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La violence à l’égard des femmes en Algérie

 
La violence à l’égard des femmes en Algérie atteint un seuil critique, selon une étude menée par les services de la police, de la justice, de la santé et l’association algérienne SOS Femmes en détresse durant le premier semestre 2003.
jeudi 29 avril 2004.

Le groupe de recherche "Violences à l’encontre des femmes", créé à l’Institut national de santé publique (INSP) en 1995, a traité les premiers résultats de cette enquête nationale, indique mercredi le quotidien "El Watan".

Les résultats définitifs de cette enquête, une première en Algérie, devront être remis aux plus hautes autorités du pays à la mi-juillet. L’objectif de cette étude est de réunir institutions, organismes, chercheurs et associations afin d’étudier et traiter le phénomène de la violence à l’encontre des femmes. Il s’agit d’identifier les circonstances, la nature des agressions et le profil des victimes ainsi que celui des agresseurs et de proposer une stratégie d’action pour le dépistage et la prévention ainsi que pour la prise en charge des hommes violents.

Selon le document que rapporte "El Watan", l’enquête s’est déroulée du 21 décembre 2002 au 21 juin 2003 et a été réalisée dans les 48 wilayas (départements) du pays sur un échantillon de 9.033 dossiers de femmes victimes de violences. Ainsi, selon l’enquête, plus de la moitié des victimes sont des femmes mariées et plus des deux tiers, soit 69,5% des cas, sont sans profession. Les chiffres révèlent que, dans près de 73% des cas de femmes battues, l’agression a lieu au domicile conjugal.

Les enquêteurs ont également précisé que 50% des femmes agressées avaient un âge compris entre 23 et 40 ans, avec une moyenne de 32,7 ans. Elles sont analphabètes dans 26,8% des cas et ont un niveau moyen dans 26,2% des cas. Les victimes ayant un niveau d’instruction supérieur représentent 5,6% et celles d’un niveau secondaire 19,8%. Coté agresseur, les statistiques montrent que, dans la plupart des cas de violence, l’auteur est le mari, alors que la nature de cette agression se résume dans plus de 60% des cas à des coups et blessures volontaires. Les agressions psychologiques représentent un vingtième des cas, tout comme les violences sexuelles, dont la moitié sont des viols.

De nombreuses recommandations ont été jointes aux conclusions de l’enquête. Parmi ces dernières figure l’ouverture de centres d’écoute, d’accueil et de prise en charge des femmes victimes de violences et la prescription d’une thérapie psychologique pour les auteurs d’agressions. De même, l’accent a été mis sur la nécessité de créer des cellules d’écoute au niveau des services de sécurité et des tribunaux pour recevoir les victimes et leur permettre d’avoir les moyens de se défendre.

L’alarmante réalité décrite par les chiffres de cette enquête peut s’expliquer par des mentalités souvent archaïques en Algérie, qui restent convaincues que le mari a droit de vie et de mort sur son épouse. Le code de la famille, dont des amendements sont à l’étude, a encouragé ce genre de comportement d’un autre âge, puisque certaines de ses dispositions ne sont que des devoirs des femmes envers leurs époux et les parents de ces derniers. A titre d’exemple, lors de l’adoption de ce code en 1984, les débats s’étaient concentrés sur la longueur du bâton que le mari devait utiliser pour corriger sa femme en cas d’adultère...

source : AP