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Lutte contre l’analphabétisme en Algérie

 
L’Algérie et tous les pays du monde ont célébré durant toute la semaine écoulée (du 19 au 25 avril), les Journées mondiales de lutte contre l’analphabétisme initiées par l’Unesco sous le thème cette année « L’enseignement accessible à tous ».
lundi 26 avril 2004.

L’Algérie est l’un des pays où l’analphabétisme connaît l’un des taux les plus élevés, puisqu’il a atteint, selon les statistiques de 1998, les 24 %, c’est-à-dire presque 7 millions d’habitants sur un total de 32 millions d’Algériens. La ville de Constantine tourne autour de cette moyenne nationale puisque le taux d’analphabétisme y a été estimé, en 1998 toujours, à 136 722 c’est-à-dire 21,45 % de la population de la ville dont les deux tiers sont des femmes, c’est-à-dire 88 040 femmes analphabètes contre 48 682 de sexe masculin. Le plus ahurissant dans ces chiffres (en nette augmentation), c’est que ce taux n’est pas exclusif aux zones réputées rurales, mais équitablement réparti - de manière relative - entre les douze communes de la ville du Vieux-Rocher, alors que les communes d’El Khroub et de Aïn Smara enregistrent les taux les plus faibles avec respectivement 18,28 et 18,26 %.

Par ailleurs, le taux le plus élevé a été enregistré du côté de la commune d’Ibn Badis (ex-El Horia). La commune de Constantine compte, quant à elle, 76 131 analphabètes (19,72 %), c’est-à-dire plus que les autres communes réunies qui totalisent en fait 60 591 illettrés. Il faut dire qu’en Algérie 1 700 000 personnes de moins de 25 ans n’ont pas accès à l’enseignement et ne savent malheureusement ni lire ni écrire, surtout si l’on sait que le nombre d’enfants analphabètes de par le monde tourne autour de 1 000 000. Pour connaître les activités qu’a connues la ville du Vieux-Rocher durant ces journées, nous nous sommes rapprochés du siège de la section locale de l’Association nationale de lutte contre l’analphabétisation Iqraa M. Bouhdjar nous a expliqué qu’à défaut de moyens financiers, l’association s’est contentée d’une modeste exposition au niveau de son siège.

Nous saurons que cette association (section locale) survit avec un maigre budget annuel de 150 000 DA alors qu’elle s’occupe de quelque 3000 femmes et 150 hommes encadrés par quelque 130 enseignants engagés dans le cadre du filet social ou encore l’emploi jeunes. Seuls 12 exercent à titre de bénévoles, l’effectif étant réparti sur 57 écoles au niveau des différentes communes de la ville. Les cours dispensés concernent les niveaux de première année jusqu’en sixième. L’association, et pour répondre aux souhaits de nombreux inscrits, a inclus aussi les programmes de 7e à la 9e AS, par la suite les intéressés peuvent se rabattre sur les cours par correspondance pour aller plus loin dans les études.

Si les normes internationales (Unesco) exigent que le programme d’alphabétisation ne dépasse pas les six mois, il en est autrement en Algérie où un pareil programme peut se prolonger dans le meilleur des cas jusqu’à trois ans, à cause des conditions sociales très pénibles. Aujourd’hui, la plus grande crainte de M. Bouhdjer est le départ inévitable des enseignantes qui dispensent les cours d’alphabétisation. « Je suis conscient qu’avec des primes de 3000 DA/ mois, mes enseignants iront voir ailleurs dès la première opportunité qui s’offrira à eux et je ne leur en voudrais pas. Mais il serait regrettable qu’ils partent après avoir acquis une expérience de plusieurs années », dira-t-il. Souad Z. est l’une de ces enseignants, elle est diplômée de l’Institut de chimie industrielle et dispense des cours dans le centre d’alphabétisation de l’avenue Aouati Mustapha depuis 5 ans pour la modique pension de 2500 DA/ mois. Souad ne cache pas sa fierté d’accomplir une si noble mission mêlée à une certaine amertume liée au peu de considération qu’on fait de son cas et de centaines de jeunes diplômés comme elle. Ce centre, qui incarne désormais une véritable lueur d’espoir, tourne tant bien que mal et manque cruellement de moyens, comme un photocopieur nécessaire à la reproduction de certains documents pour les élèves.

Par Lamine Benzaoui, El watan