre, ou encore à Azab, Guelma, Mila, Jijel, à l’Est, et dans plusieurs localités de l’Ouest, les citoyens dressent des barricades, brûlent et saccagent tout ce qui représente l’Etat, y compris les portraits du Président de la République lors de ses visites officielles.

Depuis plus de trois ans, d’Est en Ouest, du Nord au Sud, les Algériens se soulèvent pour revendiquer leurs droits. Et plus que jamais à l’approche des élections.

Saïda Azzouz, Le Matin