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Mineures en danger moral : Une majorité... relative

 
En effet, toutes les filles placées au CSR n’ont pas quitté le domicile parental « pour fuir les problèmes », certaines ont été carrément mises à la porte par leurs parents alors que d’autres sont retirées à leur famille sur décision de la justice quand celle-ci estime que la fille est en danger moral.
lundi 26 avril 2004.

Le directeur du Centre spécialisé de rééducation pour mineures de Constantine nous a fait part à cet effet du cas d’une adolescente de 17 ans issue de Chelghoum Laïd « enlevée à sa mère qui la poussait à la débauche. Elle a tenté par la suite de la récupérer, mais le juge pour mineurs a refusé. » Le responsable de l’établissement a également évoqué le cas d’une fille de 16 ans, originaire de Aïn Fakroun, récemment admise au centre. « Elle nous a été amenée par son père qui ne veut plus jamais la revoir après qu’elle eut entretenu des relations avec son propre beau-frère et volé 50 000 DA. Elle a été placée au CSR en attendant la fin de l’instruction concernant cette affaire, alors que la première affaire liée à son viol quand elle avait 15 ans n’est pas encore bouclée. »

Outre cela, M. Djemaâ nous a également raconté les turpitudes d’une mineure de 16 ans, exploitée par ses parents : « Ayant hérité d’une maman versée dans la prostitution et d’un père alcoolique, la fille s’est retrouvée complètement livrée à elle-même. Violée, elle s’est retrouvée fille-mère et à partir du moment où cette mineure a eu un bébé, nous ne pouvions pas la garder au centre. Nous avons, en revanche, obligé son père à la récupérer. » Ce qui, faut-il le préciser, n’est pas le cas de toutes les filles.

Cordon ombilical coupé

En effet, dans la majorité des cas, ces filles ne sont pas récupérées par la famille qui coupe irréversiblement le cordon ombilical avec la fugueuse encore plus quand celle-ci commet un quelconque délit, contrairement aux garçons, affirme le directeur du CSR dont « 96 % réintègrent le domicile familial ». Depuis la reconversion du centre en décembre 2003, l’une de ses pensionnaires a atteint l’âge de la majorité civile, à savoir 21 ans, et conformément à la loi, celle-ci doit donc être « libérée ». Or cette fille n’a nulle part où aller puisque sa famille l’a reniée après avoir fugué à l’âge de 16 ans.

Confrontée à cette situation pour la première fois, la direction de l’établissement « incapable de garder une fille majeure au centre de rééducation conformément à la loi, autrement dit jusqu’à sa majorité », a entrepris de trouver une famille d’accueil à cette fille « pour lui éviter de se retrouver à la rue et de basculer dans la prostitution », a déclaré à ce propos, M. Djemaâ ajoutant : « Notre travail est avant tout social et humanitaire. » Au demeurant, quand une fugueuse est rejetée par les siens - ce qui est souvent le cas - et qu’elle atteint ses 21 ans, âge finalement fatidique, elle ne peut plus espérer rester au CSR au sein duquel le placement est valable pour une durée déterminée, limitée par l’âge.

Ainsi si les « erreurs et les délits » commis par un garçon sont effacées et oubliés par l’entourage, ce n’est sûrement pas le cas des filles accusées d’opprobre par la famille même si dans la majorité des cas celles-ci sont plutôt des victimes, incomprises, exprimant leur profonde détresse morale face à un problème (divorce ou démission des parents, conflits relationnels...) par la fugue, à défaut de trouver une oreille attentive. L’Etat prend certes ces mineures en charge et les protège de leur milieu en les plaçant dans des centres de rééducation, mais pour d’aucuns, il pourrait également revoir certains textes de loi régissant la prise en charge des mineurs (es) en danger moral, notamment les filles lesquelles sont paradoxalement considérées majeures à 21 ans suivant le code civil, mais mineures à vie si l’on tient compte du... code de la famille.

Outre ce fait, la justice n’est pas suffisamment « armée » sur le plan juridique, nous dit-on, pour contraindre les familles à reprendre leurs enfants. Ce « vide » législatif contribue ainsi à marginaliser les filles délictueuses dès leur majorité. Une majorité somme toute très relative...

Par Lydia R., El watan